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Prolongement

29 Mars 2020 , Rédigé par Pereg

Même si c’était une décision attendue, de voir le prolongement de cette quarantaine me fait quelque chose. Me fait quelque chose dans le sens où j’ai ainsi la confirmation que mon séjour vannetais durera au moins quatre semaines. L’air de rien, voilà déjà vingt-huit jours que je ne travaille plus en frontal avec mes élèves. Voilà bien quinze jours que je suis rentré à Vannes. Alors oui, on pourrait me rétorquer à raison que je ne suis pas le plus mal loti, et je ne peux qu’en convenir dans ces circonstances, mais il n’empêche que ça n’est simple pour personne de se retrouver dans cette situation.

La dernière fois que j’ai fait cours de visu à mes élèves nous étions encore en février, l’Italie commençait à s’inquiéter des mesures à prendre et des premiers cas à soigner. Nous n’avions à ce moment-là aucune idée de la crise que nous allions traverser, même si certains avaient déjà tiré la sonnette d’alarme. Peu se faisait une réelle idée de ce qui allait nous tomber dessus. Moi le premier, à l’annonce de la fermeture des écoles, j’en ai profité pour faire un weekend plein de musique, la dernière activité sociale que j’ai réellement pu avoir avant cette pandémie.

Mon métier a réellement changé ces dernières semaines. Plus de tableau blanc sur lequel j’écris la date en arrivant le matin ou la veille en partant. Plus de calendrier à compléter pour les élèves chaque matin en entrant dans la classe, car la classe se fait autrement, à la maison. Et c’est là où le bât blesse. On dira ce que l’on veut mais si les parents ne sont pas en mesure, pas en capacité ou simplement surchargé, la scolarité de leurs enfants en patira. Aucun doute là-dessus. On pourrait aussi me dire que les inonder d’exercices à distances, que d’envoyer des vidéos ne changera rien au fait que l’on augmenter les disparités et que la continuité pédagogique n’est qu’un vain mot. J’aurais tendance à le croire pour certains, mais j’ai la chance d’avoir un suivi réel des parents de mes élèves avec une capacité pour tous à faire ce que je leur propose. J’ai remercié plus d’une fois les parents de mes pitchounes, car sans eux, même avec toute la bonne volonté du monde, je ne pourrai rien faire. D’un autre côté, je sais bien que pour d’autres, prendre du temps chaque jour pour suivre les devoirs des enfants n’est juste pas possible, et donc ainsi, en plus eux-mêmes de travailler, de subir la crise, leurs enfants subissent cette crise de plein fouet avec le retard scolaire qu’ils accumulent. C’est injuste, seulement injuste car on ne travaille pas pour les meilleurs élèves, mais pour ceux qui ont besoin de notre soutien.

Alors à notre retour à l’école, cette année ou la suivante, il y aura un immense travail pour aider ceux qui auront subi, je sais bien que j’adresse ici de jolis mots qui ne tiennent pas forcément compte de la réalité du terrain mais il y a aussi et c’est important, la volonté de tous de faire au mieux. Il y aura un après-covid pour mon métier c’est clair, sous quelle forme, aucune idée, mais savoir que l’on s’est tous formé à utiliser l’outil numérique de cette manière, de rendre une disponibilité beaucoup plus importante que si l’on était sur site, je me demande la forme que prendra l’enseignement après cette crise… Peut-être que la reconnaissance sera plus importante, peut-être que l’opinion d’une majorité comme des politiques sera positive, qu’en sais-je et qu’importe, je me dis juste que ce n’est pas mon métier d’être devant un ordinateur toute la journée. Devant une classe d’élèves qui ont envie d’apprendre, de parler de nouveau son, de hauteur en musique, de diagonales, de faire de la peinture, ou de la natation. Oui mon métier est humain, avec des enfants et c’est ce qui me manque le plus, d’être simplement avec eux.

Cette quarantaine forcée en famille pourrait être difficile mais après plus de dix jours passés ensemble je me dis que c’est plutôt une réussite pour l’instant. Planning des repas, répartition concrète des tâches à effectuer, participation de tous à la vie de la maison. Ça n’a l’air de rien, mais pour le rigoriste que je peux être de temps en temps, ou le toqué selon les points de vue. Ce sont des choses clairement nécessaires. L’organisation, la planification m’a toujours rassuré et permis d’être à l’aise, mais ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas de changements. Mais déjà avoir une idée sur le papier est quelque part, vitale. Oui il y a du chamboulement, des imprévus, mais à l’heure où le monde ne tourne plus vraiment rond, ces choses-là me sont précieuses. Je ne parle que de moi pourtant on vit bien à quatre. C’est celui-là le plus grand changement, se retrouver à manger tous ensemble midi et soir à heures fixes, lâcher téléphone et ordinateurs bien plus que je ne le ferais seul. Je n’y étais plus vraiment habitué et ça n’est pas un mal. On peut se rappeler ainsi ce qui est important, ce qui est appréciable, là où les valeurs se retrouvent, s’exposent de plein sens à chacun, à moi le premier. Parler de mon quotidien très routinier n’est pas ce qui me tente le plus, ni le plus intéressant à présent. Parler de mes vidéos ou de mes corrections ? Non. Parler de mes visios entre amis ou avec les trèfles ? Non

Alors que cette crise sanitaire se prolonge, qu’elle n’a pas encore frappé la Bretagne de plein fouet, je réfléchis à la suite qui sera la mienne. Continuer à écrire en Orient alors que je suis à Vannes pour encore quelques temps ? Des questions me viennent en tête, notamment celle de mon retour « chez-moi » ? Beyrouth est loin, si loin à présent. Dans ces circonstances, je ne me plains pas de ne pas y résider, mais j’aimerais retrouver « Beite bi Beirut, Behebbakt ktir ya Lubnan ».  Le temps amènera les réponses à mes questions en attendant je me replonge dans Harry Potter en anglais, dans The Newsroom, dans un weekend bien mérité.

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Enterrement & confinement

22 Mars 2020 , Rédigé par Pereg

Si l’on m’ait dit voilà trois semaines que les choses auraient tourné de cette manière, je n’aurais pu le croire. Impossible d’envisager de télétravailler sur du long terme, impossible d’imaginer un retour à Vannes pour une durée indéterminée.

Mais tout cela est bien officiel et bien réel. Les circonstances ont évolué, au Liban comme en France. Le cas chinois nous paraissaient lointain en février, on se disait que ce virus n’était rien, moi le premier d’ailleurs. Je l’imaginais facilement évitable. Mais voilà, quand l’Iran et l’Italie ont été touchés, sévèrement, ce n’était plus si lointain et des mesures concrètes apparaissaient. Mais toujours avec une relative légèreté. Oui je vais travailler de la maison, ce n’est pas la mort, oui ça ne va durer que quinze jours… mais non. Les choses ont basculé personnellement dès lors que j’ai eu, à ma grande surprise l’autorisation de rentrer en France le 13 mars au soir.

Un pressentiment de Manu qui me disait de rentrer, je n’ai pas hésité à demander. A ma grande surprise, l’autorisation m’a été accordé. 20h30 ce vendredi-là, je me revois encore recevoir cet appel de mon directeur alors que je tournais déjà en rond dans mon appartement. Validé jusqu’au 21 mars, avec une quarantaine de quinze jours obligatoire à mon retour. Qu’importe. 21h30 j’étais à l’aéroport, à 1h du matin j’étais dans l’avion. Le pressentiment s’était avéré juste, grand-père n’avait pas passé la nuit. J’ai couru dans Roissy pour être sur le train de 6h52, mais il m’a manqué 10 minutes à l’arrivée. Alors posé à la Brioche Dorée, au-dessus de la gare TGV, quand j’ai eu mon père au téléphone, m’annonçant la nouvelle que j’appréhendais.

C’est con la douleur quand on est seul dans un lieu public. Entouré de plein de gens qui passent et à qui l’on ne peut pas parler. C’est dur de ne pouvoir se montrer fébrile devant une foule inconnue, pourtant c’est bien ce que j’ai fait. Sans hurler aux harpies, sans entonner de louanges, le visage mû par une douleur que j’attendais, les larmes à nouveau se refusaient à mes yeux. Personne ne m’a adressé la parole, on détourne facilement le regard d’une personne triste quand on la croise dans la rue. J’ai souvent fait de même mais là c’était moi le clampin. J’ai donc pris le train pour rentrer en Bretagne.

Déjà les premières mesures en France avaient été prises. Les écoles fermées pour quinze jours, demandée réïtérée aux gens de travailler de leur domicile, d’éviter de sortir, de réduire les rassemblements à 100 personnes maximum. Pour l’heure je ne m’en inquiétais pas, j’avais juste hâte de retrouver les miens. Passage par la gare de Nantes en venant de Roissy, Redon puis Vannes, un trajet assez long mais le principal n’était pas là. Je voulais simplement arrivé. 14h sur ce quai de gare que je connais si bien, que j’ai arpenté dans tous les sens. Voir la famille a ceci de réconfortant qu’elle se rappelle à vous d’une manière importante. Quand nécessité fait loi, se retrouver parmi les siens apporte un soutien que nul ne saurait remplacer. 

Ainsi en voyant les miens, les choses n’étaient pas moins douloureuses, mais plus acceptables quand on le vit ensemble. C’est ça la force de la famille, celle qui te propulse vers de plus hautes sphères et qui t’empêche de t’effondrer. J’ai toujours envisagé la mienne de cette manière, même si je la fuis souvent, ce n’est que pour y revenir quand l’essentiel est là.  Alors entre voir les pitchounes, revenir à Guiscaër, aller au funérarium, c’était juste fondamental. Je me suis demandé récemment comment j’aurais pu vivre de tels évènements de Beyrouth. Mais la réponse est simple, mal.

Lundi, alors que je travaillais de chez les parents, la pression commençait à monter pour deux choses, l’enterrement du lendemain, mais aussi l’annonce que le président de la République allait parler à la télévision le soir-même. La question n’était plus de savoir ce qu’il allait annoncer, mais à partir de quand. 20h précises, il démarrait, état d’urgence à midi le lendemain. Ce que nous redoutions arrivait. L’enterrement ayant lieu à 14h30, on ne savait pas ce qu’il en était. Nous étions déjà à Kerven avec les Broustaux. Une soirée de discussion, de présence, pour une telle épreuve, nous en avions besoin.

Alors quand on nous a confirmé que le cercueil passerait dans l’église et qu’il y aurait une cérémonie à l’extérieur. Nous avions le nécessaire. 13h au funérarium, revoir une dernière fois ce visage figé qui serait bientôt caché dans le bois. Toute la famille arrivait au fur et à mesure, et les arrières qui jouaient devant, sans trop comprendre pourquoi papi et mamie étaient tristes. La douleur du départ est difficile à expliquer à une personne qui n’a pas votre ressenti. Ce n’est pas montrer que l’on pleure, mais parler à une personne qui ne connaît pas un défunt qui nous est cher, n’est jamais facile, on ne peut qu’être empathique mais dur est de se mettre à sa place.  

Alors arrivé à l’église, donnant la main à mon neveu, sur l’Amazing Grace, j’ai craqué. D’ailleurs rien que de l’écrire à nouveau, mes yeux sont embués. Une belle cérémonie, juste devant l’Eglise, sous le soleil de Guilligomarc’h. C’est ce que l’ont s’est tous dit à postériori. Que cette cérémonie était la nôtre, seulement la nôtre. Homme public qu’il était, une foule nombreuse serait venue dans d’autres circonstances. Ici, la famille en rang serré pour pleurer le départ de celui qui en fut le point de départ, le rassemblement, le roc.

Quelques mots lus de la part de ma génération, avec un membre de chaque famille de la Tribu, la rédaction d’un mot à vingt n’est jamais évident, mais l’exercice a été réussi par la gestion de ma grande cousine. « O Rouanez Karet An Arvor » clôturait, et de nouvelles larmes coulaient. La musique a toujours été fondamentale quand il s’agit de permettre aux sentiments de s’exprimer quand les mots ne peuvent le faire. Procession vers le cimetière pour un ultime hommage. Le plus difficile de tous, on le savait, cette journée ne pouvait finir sans son « étoile des neiges ». Impossible pour moi d’aligner trois mots sur la chanson. Trop difficile, trop d’émotions, le flot n’était pas tari. Mais l’Adieu était bien là.

Retour à Guiscaër pour un dernier rassemblement avant le début de notre confinement. Dernières paroles en groupe, profitant du soleil qui ne nous avait pas quitté. On rentrait à la nuit tombée pour se cloitrer. Non pas une entrée dans les ordres mais bien un retour à Vannes pour une durée indéterminée.

J’en ai eu la confirmation mercredi matin par un mail du proviseur. Je me doutais bien que je resterai ici jusqu’à date ultérieure, mais la confirmation officielle était importante. A présent que la France tourne au ralenti, je suis chez les parents jusqu’à je ne sais quand. Compte-tenu des circonstances, je suis soulagé d’être rentré, car la quarantaine aurait été vraiment moins supportable dans mon appartement beyrouthin. De plus, j’ai appris le confinement total du Liban de la même manière avec un exode de la ville vers la campagne, ça aurait été un isolement vraiment compliqué.

J’ai à nouveau un peu de chance dans mon malheur, car je suis rentré à la maison. La maison de mon enfance, de ma vie d’adolescent, après plus de dix ans sans y avoir réellement habité, ce n’est pas si déplaisant et c’est à nouveau un peu plus chez-moi. Surtout quand les choses sont bien faites, car étant à 4 à nouveau, il y a des règles à devoir respecter. Mais entre adultes réfléchis tout se passera au mieux.

A l’heure où j’écris ces derniers mots, dimanche matin, ce qui en deviendrait presque une habitude, les premiers jours se sont bien passés. On a fait des plannings de repas, de tâches, et je ne suis pas le plus corvéable, la bonne volonté de tous sera nécessaire pour que tout se passe au mieux, mais je ne doute pas que l’on s’en sortira. A présent, qu’une nouvelle semaine démarre, celle d’une routine que l’on a commencé à acquérir. Les jours vont passer et l’on ne sait combien de temps çà va durer… Ici à Vannes, et on peut dire que ça va.

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Vendredi 6 mars 2020

8 Mars 2020 , Rédigé par Pereg

mon passage...

mon passage...

Il est de ces journées qui vous marquent dans une vie, symboliquement ou humainement, un jour où l’ordinaire est rejoint par un fait non pas extraordinaire, mais singulier. Ce vendredi était un de ces jours pour moi. J’ai eu mon permis moto. Oui vous me direz, d’accord, quoi de spécifique hormis la réalisation d’une volonté tombée ce jour précisément. Rien et tout à la fois. En effet, j’ai toujours eu certaines dates, certains jours qui me sont restés en tête. Du 17 février 2006 avec le permis voiture, au 9 août 2013 pour le permis bateau. Le 23 de cette même année pour l’arrivée de Brunhilde. Il y a des moments singuliers qui comptent pour moi, pas besoin d’en faire étalage ici. Alors si l’on peut effectivement dire que c’est bien mais que ça n’a rien de spécial, je suis assez d’accord. Cependant dans mon cas, c’est déjà quelque chose, d’autres viendront d’ajouter ultérieurement sur d’autres plans. Alors en ce huit mars où je rédige mon article hebdomadaire, journée internationale des femmes, je ne ferai pas l’affront de partir sur cette thématique même si évidemment, j’ai cette idée bien en tête, et pour tous les autres jours aussi.

Une semaine de travail à la maison ce n’est jamais très simple à gérer, travailler à distance n’est pas ce que je peux faire de mieux, surtout dans un métier où la transmission est reine. Comment faire pour expliquer à distance, sans avoir la certitude que le public comprenne, sans savoir si mes élèves par leurs regards ou leurs attitudes vont me faire comprendre qu’ils apprennent, qu’ils avancent. On s’est donc lancé dans des révisions, tant en français qu’en mathématiques, de la lecture, un peu de dictée et d’étude de la langue, on y ajoute du calcul mental et quelques opérations et il y a de quoi travailler une heure par jour. Mais faire plus, faire mieux, est-ce vraiment possible ? Si l’école a été rendu obligatoire, si elle est le lieu de rencontre entre les élèves et les enseignants c’est aussi que l’on ne peut pas tout faire face à un écran. Le savoir pour les plus grands peut s’acquérir par ce biais j’en suis sûr, moi-même me formant sur certains domaines de cette manière. Mais pour mes pitchounes de 7/8 ans, pour eux qui ont besoin de nous voir pour apprendre, pour nous qui avons besoin de leur présence pour leur enseigner. Il n’y a que des difficultés à résoudre dans cette obligation de cloisonnement en espérant que ce ne soit pas trop long. On s’organise donc comme on peut. Si d’aventure  ça se prolonge encore, une semaine, deux  ou trois même, nul ne le sait, on devra réellement repenser ce travail qui est le nôtre. La valeur singulière de cette transmission, de ce lien de confiance, de ce lien d’affection, il faudra l’envisager autrement. L’adaptation est déjà une clé du professorat et dans cette crise du Covid-19, elle est une clé pour trouver notre diapason.

Malgré la propagation du virus au Liban, 28 cas recensés actuellement, cette semaine s’est déroulée sans trop d’accroc. Une fois le travail envoyé aux parents en début de semaine, j’ai eu donc le loisir d’investir le temps libre qui m’était offert. Tout d’abord je suis retourné comme prévu à la salle de sport, trois fois par semaine, rythme de croisière qui est le mien avec un renforcement musculaire du haut du corps. J’en ressens le besoin donc je m’y mets et on verra si sur du long terme ce travail sera vraiment profitable. De plus, l’institut français avec mes cours d’arabe maintenus confirmait une routine de travail sur cette langue qui est celle de mon environnement. Je sais bien que je ne le parle pas d’une manière extraordinaire, mais ma compréhension du libanais est vraiment plus nette, les efforts seront poursuivis en ce sens. Il n’en reste pas moins que l’alphabet arabe me reste difficile et ce sera vraiment le gros point de travail personnel à partir d’avril. J’ai la chance de me trouver dans un pays avec cet alphabet, ne pas l’apprendre serait une bêtise, je ferai donc ce qu’il faut pour ça. 

Une petite sortie tous les soirs pour x raisons, voilà qui complétait un programme qui se révéla plus chargé que prévu, mais en tout cas, des plus plaisants il est vrai. Chaque matin, petite sortie à Biel pour un entrainement à moto en vue du permis, puis avancement dans la lecture des Misérables. Ces faits peuvent paraître clairement distincts mais ils sont à mes yeux sensiblement liés. En effet, après la Thaïlande où j’avais vu les deux premiers des cinq tomes, j’ai redémarré au Népal en me disant, cette fois-ci, tu iras au bout. En rentrant cette motivation m’est restée, je voulais achever ce roman, je voulais finir cette histoire que je connaissais déjà bien par les musicals mais aussi les différentes versions que j’ai pu voir. Alors lire en début de semaine la mort de Gavroche après celle d’Eponine, c’était déjà quelque chose.

Arriva donc ce vendredi, celui de l’espérance, d’un programme démarré en octobre dernier par mes premières leçons de moto, de l’échec du 29 janvier avec le Tank. Mais ce vendredi n’a pas tourné de la même manière. Réveil à 5h20, on m’attendait à 5H30 devant le bâtiment. Arrivé à Dékouané pour 6h et l’on s’entrainait déjà un peu. Déjà, on s’est rendu compte que la dernière fois, nous n’avions pas fait le bon parcours, en effet les marques jaunes au lieu des marques blanches au sol, ce qui ajoutait bien sûr de la difficulté. Mais au fond qu’importe, l’essentiel était de réussir ce jour. 7h10 on file chercher le dossier dans la salle où les gens répondent aux questions. J’avais eu 30/30, pas besoin de les repasser. En revenant sur le parking, le stress montait un peu mais on avait réussi, et la moto était bien plus aisée et maniable que le tank que l’on avait eu. Oui ce n’était qu’un slalom à faire aller-retour sans poser le pied au sol avec un demi-tour, mais sur ce parking, entouré de libanais, parlant tous en arabe, quand l’inspecteur te demande de ne pas mettre ton casque, on est vraiment dans un autre monde et cette expérience à nulle autre pareille est mienne. Françoise passée en première, elle m’a transmis le bébé. On me fait signe, et je me lance. Aller-retour, validé… Mais non l’inspecteur me répète « aid » recommence… Oui il n’avait pas regardé le premier passage. Déjà que j’étais fébrile, j’étais surtout blasé, car échoué après avoir fait ce qui était demandé aurait été des plus frustrants. Mais non, ce jour était une belle journée et le parcours fut validé. Je sautais de joie et sur ma camarade avec qui j’ai vécu cette aventure de bout en bout. Un soulagement, on avait bossé pour ça, s’entrainer, s’appliquer, revenir, non ce n’était pas simple, mais fait à présent. C’est tout ce qui comptait finalement. On pourra me dire que c’est bien plus facile qu’en France et c’est vrai, ça n’en reste pas moins une épreuve, et elle fut réussie, en deux fois.

Neuf heures sonnaient et j’étais rentré à la maison, prêt à bondir et sortir de la ville pour cette grise journée au niveau de la météo. Peu m’importait. Alors j’ai eu le plaisir de découvrir de nouveau endroits que je n’avais encore jamais exploré. Des grottes de Jeita aux ruines romaines d’Afqra, des grottes minérales magnifiques aux vestiges phéniciens et grecs, je ne pouvais que contempler un peu plus ce pays qui est le mien actuellement, et ce lien était devenu encore plus fort. Même si la météo était horrible, pluie, brouillard, vents, je m’en moquais, car cette journée était mienne. Mon second plaisir de ce jour était d’achever ce roman d’Hugo. Ce qui fut fait sur les coups de 13h, par la visite de la tombe de Jean Valjean. Seconde réalisation de la journée, celle qui marquait la fin non pas d’un échec, mais d’un quête littéraire achevée. Quand on a mis autant de temps à finir à livre, sans me forcer malgré les trop longues descriptions, c’est quand même quelque chose.

Alors oui un vendredi intense, moto, lecture et visites, les autres jours se suivent et se ressemblent, car les mots sont une source de bonheur qui ne se tarie jamais. Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, j’irai vibrer à Murrayfield, je planerai sur Hyrule, tout comme je marcherai dans Beyrouth. Demain, fête des profs au Liban, cette journée aura forcément une saveur particulière par le contexte, mais une chose est sûre, je continuerai de m’attendre à l’inattendu.

fin.

fin.

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Musique, Coronavirus et féminisme

1 Mars 2020 , Rédigé par Pereg

Beirut and Beyond

Beirut and Beyond

Penser avoir une semaine au calme, où tout se déroule normalement est un élément de langage au Liban. En effet, rares ont été les fois où j’ai pu démarrer un article en disant que la semaine s’était déroulée sans accroc, sans anecdote ou sans fait particulier. Cette semaine de reprise en prenait presque le chemin malgré un travail supposé hier samedi 29 février. Je dis bien supposé car effectivement tout a bien changé depuis, clairement changé. Si bien que moi souhaitait initialement prendre un fait extérieur et en disserter, je me retrouve simplement à commenter mon actualité déjà bien trop remplie.

La reprise mardi matin s’est faite dans un calme relatif, toujours la tête dans les montagnes de l’Himalaya, je n’en étais pas moins ravi de retrouver mes pitchounes pour m’y remettre jusqu’en avril. Ce qui me gênait un peu plus était le court weekend à venir, devant travailler samedi matin. Bien sûr, je ne me suis pas privé de sortir tous les soirs. Oui, tous. Pour un verre, un match, du théâtre, mais aussi et surtout de la musique. Bon d’accord je dois avouer que je suis complètement passé à côté de la nouvelle sur les réseaux sociaux, de ce festival musical qui allait rythmé mon weekend. Ce qui m’importait au départ, c’était que Charlie, my fellow, rentrait vers le Royaume-Uni.

C’est ainsi qu’après un match de Champion-League qui a vu Lyon s’imposer, une performance théâtrale dans laquelle je ne suis pas rentré, je sortais vendredi soir avec l’idée de revenir comme Cendrillon. Oui, samedi matin 7h30, le lycée accueillait un nouveau samedi de rattrapage. Cependant alors que j’arrivais à Zoukak, lieu de rendez-vous inital pour le weekend, je découvris que le festival Beirut and Beyond s’ouvrait ce soir-là dans ce même lieu, et que le lendemain, la ville serait habitée de scènes musiques aussi diverses que variées.

BACHAR MAR-KHALIFÉ   TONI GEITANI     TAREK YAMANI / LILIANE CHLELA

Pour une première soirée, entre rock, voix lunaire sur fond de son électronique, et un piano jazzy complètement dissonant. La musique n’a de cesse d’étonner, de s’inventer, de se créer, de se montrer et cette scène offerte à des artistes locaux bouillonnants, est un vrai plaisir d’expérience. Durant le second concert, un message est tombé comme quoi, après un accord entre le ministère de l’éducation et celui de la santé, par prévention, « tous les établissements scolaires seront fermés jusqu’au 8 mars ». Voilà, le couperet était tombé. Obligation de rester à la maison pour une semaine. Ainsi la Cendrillon que je devais être se trouvait libérer de ses obligations de sommeil et pris le parti de prendre une nouvelle bière pour profiter de cette soirée qui s’annonçait plus longue que prévue. Rentré effectivement bien plus tard, je n’en étais pas moins ravi de ce temps qui m’était offert sur le weekend, moins pour les jours à venir où l’organisation sera à voir en fonction des attentes, mais ça sera pour demain lundi.

Sitôt levé, je découvrais avec un dégoût assez violent le palmarès des Césars, académie qui déjà dans sa grande mansuétude avait eu le bonheur de nommé Polanski comme meilleur réalisateur, je ne pensais pas qu’il aurait été couronné. Mais si, la statuette de la meilleure réalisation. Je pense sincèrement avec les affaires qui lui collent à la peau, que ce prix est un affront à toutes les victimes potentiels, mais c’est surtout montrer combien notre chère nation des Lumières, s’est éteint un peu plus quand il s’agit de relents de misogynie, alors que dans le monde entier, les barrières de ce côté tombe. Ce qui tombe bien avec ce weekend un festival féministe à l’Institut français de Beyrouth. Conférences, projections, scènes artistiques, un weekend décidément bien calé sous les projecteurs culturels. J’irai donc en fin de journée écouter la conférence sur « homme et féminisme, un engagement improbable ? ». Le thème me correspond bien. Je m’affirme de plus en plus être féminisme, ou pro-féministe suivant comment on voit les choses, ne serait-ce que pour une équité qui ne devrait pas être quémandée, mais due. J’espère que la conférence sera intéressante. Je me délecte néanmoins ici d’avoir vu sacrés deux personnalités du cinéma que j’apprécie énormément, tant pour leur talent que leur filmographie toujours soignée, Roschdy Zem et Anais Demoustier.

J’en reviens donc à mon samedi qui après un goût amer, m’apportait une touche sucrée, ou plutôt zen pour une expérience que je n’avais encore jamais faite, celle d’un spa. On m’avait offert avec bonheur pour mon anniversaire un soin à réaliser dans un institut, massage, sauna, jacuzzi et bain marocain. Pour ne pas rester idiot et apprécié l’expérience, j’y suis donc allé en début d’après-midi au niveau de l’hôtel Riviera. Pour commencer un massage du corps. Lâcher prise n’est pas un vain mot , c’est quelque chose qui peut sembler facile pour beaucoup mais qui me confirme à quel point la tâche peut être ardue personnellement. Mais soit, je me suis laissé aller, et j’ai profité. Pierres chaudes et exfoliantes ne sont pas trop mon délire, mais pour le reste c’était royal. Surtout le Sauna ou dans cette chaleur suffocante ton esprit dérive sur des continents lointains, d’une pensée qui n’a de cesse de voyager, pour tout bonnement, se laisser aller. J’en sortais détendu, calme et serein. De quoi envisager pleinement le programme d’un samedi bien occupé.

Sur les coups de 17h, je partais doucement vers Mar Mikhail, Diane m’avait invité pour le thé, et ainsi voir où elle allait déménagé. On a discuté un peu calmement et c’était tout ce qu’il fallait. J’ai rejoint Hadi, Kate et Tommy chez ce dernier, le match de Liverpool allait commencer et la pizza arrivée. Parfait n’est-il pas. On est parti à la mi-temps sans que le score évolue et ce n’était pas plus mal car la suite avait de quoi attristé notre fan absolu des reds, une première défaite de la saison. On est donc allé à Métro al Médina pour voir des groupes, dont Hadi avait déjà entendu parlé. C’était vraiment la bonne idée car après un groupe arménien, Gizzmo, on a eu une polyphonie libanaise de toute beauté, deux femmes un homme, mais aussi de l’éclectisme et chaque morceau s’illustrait d’une couleur différente, un pur joyau, un groupe que j’aurais plaisir à suivre et retrouvé sur scène, ZEID HAMDAN. Je ne fais pas souvent des compliments aussi laudatifs mais j’ai vraiment été transporté. Après avoir été rejoint par Chloé et Sahar durant la performance, la question de la suite se posait. Troisième concert au même endroit ou aller découvrir le Ballroom Blitz. Oui, une boite, mais c’était l’occasion où jamais de rentrer dans ce lieu qui m’était aussi jusqu’à lors inconnu. Je n’aime pas ces ambiances mais pour des concerts, tout peut-être différent. On a donc eu sur scène the Bunny Tyler, Coldwave saturée qui n’était pas sans me rappeler Joy Division et la transe que cette musique me donne. Il était déjà l’heure de rentrer après en avoir eu plein les oreilles. Ce festival que je n’attendais plus, on m’en avait parlé bien avant, mais je ne regrette en rien d’y avoir fait ce saut dans l’inconnu musicale libanaise, qui m’a offert cette vibration qui me plait tant, la musique.

Alors que je termine mon article  et que la faim ne me guette toujours pas, je me dis que la journée  au calme tout d’abord, pourra peut être me réserver d’autres surprises.

en exploration près de chez-moi lundi, une phrase peu banale...

en exploration près de chez-moi lundi, une phrase peu banale...

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