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Messe, carnet et électricité

6 Juin 2021 , Rédigé par Pereg

Messe du matin

Messe du matin

Dimanche soir, cantina sociale, un vert de blanc mouawad sur la table et les écouteurs avec des podcasts dans mes oreilles. Un dimanche soir fort agréable pourra-t-on me dire et c’est clairement. Le mec il est dehors, il est dans un café/resto et il se la coule douce. Oui, on pourrait me le dire ainsi c’est vrai. Mais on peut aussi voir le pendant un peu moins positif. Car si je suis dehors, c’est aussi car je n’ai pas la possibilité d’avoir H24 d’électricité à la maison. En effet, nous en sommes à présent à parfois jusqu’à 12h de blackout sur 24h… C’est long… C’est un euphémisme que de le dire. Je n’y peux rien, ce n’est pas faute d’avoir essayé de voir avec le comité de l’immeuble pour réduire au minimum ces plages horaires. Seulement comme tout est lié à l’argent et que l’argent fait défaut, mes voisins font le dos rond. Avec mes colocs, nous subissons car nous pouvons nous permettre l’augmentation du prix de l’essence. Il semble que ça ne soit pas le cas de tous nos voisins. Ainsi au lieu de passer mon temps dans l’appartement, je vais donc le passer à l’extérieur sur ces plages horaires qui me seront défaillantes… Ma cantina sociale ce soir, n’est que le reflet de la difficulté de vivre ici, avec la joie du rire des gens qui sont de sortie. Ce mélange doux-amer correspond parfaitement à une mélancolie du dimanche soir.

Un peu de repos avant d’enchainer une nouvelle semaine, chaotique comme à son habitude à l’hybride qui amène des particularités pour les enfants. Avoir des petits groupes en classe est toujours un plaisir, mais aura-t-on la possibilité d’avoir une classe entière d’ici la fin du mois ? Je ne crois pas. Au fond qu’importe, car en ce mois de juin, mon travail, même s’il est toujours réalisé avec ardeur et bienveillance, n’en reste pas moins relégué au second plan. Entendons-nous bien, il occupe la plupart de mes journées, mais une fois que je sors de l’école, je n’y pense plus avant le lendemain et j’ai suffisamment de temps pour me consacrer à d’autres choses. Des sorties, des restaurants, visites, des lieux. Rien de réellement nouveau finalement dans ce que j’ai fait cette semaine, mais le plaisir de partager des moments heureux.

Carpe diem, je me le répète inlassablement car sans abuser, j’en souris à pleines dents. De Badaro à Hamra, la vie a vraiment repris son cours. C’est à la fois satisfaisant et étonnant. Jeudi soir alors que je voyais les bars pleins, deux pensées contradictoires me sont clairement venues… La première fut la satisfaction, la seconde l’étonnement et l’inconfort relatif. Oui, car côtoyer des gens, faire des sorties et ne pas être le seul à la faire, une nouvelle vie sociale triomphante, il y a de quoi se satisfaire. Mais à côté, et à mon grand étonnement, j’en suis à venir à non pas m’en plaindre mais à être mal à l’aise de croiser autant de monde. Pas de distance sociale ou peu, des gens qui se parlent à distance oubliée. Je ne m’en moque pas, je fais de même d’ailleurs et c’est là mon inconfort le plus important. Je le fais d’accord, mais voir les autres faire de même me gêne. On appelle ça de l’égoïsme. Il me faudra donc retravailler mes compétences sociales. Je suis allé cette semaine aussi une dernière fois au rugby. Non pas pour jouer mais assister et aider à l’entrainement. Avec mes doubles hernies discales, il m’en presque impossible de courir. J’ai eu plaisir de revoir les gars, faire à nouveau parti de cette équipe et j’aurais aimé pouvoir donner plus, mais ce n’est pas à moins de quatre semaines de mon départ que tout changera. Cependant, ce petit bonheur, je le reprendra assurément au Vietnam si la possibilité m’est donné, je la rechercherai en tout cas.

En ce 6 juin, deux évènements peu communs ont eu lieu. Tout d’abord j’ai fini mon carnet d’écriture. En plus de mon blog, j’écris de manière régulière dans ce carnet qui est le mien. Le sort a voulu qu’en terme de timing, ce soit juste parfait. Démarré le 30 août 2014 à l’aube de ma première année scolaire officielle et mes premiers élèves, je termine ce carnet après avoir réalisé la première aventure à l’étranger dont je rêvais depuis le début. Cet achèvement m’amène à présent de nouvelles perspectives. Je savais vouloir vivre à l’étranger, je vais continuer sans savoir où le vent me portera après ce nouveau cycle de trois ans. Il y a des projections qui ne doivent pas être réalisées. De Bordeaux à Beyrouth, de Fronsac à la SEGPA, j’ai beaucoup évolué, j’ai visité de nombreux pays, appris de nouvelles langues, rencontré des personnes formidables. Mes carnets ont toujours eu ce rôle de décharge émotionnelle, faits pour être écrits, non pour être lus. C’est là tout le paradoxe. J’ai besoin d’écrire, de vomir les mots, de me libérer de mes pensées, mais pas de les relire, même si ça a pu arriver. Alors pour ne pas rester sans rien d’ici à mon départ, j’ai pris le parti de faire comme durant mes colos, un carnet du quotidien, une double-page par jour, pour clore ce chapitre si particulier de ma vie. L’idée en tout cas me plait beaucoup.

Ce matin également, je suis allé à la messe. Oui, après avoir été à la mosquée pour l’Eid, je me suis dit que je n’avais pas fait les choses pleinement côté religion. J’ai donc voulu réparer cette erreur qui n’en a jamais vraiment été une, mais de passer à l’église. Ce matin direction Mar Maroun, un peu au sud de l’hippodrome. J’ai omis de le préciser, mais l’intérêt était aussi que la messe était en langue vernaculaire, c’est-à-dire en arabe. Plus qu’en libanais d’ailleurs, car quand on lit les écritures saintes, le fusra est la priorité. Je n’ai pas tout compris, mais la cérémonie est bien différente de chez-nous. Plus courte, plus liturgique et peu de chants. Au moment de la communion, je n’ai pas tellement hésité, je n’y suis pas allé. Je ne suis pas croyant, je suis agnostique et je le ressens toujours comme un peu un défi si une personne comme moi, s’octroie le droit d’aller communier. La population ressemble à celle de nos églises, une population principalement vieillissante, mais j’ai pu voir des jeunes, des couples de moins de trente ans, ou des adolescents, venus seuls, délibérément. Je ne me rappelle pas l’avoir vu en France si souvent. Ou plutôt, je ne me permettrait pas de parler d’une chose que je ne connais plus. Car oui, la dernière messe, pas une célébration à laquelle j’ai assisté, date de 2016 à Saint-Malo. Ce passage que j’ai voulu obligatoire m’a plu, mais je ne rééditerai pas. Une chose est sûre cependant, j’ai enfin réellement rompu l’association langue arabe=Islam.

Mon article touche à sa fin et la fatigue monte doucement, il va être temps de rentrer à la maison, une tartine et au lit, car je n’ai besoin de rien de plus ce soir. Un peu de musique encore une fois, je ne m’en lasserai pas. Plus que vingt-cinq jours.

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