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XXII. Immensité, socialisation et délicatesse

16 Janvier 2022 , Rédigé par Pereg

Dimanche soir, à nouveau, à ma grande surprise, nous avons battu les jeunes du lycée, à nouveau j’ai scoré par trois fois. Dans un match intense, sans remplaçant, nous avons remonté de 5-2 à 5-6. Improbable après une première mi-temps où l’on avait fait que courir après le ballon. Rarement la possession avait été autant en leur faveur, et pourtant on a fini par le remporté ce match, à l’expérience. La joie de la confrontation est toujours un plaisir, et les jeunes nous ont vraiment encore une fois donné du fil à retordre. Au début, j’hésitais à jouer devant, et il faut croire que je ne suis pas si malhabile à force d’empiler les buts semaine après semaine. Une régularité digne de Robert même si c’est bien le maillot de Pavard que je porte pour notre match dominical. La semaine prochaine en serai-je ou pas ? On verra si la randonnée de prévue se déroule samedi ou dimanche.

Rester en ville est vraiment ce qui me gène le plus le weekend. Même si j’aime bien ma pétrolette, je ne me verrai pas aller à Bavi à plus d’une heure avec, Soc Son peut-être ? Même pas sûr. J’aime bien me balader sur ma Den, mais toujours à proximité d’un grand boulevard, d’une station essence, et puis de mes déplacements au quotidien. Je n’en ai pas besoin pour aller au lycée, je la laisse volontairement au garage en semaine car le vélo me suffit. La pluie pourrait me jouer des tours, mais j’ai ma cape et ça pourrait largement suffire. Je ne m’en suis pas servi depuis quelques temps déjà, mais la semaine s’annonce pluvieuse. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai volontairement samedi fait le tour à moto que j’ai fait.

Parti en tout début d’après-midi, j’ai roulé sur la digue autour de mon quartier, Ngoc Thuy, puis arrivé au bout, j’ai bifurqué plein sud. J’ai visé un parc Sun Yen qui est presque à la limite sud de la ville. Il m’a fallu plus de cinquante minutes pour arriver. Passé devant des immeubles de quarante étages, des tours cachant le soleil, des immeubles si hauts qu’ils bloquaient clairement mon chant de vision. En France dans les grandes villes, ces quartiers-là, je ne les connais pas, et je ne sais même pas s’ils sont aussi hauts que ceux que j’ai pu voir ici. Il y a cependant un endroit qui m’a surpris, ce sont des tours mais de luxe. Oui, pour certains vietnamiens, habiter dans une résidence moderne, aussi étouffante soit-elle pour moi, il semble que ce soit plutôt distingué ici. Ça m’étonne, ce n’est pas du tout ma façon de penser, mais ce n’est pas sans me rappeler les hôtels de Phu Quoc ou d’Ha Long, cette modernité à outrance a une valeur positive ici. Ce n’est pas mon point de vue, mais ça dit bien des choses de la société vietnamienne. Je suis un européen, un occidental, un Tei, et mes valeurs ne sont pas les mêmes, mes références, mes codes sont autres. Il ne s’agit pas que de critiquer ce qui me semble étonnant, voir aberrant, mais de recontextualiser et essayer d’y trouver une manière de raisonner.

J’ai appris par exemple que dans certains hôtels, les chambres « famille » proposent un seul lit. Immense, mais un seul. Car ici, pour réduire le chauffage à faire, les enfants dorment jusque tard avec leurs parents, dans un grand lit commun. Il va que le bébé dort avec ses parents, reste coller à sa mère jusqu’à ce qu’il marche, dans son dos, pour tout acte quotidien. Une idée qui semble presque folle d’un point de vue occidental, mais encore fort répandu ici. Le bébé ainsi ne pleure quasiment pas. C’est une autre manière de voir les choses. J’essaye de rester ouvert et réceptif à accueillir ces idées, ces modes de vie autres, ces habitudes, et même parfois les incohérences du quotidien. En sortant hier soir à Tay Oh, je suis tombé par hasard sur mes voisins, Gabriel et Hué, je suis resté boire une Guinness avec eux et leurs amis. A neuf heures, comme le stipule la loi, les bars ferment… J’ai un peu trainé et finalement après un passage dans un Bia Hoi pour retrouver mon punk anglais préféré, j’ai pris le chemin du retour. Alors que donc les bars et restaurants sont sensés ne plus accueillir de public passé 21h, j’ai eu le plaisir de me balader dans un marché aux fleurs à 22H30, complètement bondé. Incohérence et amusement. Oui le marché aux fleurs a pris une importance capitale car le Têt arrive.

Le Têt est le nouvel an vietnamien, début février. Et dans ce cadre, il est de coutume d’acheter un arbre pour célébrer cette année qui démarre, mais aussi d’offrir des coupes de fruits, de manger des plats spécifiques. Je ne suis pas exactement au fait de ces traditions, mais je m’y plonge peu à peu pour les découvrir. C’est Noël et le premier de l’an réunis cette fête. A la manière d’un Eid el Kebir, un passage rituel où les enfants sont célébrés. Toutes ces réjouissances autour de moi enveloppe le quotidien d’une relative douceur, mais c’est plutôt sous l’angle d’une difficulté inhérente à ma situation que je vois les choses. Lundi a été peu motivant particulièrement, un jour gris. Si j’utilise le mot délicatesse, c’est un euphémisme. J’ai vraiment du mal à me motiver pour cet enseignement à distance. Je fais mes visioconférences, je prépare mon travail, mais ça m’a pris plus de temps qu’à l’accoutumée, et puis soyons honnête, j’y suis allé à reculons. Je garde le cap, je sais pourquoi je suis là, je sais que les vacances qui arrivent vont faire du bien, mais peu à peu, ce distanciel résonne sur la longueur du temps passé loin de mes élèves, les CM1, mais aussi mes CE1 des années passées. Sérieux et appliqué, j’effectue mon travail, mais je sais que la lassitude me guette parfois, alors j’essaye de faire différemment. Il est clair qu’un nouveau souffle sera nécessaire, une perspective positive, une rentrée potentielle ?

C’est peut-être beaucoup demandé. C’est aussi pour que si tout le reste allait bien, je pense que je pourrais m’en sortir pleinement. Cependant, je n’ai pas eu le luxe d’avoir été introduit comme à Beyrouth, et je n’ai pas le plaisir d’avoir des amis proches, ou des colocs, même si je m’entends bien avec mes voisins, c’est encore un peu différent. Il me manque la bande comme j’ai pu avoir avec la team Burdigala à Bordeaux, à Varsovie ici, ou mon Tommy de Beyrouth. Socialement le compte n’y est pas encore. Je sais que ça viendra, j’ai rencontré des personnes formidables, j’apprécie les gens que je vois dans mon quotidien, certains sont d’ailleurs assez importants, mais ce n’est pas la même chose que de savoir que je rejoindrais les lads pour les bières du weekend.

Ce portrait pourrait être perçu comme assez terne, digne d’un mois de janvier finalement. Mais je ne veux pas m’abandonner à la tristesse, à nulle tristesse. Je trouve dans les moments simples que je vis ici, un bonheur réel. Si les choses doivent changer, elles le feront, l’entrainement de gaélique de jeudi prochain pourra y aider, les prochaines vacances aussi. Il n’y a rien qui puisse effacer dans mon quotidien, ce sourire qui est le mien. Mon dimanche en est le plus pur des reflets, un réveil tardif car j’ai vu les trèfles en visio assez tard dans ma nuit, un brunch avec une amie, une pâtisserie délicieuse au bord du lac avec un peu de lecture, une sieste et un match de football gagné.

Sourire, simple, basique. Place à une soirée au calme après avoir assisté à la belle victoire rennaise, ce sera un film qui me portera vers la nuit ou simplement une belle musique.

le marché aux fleurs et mon dimanche.
le marché aux fleurs et mon dimanche.

le marché aux fleurs et mon dimanche.

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