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Népal

23 Février 2020 , Rédigé par Pereg

Une de mes photos préférées de mon périple

Une de mes photos préférées de mon périple

Dimanche après-midi, je traite les choses à faire les unes après les autres, la première des lessives est achevée, les courses au frigo. Il me faudra aussi forcément trier mes photos mais la rédaction de cet article me tient à cœur. En effet même si j’ai toujours mon carnet de voyage avec moi, faire le bilan complet de mon séjour népalais m’apparaît comme important. Non pas que ça soit extraordinaire ce qui m’est arrivé, mais quand même pour le réaliser un peu plus. Tout n’a pas été rose, loin de là, mais je ressens une fierté à avoir achevé ce parcours de marche qui était le mien, avec quelques chiffres en tête, 1, 3637, 2005, 12, 45, 4300, 6240. Dit ainsi à la suite et aléatoirement ils ne représentent rien, pourtant qu’ils résument à eux seuls l’intérêt et l’intensité de mon séjour au Népal. Alors pour ne pas trop brouillé les pistes, ni tout dévoilé, je vais tenter de respecter l’ordre chronologique.

Tout a commencé le 14 février alors que le soleil n’était pas levé, en direction de l’aéroport. Une escale à Doha avec Qatar Airways et une arrivée vers 19h30 à Katmandou, avec un décalage horaire de 3h45. Oui ce n’est pas comme le reste du monde, là-bas, l’heure est vraiment différente, et en rajoutant une heure de plus vis-à-vis de la France, je me sentais clairement dans un autre monde. Après le passage de la sécurité un taxi attendait. Quand je dis taxi, il n’avait de taille que ce nom car en fait même ma Corsa était plus grande, mais au Népal, tous les taxis sont ainsi, de toutes petites voitures, et les bagages sur le toit s’ils sont trop volumineux. Une arrivée en douceur chez Macha que je n’avais pas revu depuis son départ du Liban en juin dernier. Une première soirée au calme, où la dégustation de momos, des pierogis locaux nous ont été salutaires. Déjà, j’ai eu un aperçu d’une échelle de Scoville qui n’est pas celle de mon cadre habituel, mais bien plus pimentée.

Le samedi 15 était la seule journée que je pouvais consacrer à la découverte de la capitale, le programme fut donc fait en fonction pour arpenter les endroits les plus intéressants de la cité. Le Stupa Swayambunath avec son escalier assez raide, ses couleurs, ses prières, ses cloches à faire sonner dans le sens horaire en tournant. Dès ce moment-là, avec mon cache-cou relevé, je m’imprégnais d’une nouvelle culture, entre bouddhisme et Hindouisme, deux religions qui cohabitent pacifiquement, mêlant les traditions des deux pour la majorité de ces habitants. Il nous a fallu ensuite aller vers Durbar Square, place historique de Katmandou, où le séisme de 2015 laissait encore voir les ravages, mais entre tous les temples, musées, constructions en tout genre, on ne pouvait qu’en prendre plein les yeux. C’est à cet endroit que j’ai eu l’occasion de « contempler » la Kumari. Fillette de six ans élevée au rang de Déesse vivante jusqu’à sa puberté, et adoré par une partie de la population. Ça m’a fait très bizarre mais je me suis surtout senti gêné pour elle et cette enfance qu’elle ne peut pas vivre. C’est un autre monde tout simplement, il n’est pas question de juger, juste d’entrevoir. Vint ensuite la montée vers Tamel, quartier touristique par excellence, mais qui offrait aussi des rues très animées, tant par les senteurs que par la vision colorée des étoffes. Il était temps de rentrer pour se préparer au vrai départ, celui de ma venue au Népal, le trek.

le Stupa de Swayambunath

le Stupa de Swayambunath

Réveil à 5H30 dimanche matin, le taxi était là à 5h45 pour m’emmener à l’aéroport national. Déjà que l’international de Katmandou était le pire aéroport que je n’avais jamais fait, le national remporte un prix supérieur en terme d’hallucinations provoquées. On se serait cru dans un grand hangar à poulets. Mais au fond je m’en moquais, je partais avec Yeti Airlines pour Pokhara où mon guide m’attendait… Le seul hic, c’est que là-bas à 25 minutes en avion, la météo était détestable et il était impossible de voler dans ces conditions. Du coup au lieu de partir à 7h comme initialement prévu, on a décollé à 11H20. Autrement dit, moi qui devait démarré la montée vers les cimes à 7h30, elle n’a démarré qu’après 13h00 et un déjeuner sommaire. Vint ensuite les quasi trois heures de jeep pour nous rendre à Ghandruk, lieu du départ réel du trek. Je prenais ça avec une relative philosophie, sachant d’une part que j’avais trouvé mon guide et qu’il saura où s’arrêter, quoi faire et comment dans tous les cas, et d’autre part, ce n’était plus à moi de décider, ni de contrôler. Il fallait simplement accepter de subir cette situation, plus courante que je ne l’imaginais, car la météo hivernale n’a de cesse que de rendre plus difficile tous les trajets intérieurs en avion. 15h45 nous étions au début du sentier avec Puspa, Népalais de 39 ans, mon guide des jours suivants. Et pour une première marche, elle a été relativement tranquille, 2H45 de marche, sentier très sec, montant doucement. Après l’inaction de la journée j’avais donc à cœur de me dégourdir les jambes, j’en tremblais presque. Ce passage qui nous amenait à Tadapani à 2630 fut assez intense, mais sympa. La soirée amenait ses premières surprises. Déjà les lodges qui servaient de chambre ne sont pas vraiment hermétiques avec une température avoisinant les 0 degrés, douche chaude en bonus. J’y ai surtout rencontré un groupe de jeunes évangéliste venus découvrir le Népal, région où la croissance de la foi chrétienne se fait très forte. Je n’osais pas imaginer que la foi chrétienne avait pu venir jusqu’à Népal, mais c’était plus que ça, les conversions y sont nombreuses. J’en doutais avant de découvrir le mercredi, une église bondée à l’heure de la messe à Ulleri.

Népal

Lundi 17, les choses sérieuses démarraient vraiment, avec une nouvelle montée de 800m en altitude, pour arriver à Dobato à 3426m. Autrement dit, tout simplement le point le plus haut que je n’avais encore jamais atteint en randonnée. Oui la Réunion m’avait amené à plus de 3000 et l’objectif annoncé était la barre symbolique des 4000, mais tout a été remis en cause au fur et à mesure… D’abord cette montée matinale, nous sommes partis vers 7H30 sous un soleil radieux, avec quasiment tout du long avec une vue sur l’Annapurna South, montagne de plus de 7200m. sachant que derrière lui, un peu caché, se trouvait l’Annapurna I, premier 8000 auquel des français ont su se hisser au sommet. Avec une telle vue, un soleil radieux, la mise en jambe de la veille, tout aurait dû se dérouler facilement. Mais malgré ma vitesse car j’ai mis trois heures pour faire les huit kilomètres de montée, j’ai été en souffrance durant la dernière heure avec un simple facteur que je n’imaginais pas rencontré à ce point, la neige. Le dernier kilomètre, le chemin de randonnée était couvert d’un épais manteau blanc dans lequel je m’enfonçais jusqu’aux cuisses, à cause de mon poids et du soleil. Ce qui fait que les crampons, adapté à de la glace devenaient complètement inutiles. Pas après pas, chute après chute, j’ai réussi à me hisser jusqu’à ma destination finale de la journée, mais sûrement trop rapidement. Déjà l’après-midi je ressentais un étourdissement qui me faisait dire que c’était peut-être le préquel d’un mal des montagnes qui grandissait en moi. Une ascension trop rapide qui pour l’heure ne me donnait qu’un léger tournis et qui faisait dire à Puspa que je serai capable d’aller chercher les camps de base de l’Annapurna ou de l’Everest avec plus de temps à ma disposition. Pourtant, la nuit ne fut pas simple, entre tremblements suées ou saignement de nez, le mal des montagnes se montrait bien présent. J’en informais mon guide au matin qui confirmait mes prédictions. Sachant que l’on redescendait dans la journée, ce n’était pas grave selon lui, il a eu raison.

Oui du fait de la neige qui m’avait faire des efforts supplémentaires sur cette première partie de chemin, celle-ci avait bloquée le chemin du lac gelé où je devais me rendre le surlendemain pour passer les 4000. Impossible de partir au Nord, mais il fallait aller vers l’Ouest, par Muldai et Ghorepani. J’étais déçu de ne pas pouvoir franchir cette barre symbolique que je m’étais fixé mais quand le chemin n’est pas ouvert, que ton guide te dit qu’on ne peut pas aller, et qu’en plus tu es monté trop vite déjà, et qu’il ne serait pas raisonnable d’aller beaucoup plus haut. Tu ne joues pas avec ta santé et tu fais de que l’on te propose, c’est-à-dire changer de direction. D’ailleurs, ce qui s’est passé ce jour-là n’aurait pas été possible si l’on s’en était tenu au plan initial, il faut simplement l’accepter.

Muldai, 3637m, face à l'Annapurna South

Muldai, 3637m, face à l'Annapurna South

Mardi 18 a été la journée la plus intéressante, levé à 6H20, pour monter à Muldai, un peu au-dessus de Dobato, une ascension, une vraie, dans le genre de celle du Pyton des Neiges, avec de la poudreuse cette fois-ci. Enfin je dis poudreuse, mais quand le soleil n’est pas encore levé, c’est le crissement de la glace que l’on entend à chaque pas. Les crampons dans la poche si ça devenait trop délicat, mais nous l’avons fait jusqu’au bout avec Puspa, 3637m. En tout cas c’est ce que mon guide disait. Voilà donc officiellement le point le plus haut sur terre que auquel j’ai accédé à pieds, Muldai au Népal, 7H10 du matin, avec une vue à couper le souffle, la chaîne des Annapurna dans toute sa splendeur. Cette vision phénoménale était l’éblouissement que j’espérais, contempler ces crêtes ciselées, brutes, blanches et rocheuses, sous un soleil naissant à l’Est, et dans une tenue d’hiver nécessaire. Gants, bonnets de ski et tout le tintouin, était obligatoire pour en profiter réellement. J’ai sorti le Captain et Totoro de ma poche comme à l’accoutumée, mais également mon drapeau pour un shoot assez particulier, l’essentiel était ce que mes yeux voyaient. Rares sont les photos qui retranscrivent l’émerveillement que j’ai ressenti à ce moment. J’étais venu pour ça et je l’ai fait. Oui ce n’était pas 4000, mais c’était beau. On est donc redescendu pour un petit-déjeuner avant ensuite de prendre le chemin de Deulari, en descente car il fallait arriver le soir à 2900. Mais évidemment si les choses étaient simples, ça aurait été beaucoup moins drôle. Car la neige présente à la montée, était bien là pour la descente. Enfin je dis descente mais j’ai presque eu la sensation de montée comme la veille. Seulement, les passages étaient plus courts que la descente en continue que nous avons fait. A un moment donné sur le chemin d’ailleurs, je suis tombé dans une petite crevasse, une caverne, une bulle d’air que le chemin cachait et que ma carcasse un peu trop volumineuse à ouvert sur le monde. Pas de blessure dans la chute et un guide qui riait aux éclats, j’ai remonté les trois mètres avec une corde qu’il faut toujours avoir à disposition. La suite du chemin, pleine de dévers impressionnants confirmait que la montée n’est pas pour moi le plus risqué, mais que chaque pas de descente doit être bien assuré.

Arrivé à Deulari aux alentours de midi, une pause repas s’imposait avant de finir calmement et rejoindre Ghorepani le soir. Assis en terrasse j’ai vu arrivé deux filles qui cherchaient leur chemin à côté du panneau de direction. Une française et une allemande, jusqu’à là rien d’anormal. On discute deux minutes et on switche en français du coup car sa copine était partie discuter ailleurs. Avec ma plus grande stupéfaction que je me rends compte que cette femme était non seulement bretonne, du Morbihan, âgée d’un an de plus que moi, mais d’à côté d’Auray et surtout qu’on était au lycée ensemble en 2005 ! Alors oui le monde est petit, et partout où tu vas, tu croises un(e) breton(ne) ! mais quand même, j’ai trouvé ça génial. Mieux que l’équipe Bretagne de cyclisme à Istanbul, mieux que le briochin de Petra, un peu du genre du mec qui faisait du foot avec manu au fin fond du Portugal en 1995. Alors  une fois que Lucie est partie, j’ai expliqué tout ça à Puspa que ça l’a bien fait rire. Nous sommes repartis vers Ghorepani pour une fin de journée au calme. Nous attendait le lendemain le dernier challenge. Poon Hill.

Poon Hill comme je l'ai vu

Poon Hill comme je l'ai vu

Poon Hill, est le trek court et accessible proposé à tous les débutants et aux personnes qui n’ont pas trop de temps pour aller marcher. A 3210m, tu as une vue entière sur la chaine des Annapurna. Je l’avais fait déjà avec Muldai la veille, mais l’idée d’une dernière montée avant la grande descente de la journée me plaisait, comme un ultime challenge malgré des jambes déjà endolories. Je voulais aller jusqu’au bout et faire ce petit périple était à la porte de tous, donc je devais en être. Parti à 5H30 le mercredi 19, la montée s’est faite doucement… En revanche, les nuages nous entourant ne disparaissaient pas… Je l’avais remarqué sans vraiment m’inquiéter en me disant que de toute façon, rendu là-haut, il y aurait une vue dégagée… Que nenni ! un brouillard épais, dense et opaque, nous cachait une vue sublime que j’espérais voir. Mais au lieu de m’enrager de la situation j’en riais, car j’avais eu le plaisir de la vue à Muldai la veille ! Contrairement aux gens amassés de bonne heure avec moi à Poon Hill, je la connaissais la chaîne de montagne. Alors ce n’était pas de bol, comme pour les falaises de Moher en Irlande où la vue de l’eau nous avait été enlevée par une météo désastreuse. Là, à nouveau la même chose, mais peu m’importait, j’avais eu la vision de tout cela. J’étais en revanche déçu pour les gens croisés là-haut qui n’avaient pas eu ma chance. Une météo capricieuse peut changer un séjour et je suis ravi qu’en plus de m’avoir barré le chemin, elle ne m’a pas rendu les Annapurna aveugles.

Ainsi, de 3210m sous une grisaille, démarrait la descente de fin de séjour, pour rejoindre la vallée et Hille, à moins de 1500m. Ce fut intense, car des escaliers nous attendaient à n’en plus finir, marche après marche on continuait inlassablement vers la vallée, voyant remplacer la neige par  la verdure, la glace par la poussière, le froid par une sensation de chaleur. Nous sommes passés par plein de petits villages au fur et à mesure,comme Ulleri avec des escaliers si raides que Mafate m’a paru accessible. Mais aussi une jolie église en pleine célébration, des villages où chaque maison abrite un restaurant ou un hôtel. Je cite à nouveau la Réunion mais c’est le voyage que j’ai fait qui s’y rapporte le plus, celui qui m’a confirmé ce même goût de la marche et de l’effort, celui qui m’a montré combien la nature est belle et que je l’adore. Quand on parle de pays tout entier tourné vers le tourisme comme le Costa Rica, les régions montagneuses du Népal ne vivent que de ça le moindre village en est dépendant. Alors arrivé au bas de la vallée, il a fallu traversé la rivière… j’ai cru avoir un très gros problème. Autant le vertige n’apparaît pas quand je suis sur la terre ferme, peu importe la pente que j’aperçois, mais dès que je suis sur un pont, dix mètres me paraissent formés un vide abyssal dans lequel je vais tomber. Deux ponts d’environ 20m, deux étapes finales qui ont ramené mon rythme cardiaque à la hauteur de battements que Muldai avait donné. J’avais atteint les sommets pour tomber dans un précipice de nervosité. J’ai néanmoins réussi à franchir ces ponts larges pour deux personnes, sur lesquels j’ai vu des enfants courir et se battre après moi. Ce n’est vraiment pas ma tasse de thé, mais j’avais réussi à franchir mon Rubicon.

un des ponts de l'Enfer...

un des ponts de l'Enfer...

Quand on a posé les sacs à l’hôtel, je savais que c’était la fin du trek, la jeep viendrait nous chercher directement ici. Au lieu de cinq jours de marche, nous avons tout bouclé en quatre. Les 15 km de marche du retour y étaient pour beaucoup bien sûr, mais voilà c’était fini. Après avoir atteint, 3637m et donc le point mon point le plus haut sur terre, rencontré st paulaise de 2005, un groupe de douze chrétiens évangélistes, 4300m de dénivelé positive, 6240 de descente, j’avais fini mon trek de 45 km, mon premier vrai trek, celui dont que je rêvais de faire depuis quelques années déjà. Les chiffres sont là et c’était clos. Un mal des montagnes appréhendé en bonus, et surtout une envie furieuse de repartir vers les sommets, dans ce pays ou un autre. Ce n’est pas Man vs Wild pour autant, mais voilà bien des aventures qui ne peuvent que me donner envie de recommencer.

Jeudi 20 nous sommes redescendus vers Pokhara, mais la jeep a cassé un essieu. C’est fou de voir avec quelle dextérité un mécanicien qui n’avait de garagiste que le nom a réussi à nous fabriquer de quoi tenir jusqu’à notre retour en ville. Pendant ce temps de toute façon, je lisais. Je savais que j’allais revenir en ville où mon hôtel et une fin de journée au calme m’attendait alors je n’étais pas pressé. Surtout que ma liseuse avait retrouvé sa consommation normale de batterie, avec l’altitude, elle fondait comme neige au soleil et je saurai pour mes prochains périples que le papier jauni vaut parfois mieux passé 3000m ou un froid intense. Pendant la réparation disais-je, je lisais. Après avoir terminé le château de ma mère, le temps des secrets et le temps des amours, je me rendais compte de l’intérêt de cette lecture sur laquelle j’étais toujours passé. Les téléfilms de l’enfance de Marcel m’avait beaucoup marqué plus jeune, mais ici la lecture que je sentais nécessaire depuis des années est venue. J’ai été notamment surpris par le chapitre des Pestiférés dans le dernier volume. Amateur absolu de la peste de Camus, voir que Pagnol qui savait si bien croqué son enfance pouvait nous raconter ce drame marseillais du XVIIIème siècle aussi bien que son homologue à Oran, j’étais bluffé. Mais quand je parle de lecture, je me suis surpris à reprendre celle entamée en Thaïlande il y a de ça quatre ans à présent, les Misérables. J’avais lu les deux premiers tomes, j’ai fondu sur le troisième et le quatrième n’est pas encore achevé. Passant de la page 700 à 1300 pour un total de 1800. Non ce n’est pas terminé, mais ce chef d’œuvre d’Hugo qui comporte bien trop de description pour un lecteur moderne, je le finirai. Peut-être pas en Asie comme l’idée saugrenue, m’est venue, mais bien où je pourrai, quand je pourrai, en tout cas, je ne compte pas le lâcher avant de voir la fin d’Eponine, celle de Gavroche, et peut être que d’ici au mois d’Avril, ce sera bien Valjean dont j’aurais contemplé les derniers instants. La lecture, c’est aussi une autre respiration de mes vacances, je me saoule de mots, je me drogue de chapitres à dévorer, ne sachant  réellement m’arrêter, la lecture est une amie précieuse, mais le monstre chronophage de mes congés.

Le temple au milieu du lac de Pokhara

Le temple au milieu du lac de Pokhara

Alors malgré une heure de retard à Pokhara, j’ai pris le temps de me balader au bord du lac, allant même voir le temple situé au milieu de celui-ci, mais sans la volonté d’aller jusqu’au Stupa de la Paix situé sur les hauteurs. Déjà, prendre à nouveau le temps de me balader, d’être en ville, ou de me connecter à internet, ça m’a occupé. C’était là aussi un des enjeux du trek que j’ai pu mener. La déconnexion. Pas celle pour dire oui je n’ai pas envie de regarder mon téléphone aujourd’hui. Non, simplement un endroit sans réseau, pendant plus de trois jours. J’avoue avoir apprécié car ça m’a permis de beaucoup réfléchir à mes envies, à celui que je suis, mes réalisations et mes attentes. Sans en faire une crise existentielle, il est vrai que l’effort couplé à un décors naturel sublime, peut annoncer ce genre de choses, surtout si on a le temps. Et ce dernier, je l’avais, et je l’ai pris. Le fruit de ces réflexions resteront pour moi, mais j’ai bien la sensation de me connaître un peu plus à présent, d’être toujours dans l’avancement et ce, vers une maturité relative.

Alors mes derniers mots sur le retour à la capitale et une soirée avec des expatriés sera anecdotique. Tout comme ma valise restée à Doha et récupérée ce matin à Beyrouth, ou encore ces heures de vol devant des films à n’en plus finir comme un zombi. Oui mon séjour pourrait être résumé à cette marche en montagne, ce trek espéré et apprécié, ce bonheur solitaire de cette ascension au grand air. Alors que j’écris ces mots je suis dans le canapé de mon appartement, l’Angleterre mène au score contre des irlandais fébriles, et les mondiaux de Biathlon s’achève aujourd’hui. Me voilà déjà bien à penser au travail à fournir pour ma rentrée de mardi, avec une prolongation pour me libérer la journée de demain. Il faut bien s’y remettre un jour, les prochaines vacances seront bien différentes et en famille, le retour en Europe d’avril sera apprécié.

un panneau écrit en français sur le trajet, inspirant n'est-il pas?

un panneau écrit en français sur le trajet, inspirant n'est-il pas?

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Trente-deux

10 Février 2020 , Rédigé par Pereg

Lundi matin, au lieu d’avoir école, je suis tranquillement chez moi… Merci Saint-Maron et ce jour férié rattrapé, comme ça en devient usuel au Liban. Enfin, j’irai à la salle dans moins d’une heure, après avoir fait une première fois mon sac à dos pour le Népal. Cet après-midi sera plus sérieux avec du travail à avancer pour après les vacances pour l’école. Oui tant qu’à faire, ça me permettra de partir l’esprit libre avec une semaine de rentrée pleinement réalisée. Si je trouve le temps, je filerai au cinéma également voir Parasite, ce film m’intéressait déjà du fait de sa palme d’or, mais le voilà tout auréolé des oscars aujourd’hui. Je me dis qu’il en devient immanquable, au programme de la journée probablement. Après ce qui me reste en tête est tout autre…

Voilà c’est fait, j’ai passé les quatre fois huit, ce n’est pas un cap spécial ou un nombre qui m’importe, je constate juste que depuis la célébration des trente à Ker Henri, je n’ai jamais été aussi loin de trouver important cette célébration. Ceci étant, j’ai apprécié la manière dont les choses se sont déroulées ce weekend, simples et plaisantes. Spiritueusement, sportivement et culturellement. Oui j’ose le néologisme en début de page, privilège de cette vieillesse nouvellement acquise… En tout cas je me l’octroie ce droit. Trois nouveaux pays visités, Jordanie, Costa Rica et Chypre. Une année passée à l’étranger pour une situation politique et économique fort incertaine encore aujourd’hui ici. Une nouvelle langue que j’essaye toujours d’acquérir et ma sortie d’hier me confirme le travail à mener. Le bonheur des rencontres familiales aux nouveaux et anciens amis. Ça peut se résumer vite une année.

Cette semaine de février n’a pas apporté de nouvelles particulières, juste la sensation du temps perdu, d’avancer doucement avec en tête, aux yeux et à la bouche, une envie de partir, de voler vers d’autres horizons. Oui le Népal approche et j’ai déjà vraiment la tête là-bas, à ces montagnes que je souhaite explorer, à ce périple qui s’annonce comme « une retraite », pour mon plus grand plaisir je l’avoue. Me couper du monde… Tout cela reste relatif à l’heure actuelle car si j’ai la possibilité je posterai sur les réseaux sociaux, déjà mon guide et les randonneurs durant cette semaine de voyage. Plus les jours passent, et plus je suis loin en pensant, à me questionner sur les réactions que je vais avoir, aux paysages, mais à la fatigue au mental de cette épreuve que je me prépare à faire. De Katmandou à Pokhara, puis après droit vers les Annapurna. Rien que le nom, et je pense forcément à l’alpinisme français et ces exploits. Himalaya, qui oserait contredire que c’est un réveil éveillé que d’aller marcher là-haut.

Ce n’est plus une divagation, et les dernières semaines m’ont réellement servies à me préparer pour ce séjour. A coup de séances de cardio, d’une alimentation suivie, je suis plutôt en forme, rien à voir avec mon retour en septembre ici c’est net, et je progresse doucement vers les objectifs que je me suis fixé. Step by step j’avance. Déjà je sens que les poumons ne sont plus les mêmes. Cinq mois ont passé déjà sans qu’une cigarette, cigarillos, cigares ou autres « fumisteries » n’ont souillé un peu plus ma respiration. Ce changement souhaité et nécessaire me confirme que cette volonté m’amène vers d’autres possibilités. J’en suis à 14 km à présent en un peu plus d’une heure… sur tapis pour relativiser les choses, mais c’est bien plus que je n’osais imaginer il y a encore quelques mois. On a beau dire mais c’est un changement qui ne pouvait être stoppé, je le savais, je le voulais. Il ne me reste plus qu’à tenir. Le sport d’abord et avant tout, comme décharge mentale, comme envie, comme besoin. Après oui je n’ai pas d’enfants qui accaparent mon temps, j’ai donc toujours la possibilité de penser à moi… 0n m’a également dit que j’avais maigri récemment, mais bon tant que je ne serai pas passé sur la balance chez les parents, et ce n’est pas prévu pour demain, ça attendra.

D’ailleurs à Guiscaër on va peut-être me trouver maigre si ça continue, enfin peut être pas quand même mais ça serait dommage que ma grand-mère veuille me remplumer.  Surtout qu’en plus que la barbe a bien poussé. Oui ça amènera forcément à des commentaires peu laudatifs mais ça correspond un peu à mon esprit du moment, hirsute. Oui c’est plutôt pour des cheveux ce mot, majnoun si vous préférez, mais ça n’aidera pas spécialement non plus. Bref trêve de digression, je reprends là où j’en étais. Long weekend pour mon anniversaire, j’ai vraiment de la chance. Ce lundi 10 février est férié, car rattrapage de la Saint-Maron qui tombe un dimanche. En plus, le 14 est février l’est aussi, la semaine suivant mon anniversaire est toujours calme ici et ça n’est pas pour me déplaire. Au départ je devais faire plein de choses ce weekend, et peu à peu, je me suis dirigé vers mon travail à avancer pour après les vacances. Une vague de froid bien poussée, accompagnée de joyeusetés de saison forcent à rester cloîtrer plus qu’à l’ordinaire.  

Au réveil samedi matin, j’ai eu le plaisir de voir le petit-déjeuner arrivé à la porte. Fatteh et Foul, deux plats typiquement libanais pour un repas fort copieux, plus besoin de manger avant longtemps. Comme le salon était disponible, la télé allumée, et là, surprise ! les mystérieuses cités d’or étaient diffusées sur Mangas. Esteban, Zia, Tao et les autres, de leurs pérégrinations en Amérique du Sud, de quoi me faire retomber en enfance. Après six épisodes consécutifs, quelle n’est pas ma surprise de voir Dragon Ball à suivre ! Ça devait bien faire au moins dix ans que je n’avais pas posé regardé ce dessin animé. Alors je suis resté devant, corrigeant mes copies, préparant du boulot, mais avec un œil sur les aventures de Sangoku contre l’armée du Ruban Rouge. Seize heures sonnaient et  je n’avais pas encore bougé réellement de ce canapé. Je me suis donc levé, pour m’asseoir dans un fauteuil de cinéma. J’ai le droit a une place gratuite pour mon anniversaire, j’en ai donc profité. 1917 au programme, un plan séquence d’une intensité technique rare. Un film qui a le mérite de présenter la première guerre mondiale sous un angle qu’il ne m’avait pas été donné de voir. Intense et brut, puissant et difficile. Ce genre de film est à la fois un frisson, une épreuve mais une œuvre complexe qui ne laissera nullement indifférent. A peine le temps d’une douche et il fallait sortir pour rejoindre un restaurant, bien entouré, j’ai soufflé ma bougie, repas italien arrosé de Spritz en bonne compagnie. Un détour par Toros en suivant, et un retour un peu plus tard à pied jusqu’à l’appartement m’avait pleinement satisfait. Ça représente bien dans le fond ce que je suis, toujours fasciné comme un gamin, mais je me réalise pleinement, assumant cette part enfantine qui est mienne. Alors on pourrait me rétorquer que mon célibat ne fait que renforcer mon égoïsme, et que l’égoïsme ne fait que renforcer le célibat. Bref ce n’est pas là l’important, simplement d’apprécier ce que je vis ici et c’est le cas.

Dimanche au calme, en tout cas ça devait l’être jusqu’à ce que la météo se joigne à notre entrainement de moto. Pluie, vent, grêle, la tempête, tout ce qu’il ne fallait pas. On a du écourter mais je me sens serein. Seize heures au basket, ça faisait une paye que je n’avais pas mis les mains sur un ballon. C’est revenu peu à peu, le but étant de se dépenser. Puis pour une soirée concert avec le Sofar Sounds. Une institution qui propose des concerts, ou plutôt des shows et ce partout dans le monde. Ici, c’était la première fois depuis la révolution. Entre un slameur libanais, un groupe fait d’accordéon chromatique de Oud, c’était génial, tout comme un dj aux sons dissonants.  Une fois n’est pas coutume, je me laisse porter par les découvertes que cette ville peut offrir.

Alors à l’heure où je dois clore ce nouvel article, je me dis que les choses vont forcément évoluer. Demain le parlement doit voter la confiance au nouveau gouvernement, les écoles ont envoyé les frais de scolarité du second trimestre, et la dévaluation de la livre libanais devient presque une nécessité absolue… Je pars vendredi au Népal pour huit jours, la prochaine fois que j’écrirai, Mars se fera pressant, et nul  ne sait ce qui peut arriver d’ici là…

 

Merci encore à toutes celles et ceux qui m’ont souhaiter mon anniversaire !

on the road again, again....

on the road again, again....

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Février : Crêpes, ski et Crunch

2 Février 2020 , Rédigé par Pereg

Sorry, good game ! Ces mots sont espérés chaque année et une fois n’est pas coutume, je peux les prononcer à l’encontre de nos meilleurs ennemis. La jeune garde française vient de battre les vice-champions du monde, étouffés dans de nombreux secteurs de jeu, pressés jusqu’à l’os et fanny jusqu’à la 57ème. Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu le plaisir de voir un XV aussi motivant, aussi conquérant. Alors que le choix du démarrage d’une progression vers 2023, nos jeunes ne sont plus des bleuets, ils ont maîtrisés des anglais bien pâles et j’espère que ce n’est que le prélude d’un tournoi qui démarre sous de très bons hospices. Petite note spéciale pour Bouthier, joueur ayant fait 5 saisons à Vannes, arrivé à Montpellier en septembre qui était titulaire à l’arrière pour la première fois durant ce Crunch. C’est fou de se dire qu’en moins d’un an, il est passé de pro D2 au niveau international, avec brio pour cette entame. Alors oui, quoi de mieux que de poutrer de l’anglais pour finir un joli weekend. Quoi de mieux que de voir la rose piétinée généreusement avec un jeu que l’on n’avait pas vu depuis fort longtemps. Je ne vais pas m’enflammer plus que de raison, mais j’espère que samedi prochain, les transalpins subiront la loi des bleus de manière plus intense encore.

Février a démarré  et j’avoue qu’il était temps. Je ne sais pas pourquoi mais janvier est toujours une période qui me ramène à des moments délicats à devoir gérer, et relancer la machine en début d’année n’est pas chose aisée. C’est aussi ça qui est compliqué, c’est de voir que l’année qui démarre, et être toujours en rodage et c’est comme si le premier trimestre fait entre septembre et décembre est bien loin et oublié. Alors quand mon mois préféré pointe le bout de son nez, que les astres s’accordent pour amener de jolies choses, je ne peux que suivre le mouvement et apprécié les péripéties. Non pas de grand roman ou un conte, simplement de petits faits de vie qui amènent à sourire.  

J’aurais pu parler uniquement du Brexit, car en ce début du mois, l’Europe n’est plus que 27, et les britanniques sont officiellement en dehors de l’Union Européenne. Plus de trois ans après le vote, le voir officiellement déclaré, en attendant réellement son impact sur la communauté,  je me dis que c’était un beau gâchis. L’avenir nous dira s’ils avaient raison de partir. Mais comme l’hymne à la joie, chanté par mes élèves de Fronsac au lendemain du vote, voir le XV de la rose subir la loi française, est un plaisir non dissimulé. La plupart des britanniques que je connais n’auraient pas fait ce jour, mais tel est aussi l’objet politique, un choix commun. Après si je veux rester sur ce domaine, il y a aussi tellement à dire sur ce qui se passe ici avec ce nouveau gouvernement. Vont-ils mettre fin à la révolution calmement ? Vont-ils sortir les manifestants de la place des Martyrs ? Et la dévaluation de la Livre Libanaise ? On en revient au sempiternel : que va-t-il se passer ? Questions que je me pose sans que je n’ai de réponse appropriée.

Si je pense à mon cas personnel, la semaine de travail n’a rien amené de particulier, simplement une épidémie de grippe qui frappe l’école, notamment les autres classes de CE1. Mes élèves vont bien et je ne vais pas m’en plaindre. Je peux aussi dire que la salle me manque car je n’ai pas vraiment pu courir au même rythme que précédemment, coupant un peu ma préparation pour le Népal, mais je rattraperai assurément cette semaine. D’autant plus qu’aujourd’hui je n’ai pas perdu mon temps… on m’a proposé hier de partir à Mzaar pour aller skier une journée. Alors oui, oui, oui, cent fois oui !

L’an dernier j’avais eu le plaisir de partir là-haut à Faraya pour une journée avec la venue des frangins, mais depuis je n’avais pas eu l’occasion, je ne l’avais pas vraiment cherché non plus. N’étant pas motorisé, forcément ça n’aide pas. Ainsi Philippe que j’avais croisé à la sortie de l’avion m’avait dit qu’il m’inviterait à me joindre à lui. Réveil 6h30 pour un dimanche, ça pique mais c’était aussi pour la bonne cause. Direction chez eux, équipés à souhait avec tout le matos nécessaire, ramené déjà l’an dernier. Décollage vers 7H30, , route, bouchon, passage pour récupérer les locations de skis, de forfait, attente au premier télésiège. 10H30 on montait enfin vers les sommets, avec une excitation toujours aussi intense. Un ski en famille, avec la fille du collègue et une copine à elle. C’était juste super cool. Un soleil, de la poudreuse et une neige qui crisse en dessous, et une sensation à nulle autre pareille. Ce plaisir est vraiment un kif que je souhaite à tous, cette sensation de bonheur au rythme de la vitesse en virant sur les carres, en fonçant sur les bosses, et bien sûr en dérapant en faisant un maximum de projections pour s’arrêter. Oui le ski est vraiment un plaisir qui compte pour moi, et je ne doute pas de pouvoir le partager à nouveau, ici ou ailleurs. Bien sûr, l’organisation de la station, le travail des responsables des machines, ou du parking, c’est toujours chaotique, et un collègue disait même que ça fait 20 ans que les mêmes problèmes structurels sont là, et rien ne change. Mais rien ne remplace le bonheur et l’illumination que cette journée  peut apporter.

Entre le ski et le Crunch, et bien sûr les différents écrits hebdomadaires, il y a une chose que je ne pouvais pas faire aujourd’hui. C’était de respecter la chandeleur… Mais  la tradition est sauve car j’ai quand même fait un peu plus que ma douzaine hier après-midi. A défaut de courir à la salle, je me faisais plaisir en cuisine. Il est vrai que je passe trop peu de temps en cuisine ici, alors quand je me motive et m’offre ce plaisir, le résultat n’est pas trop mauvais en général. Crêpes ou autre qu’importe, c’est bien une chose sur laquelle je vais me motiver un peu plus prochainement. En plus, suprême hérésie, j’ai testé une nouvelle recette, avec adaptation au niveau cannelle dans la pâte (mais depuis quand on en met !?!), mais je ne déroge jamais au calva. Il me faudrait une galetière pour mieux faire mais qu’importe, le résultat m’a plu.

Vingt-deux heures arrivent, et mon ventre commence à crier famine, mais surtout que le sommeil va poindre bientôt. Place à une nouvelle semaine, Février mon cher, tu commences de belle manière.

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