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Thawra, tatouage et enseignement

18 Octobre 2020 , Rédigé par Pereg

les  nouvelles statues en ville.
les  nouvelles statues en ville.

les nouvelles statues en ville.

Quelle semaine vient de passer, de nombreux évènements, positifs et négatifs et même si le weekend m’a permis d’en digérer certains, il est indéniable qu’il en faudra du temps pour mieux appréhender les autres. Avec un programme si chargé je ne sais trop comment démarrer, le plus simple est de rester factuel.

Après une préparation de dernière minute et une obligation venue d’en haut, nous avons accueilli en CP/CE1 nos élèves en petits groupes. Chaque jour à partir de mardi, six d’entre eux franchissaient le pas de la salle de classe. Ce fut presque un  choc de revoir des élèves. La dernière fois où j’ai eu des élèves en classe, nous étions le 28 février. Depuis le monde a bien changé. Mais ainsi j’ai pu enfin voir ces pitchounes avec qui je travaille depuis quelques semaines maintenant. C’est là que j’ai pu voir combien le confinement avait été difficile pour certains, dans les apprentissages mais aussi dans les attitudes et le savoir-êtres. Ils ne sont plus du tout habitués à s’asseoir ainsi, à se concentrer ainsi. Même si c’est une épreuve pour nous adulte, c’est une partie de l’enfance de mes élèves qui s’est envolée. Ca m’a rendu triste pour eux car cette tragédie nous la réfléchissons en adultes, mais pour eux, c’est une spoliation de leur liberté de mouvement, coupure sociale et plus encore. Alors pouvoir, même avec le masque, leur donner un semblant de normalité par une reprise de l’école. Avec papa ou maman en plus au fond de la classe, de quoi les mettre à l’aise, ou du moins essayer. Pour la semaine à venir, on recommence. J’espère que ce travail sera payant, mais surtout qu’on va pouvoir les voir un peu plus qu’une heure et demie par  semaine.

L’école de la République a été durement touché cette semaine et sur deux aspects tout aussi choquant l’un que l’autre. Un a fait la une des médias du monde entier, l’autre reviendra assurément sur le devant de la scène. Les masques fournis par l’éducation nationale contiennent des agents considérés comme toxiques. Quand j’ai appris ça, j’avoue que j’ai été des plus surpris, je ne m’attendais pas à ce que l’EN fournissant un matériel à ses enseignants fasse preuve d’une négligence aussi importante sur leur traitement. Je me doute bien qu’ils ne sont pas parfaits et qu’ils ne protègent que peu les agents de la fonction publique… Mais de là à mener vers un empoisonnement, je m’en inquiète forcément. Ici, nous devions nous fournir des masques, nous les attendons toujours, et le mieux, reste le chirurgical forcément.

Vendredi soir, fin de journée, après être sorti de son établissement, un enseignant a été décapité. Agressé à l’arme blanche, le meurtrier aurait été abattu un peu plus tard. Mais cet assassin a revendiqué son geste, au nom de la religion… Oui un prof abattu car il aurait montré des caricatures de Charlie Hebdo dans un cours sur la liberté d’expression. La nouvelle résonne comme un glas, absolu, un basculement. Un meurtre d’enseignant au nom de la foi, en France, pays de la laïcité. Ça m’a donné envie de vomir, et même plus encore. Voilà une limite franchie que je n’imaginais pas, et même si elle n’est pas si surprenante, elle reste terriblement choquante. Montrer des caricatures dans un cours sur la liberté d’expression, est un élément qui me semble cohérent, qu’on soit d’accord ou non avec le propos, le but étant de montrer différentes manières de penser, il n’y a rien de mal à ça. Tant que l’on reste dans le cadre de la loi, la liberté d’expression prend pleinement son propos. La limite étant la diffamation. La limite semble parfois ténue. Ce que je déplore aussi dans cette histoire en plus de l’infamie de ce meurtre, c’est que cette action est perpétrée une fois de plus au nom de la religion islamique. Les amalgames langue arabe/ langue de l’islam, arabe/musulman, musulman/terroriste sont de plus en plus courant. Une partie de la population française est ciblée malgré elle après de tels évènements. Ce n’est pas ainsi que l’on changera les mentalités. L’enseignant que je suis, s’est senti blessé et meurtri par un tel attentat, et maintenant que se passera-t-il ? Je travaille en primaire, mais vais-je devoir changer des choses aussi à ma pratique ? Il est trop tôt pour dire quoique ce soit à ce sujet, mais le temps mènera à cette réflexion.

La principale actualité pour moi, reste indéniablement mon quotidien libanais, et cette semaine plus qu’une autre. Hier 17 octobre, voilà un an que démarrait la révolution, la Thawra. Oui, après la proposition d’une taxe sur WhatsApp, les choses ont commencé à dégénérer. Des pneus brûlés, des routes coupées, des gens dans la rue. Je me rappelle avoir été bloqué à mon retour de Jounieh, je rentrais comme je pouvais en voyant des poubelles brûlées aux abords de ma rue. Au lendemain, les choses s’accéléraient et plus de gens dans la rue, une émulation que je ne comprenais pas, mais à laquelle j’ai assisté. Cette révolution est morte si je puis dire, ou n’a pas vraiment commencé. Car quand on regarde la situation libanaise, les choses n’ont fait que s’aggraver pour la population depuis un an et les gens saturent de plus en plus, je ne serai pas surpris de voir les choses prendre une tournure négative. Alors hier, j’étais curieux de voir ce qui allait se passer. Une manifestation relativement massive et deux statues impressionnantes inaugurées durant la fin de journée. Comment les choses vont évoluer ? Nul ne le sait, mais si sursaut il y a, je ne sais pas la forme qu’il prendra.

Cette journée du 17 octobre était aussi celle que j’avais choisi pour rendre hommage à ma manière, à cette ville  qui m’accueille depuis deux ans, à ce Liban que j’apprécie. Un nouveau tatouage que je voulais déjà faire depuis quelques temps. En effet, voilà bien des années que je souhaitais faire un arbre sur le mollet gauche. Avec ma présence ici, le choix du cèdre était une évidence. De plus, en racines pour la forme complète, je souhaitais ajouter le nom de Beyrouth en arabe de manière un peu stylisée. La rencontre du tatoueur a été faite par hasard par une amie italienne. Je suis donc allé jeudi après-midi le rencontrer et le feeling est passé directement. Plus de question à se poser, on pouvait démarrer ensemble. Très vite le dessin complet est venu, il ne manquait que de fixer le rendez-vous. Samedi 17 octobre à midi, et après trois heures ensemble, mon quatrième tatouage arrivait sur mon mollet gauche. Une date symbolique, une œuvre dont je suis ravi et c’est là tout ce qui compte.

Une petite phrase sur le film 1982 que je suis allé voir mardi soir, j’en avais entendu parlé voilà presque un an et quel plaisir de le voir apparaître sur les écrans libanais. Je n’avais pas été au cinéma depuis longtemps. Être immergé dans cette histoire puissante, celle de l’arrivée des israéliens aux abords de la capitale libanaise. Le bruit, le son de la guerre, voilà bien une chose que je ne connais pas, mais on le ressent de manière fort importante avec cette mise en scène et les images de ce film. En plus, l’adagio 974 de Bach arrive à un moment donné, et quel frisson de l’entendre comme à chaque fois. Aujourd’hui, dimanche, au calme dans l’appartement, un peu de repos ne fait pas de mal, surtout que je dois protéger du soleil ma dernière création, et donc éviter de sortir pour l’instant. Mais à la tombée de la nuit, j’irai arpenter à nouveau cette ville qui est la mienne, ce sera une nouvelle aventure.

le dessin de départ et sa réalisatonle dessin de départ et sa réalisaton

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