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Saint-Malo, distance et coup de soleil

31 Mai 2020 , Rédigé par Pereg

Saint-Malo, distance et coup de soleil

Dimanche matin, grand soleil et léger vent marin, posé devant la maison sous le store pour profiter de ce jardin qui m’est si cher. Lundi dernier en arrivant avec Alex, c’était un champs. Clairsemé d’accord, mais des herbes hautes sur toute sa surface malgré tout. Mais après quelques heures de tonte et un peu plus encore, il ressemble à nouveau au jardin que l’on a toujours apprécié. Une telle perle dans une ville comme Saint-Malo est bien un doux écrin pour se poser. Ajouter à cela des arbres fruitiers qui donnent en quantité, que peut-on demander de mieux ?

Retrouver le calme de cette maison, celle qui fut mienne pendant deux ans, celle  dans laquelle j’ai appris à bricoler de manière un peu sérieuse, faisant ma chambre et la salle à manger. Cette maison est vraiment mon havre de paix, mon rocher auquel je me raccroche avec toutes mes pérégrinations. J’en reviens toujours ici.  Plus encore que Vannes, c’est vraiment la maison dans laquelle je reviens. Elle n’est pas mienne mais c’est mon chez-moi, le seul. Vannes j’y ai grandi, Beyrouth j’y vis et y travaille, mais j’en reviens toujours à ce jardin malouin. Hormis de la lecture qui prend trop de place, toutes mes affaires sont ici. Mon bureau, mes livres favoris, mes carnets. C’est vraiment mon refuge que j’ai rejoint pour finir cette année scolaire au combien particulière.

Oui, il me reste pas moins de quatre semaines de travail à distance à faire pour clôturer cette année scolaire libanaise. J’y retournerai assurément en septembre pour mener à terme mon contrat et peut-être voir la destination suivante vers laquelle je m’envolerai. Les choses évolueront forcément et bien que j’ai déjà des destinations en tête, nul ne peut prédire le pays dans lequel j’enseignerai dans un an. D’ailleurs même si j’ai des envies très ciblées, j’ai toujours été surpris par les destinations qui m’ont marqué. Varsovie, Bordeaux, Beyrouth, je serai prétentieux à dire que c’était ce qui était voulu, c’était une possibilité. Possibilité d’ailleurs avec ce petit feeling, ce ressenti inexplicable qui vous prend aux tripes et qui vous dit « ça va le faire, fonce. » Ces décisions n’ont jamais été regretté, au contraire, elles m’ont forgé tel que je suis à présent, tout comme ces deux années de retour en Bretagne, reculer pour mieux sauter.

En effet, avec la découverte des écoles françaises à l’étranger en 2010, le mémoire de master orienté sur cette thématique, et ce travail en ligne de mire depuis le début, je ne pouvais me retrouver à une autre place que celle d’enseignant à l’étranger. Comme Dumbledore le suggère à Harry « Ce sont nos choix qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes.».  J’ai choisi ces villes, ces voyages, et je ne pourrai dire où je serai actuellement si  les choses avaient évolué différemment. Quand  à mon passage en SEGPA, il m’amenait vraiment vers une autre vie, et c’est là que je me rend compte que c’était Le moment. Celui du décollage ou de l’installation, du CAPPEI ou de l’AEFE. Un choix. C’est vraiment prise de tête que d’aller chercher trop loin, et tout remettre en cause ne servirait à rien au contraire. Ravi d’être où je suis actuellement, et le futur ne s’annonce pas moins enivrant de découvertes. Je reviendrais peut-être un jour vivre par ici… peut-être pas ?

Alors en ce dernier jour de mai, j’ai réappris la difficulté d’une connexion réseau hésitante. On ne se rend pas compte de la vitesse des données que l’on peut envoyer et recevoir par un ordinateur avec la fibre, mais ici j’ai retrouvé une réalité différente. Obligé de trouver un réseau wifi plus fort pour me permettre de mettre mes vidéos en ligne pour mes élèves, sans mon ordinateur aurait lâché avant de tout envoyer sur le réseau. Des ajustements sont donc nécessaires pour le mois à venir, mais tout se fera de bonne manière malgré tout. Ce qui m’importe aussi c’est de retrouver ce rythme, ce souffle, cette volonté qui est mienne depuis trois mois complets, et achever une année si particulière, loin de mes élèves, loin de Beyrouth.

Je m’en suis rendu compte assez récemment mais j’ai eu quelques difficultés à gérer mes émotions ambivalentes sur le Liban. L’affect que je peux avoir pour ce pays qui m’accueille est forcément délicat. Retrouvé coincé en France alors que tous mes collègues eux sont restés, que mes élèves ont été coincé dans leurs appartements alors que je profitais du jardin de mes parents. J’ai eu une chance folle, je ne le nie pas. Mais à côté de ça, quand je vois des amis faire telle ou telle chose là-bas, je ne peux m’empêcher de me dire que j’aurais aimé en être, plus insidieusement, j’aurais « dû » en être. Mais voilà, le sort en a décidé autrement, pour le meilleur malgré tout. Alors il me faudra pour la saison à venir, regarder ce Liban qui est le mien avec distance, avec réserve, avant de le retrouver en septembre de la meilleure des manière possible.

J’ai pu revenir à Saint-Malo grâce à Alex, il a clairement aidé à la remise en marche de la maison ici. Son pote Pasco est venu aussi animé la première semaine malouine. Mais j’ai aussi eu le plaisir de retrouver, mes collègues de mes années ici, mes amis. De passage en repas, une sortie à Saint-Briac pour la journée d’hier, des gens en or qui furent mon quotidien malouin et rendent d’autant plus agréable ce retour qui est le mien. Bien sûr, ce soleil de plomb ajoute au plaisir d’être là et ma négligence à ce sujet est forcément marquée rouge. Rouge comme mon front dégagé de cheveux inutiles. Il me faudra être plus vigilant dans les prochains jours si je ne veux pas tourner à l’écrevisse et protéger un peu ma peau. Je voulais faire viking, mais ça n’est pas assez court pour rejoindre Ragnar. Ce sera donc un crâne lisse qui s’annonce à la fin du mois de juin.

Alors que sonne le tocsin, j’achève mon  article du jour. Les oiseaux chantent, le vent souffle et mon estomac qui famine. Je vais donc lâcher l’ordinateur et faire ce que doit. Cet après-midi, je partirai en voyage à Kobane en images, en Inde par les mots.

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Vannes, cuisine et indépendance

24 Mai 2020 , Rédigé par Pereg

Dimanche matin, une ébriété toujours avérée, ce dernier samedi dans la ville qui m’a vu grandir ne m’aura pas épargné. Deux cabanes en trois jours, la sortie du confinement est bien là. On peut déjà dire que ce long weekend pour l’Eid me fait du bien, on y ajoute le pont de l’ascension française et tout le monde est au repos.

Demain je pars à Saint-Malo, je vais continuer à travailler de chez-moi, mais là-bas. La maison qui m’a accueilli pendant deux ans sera à nouveau mienne pour au moins un mois, un dernier mois de télétravail avant d’être officiellement en vacances, pour un été qui sera à son tour forcément particulier également. Toujours pas de projections sur les possibilités. Colo ou non, sortie du pays ou non… On verra ce qui nous sera proposé, autorisé et dans un sens souhaité. Mais j’ai la bougeotte et j’ai toujours envie de découvrir de nouvelles régions, de nouveaux pays. Mais si je dois simplement faire le pays malouin, ce sera très bien aussi. Cette maison, je la quitterai forcément pour laisser la place à d’autres durant l’été mais qu’importe, ce sera mon refuge des semaines à venir malgré tout . Il est éventuellement étonnant de constater que je n’y suis pas allé plus tôt, mais il était important de fêter l’anniversaire de mes neveux et nièces avant de quitter Vannes, comme pour mettre un terme sur cette période par ce qui compte, voir grandir les enfants.

Demain je pars, mais effectivement cette dernière semaine vannetaise fut pour le moins active, fort active et forcément intense en éthanol. De ma démotivation complète pour le travail, j’ai néanmoins préparé avec application les trois jours de travail à venir. C’était plus léger dans les faits, pour autant l’effort a été conséquent et réalisé. Alex est revenu mercredi soir et déménagera avec moi rue Georges Gille pour une semaine avant de se balader en Bretagne de la manière souhaitée. Jeudi soir aura été la première belle embuscade. On peut le dire … Anniversaire du voisin à 19h, couché à minuit et demi sans trop de souvenirs. C’est comme ça que l’on passe de bonnes soirées, j’étais un des premiers au lit, mais il fallait se réveiller pour travailler avant d’aller à Guiscaër et Kerven. En effet, une nouvelle occasion de voir mon filleul et sa famille m’était proposé et j’ai du coup sauté dessus. 2K20 et Mario kart ont animé ce doux après-midi passé ensemble, avant que je retourne voir grand-mère. Le retour à Vannes a été posé et en arrivant à Cliscouët, on a vu le marchant de Kebab. Non pas de blagues, un food-truck qui nous a fait rêver direct avec Alex. La junk-food est un doux plaisir que l’on ne saurait éviter. Pas ce soir-là, Fabien arrivait avant 8h et restait avec nous pour ce repas quelque peu original. A la française bien sûr avec un pain qui n’est pas celui que je peux avoir au Liban, sauce samouraï qui pique un peu mais gentiment. Trois parties de Fléchettes et Fabien est reparti. C’était l’occasion ou jamais, car en arrivant à Saint-Malo, non motorisé et sans volonté de louer, je serai d’une certaine manière, à nouveau confiné.

Samedi direction les trèfles pour les anniversaires de l’année, le mien compris. Mon cadeau de Noël était arrivé. Un maillot de Nantes « Hellfest ». Je n’avais pas de maillot de mon club depuis la saison 1997, juste une tunique d’entrainement que j’ai étrenné de nombreuses fois, à Plescop à l’époque où je faisais encore du foot. Mais quand est sorti à la toussaint l’an dernier un maillot de mon club, avec comme sponsor ce festival qui me fait tant rêver, je ne voulais passé à côté. Le père-noël de mes frères me l’a ramené, en février et offert en mai, mais qu’importe, j’ai mon nouveau maillot des canaris. D’ailleurs après mon Pavard en juillet, j’ai pour la première fois, les maillots de mes clubs favoris de la saison actuelle. Je ne suis pas prêt d’en avoir de nouveau mais ce n’est pas important. En forçant le pléonasme, au jour d’aujourd’hui, j’ai des maillots de toutes mes équipes… de foot. Je ne souhaite pas faire de collection mais dans certains sports, d’autres maillots me plairait, les Celtics en basket ou l’UBB en rugby. Aujourd’hui je porte au cœur mon jaune et vert, celui de la Beaujoire, celui fait vibrer la tribune Loire. J’ai tellement envie de retourner chanter dans ce mur, un jour peut-être.

Mais je digresse, nous étions donc chez les trèfles hier, on a donc soufflé 6+3 bougies, Evan et Elise ont bien grandi, leurs cheveux aussi. Un nouveau vélo et des livres plus tard, on passait une belle journée. Fléchettes, palais, toboggan ou encore bières, la douce journée que nous voulions passés tous ensemble. C’était important ce moment en famille avant de quitter Vannes. Les petits sont heureux et après deux mois passés si prêt, simplement les voir est toujours un bonheur. Avant 22h30, retour à la maison. Plusieurs parties de fléchettes et à minuit passé, on n’est fait embarqué avec Alex chez le voisin, pour quelques verres de plus… Quelques verres en trop car la fin de soirée n’est plus dans ma mémoire, mais qu’importe. Ce matin j’ai la gorge un peu sèche, un léger mal de crâne, et je ne savais plus où j’avais mis certaines affaires. Des symptômes qui confirment à quel point la soirée fut belle.

Alors en ce dernier dimanche vannetais, au calme, le rangement sera effectif pour vider cette chambre bien remplie. Place à mon retour malouin, avec comme surprise, le travail du jardin à venir.

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Eurovision, campagne et Océan

17 Mai 2020 , Rédigé par Pereg

« Pourquoi tu gardes tes lunettes pour dormir ? -C’est pour mieux voir dans mes rêves. »

Cette réplique sortie de la série « Validé » dont j’ai écrasé la saison vendredi soir. Cette réponse me reste en tête car je la trouve vraiment poétique. Pourtant elle est prononcée un personnage qui est loin d’être le plus intéressant, au contraire, Brahim, le cousin du héros. Mais la force de cette punch line m’envoie du rêve. Le rap, je m’y suis remis doucement cette année. A force de côtoyer Chloé et Paul qui en écoutent abondamment, j’ai replongé petit à petit dans mes classiques des années collèges mais aussi, je me suis intéressé à la scène actuelle. Celle des Lomepal, Ninho ou encore Booba. J’ai même fait écouter ce dernier à mes élèves. Alors quand une série sort sur le rap game, avec Hatik dans le rôle principal, je ne pouvais qu’adhérer. Dans la semaine, j’ai freiné des deux pieds pour ne pas faire un marathon, mais vendredi soir, j’y ai passé ma nuit. Mais un gros gros kiff de suivre une série crédible sur ce milieu, sur cette musique qui me plait à nouveau. Je m’en étais éloigné, plutôt axé rock-métal, ce qui ne me semblait guère compatible, mais après une décennie 2005-2015 où j’étais plus corbeau, l’éclectisme est réellement revenu en force dans ma musique. D’ailleurs en soi, le côté hyper agressif du rap proposé dans la série n’est pas vraiment ce qui me botte, mais il y a quelques sons lunaires que je garde forcément.

Pour ainsi dire, Pomme, une voix d’or française, un groupe de pop italienne d’un autre côté, et Maes pour compléter un triangle actuel forcément particulier. Alors que ça fait des années que j’ai arrêté de me poser des questions sur la musique. Toute la musique arabe s’est ouverte à moi avec mon arrivée au Liban, je verrai quel sera mon prochain rebond musical.

Cette semaine a été marqué par une non-motivation catastrophique pour le boulot. Impossible de se concentrer pour travailler proprement et j’ai mis un jour de plus vis-à-vis de d’habitude pour en être au même point. Tant pour l’envoi aux collègues que mettre en ligne pour les enfants. En plus ce n’est pas fini car il me reste deux choses à faire dont je m’occuperai lundi. Oui weekend sacré, je me laisse aller à autre chose, entre lectures, vidéos et autres. Mais cette coupure dominicale est d’autant plus nécessaire que l’on est un peu trop focus sur ce boulot en général, du fait du confinement. En télétravail, les coupures sont bien moins nombreuses. On bosse différemment, mais pas moins c’est clair. Et comme à mon habitude, je prends toujours le temps de faire mes corrections quotidiennes, et même un peu le weekend pour ne pas avoir trop à faire le lundi matin. Les collègues sont repassées au lycée, se sont vues et forcément, je ne l’ai vécu que de loin. Je me doute que ça n’a pas aidé à me motiver non plus.

Alors que le déconfinement était amorcé, je me retrouve presque plus coincé à la maison avec un talon délicat, le médecin me donnera un avis dès que je pourrai y aller pour évaluer les dégâts, mais surtout la marche à suivre. Rester à domicile et ne pas faire de sport, c’est l’assurance des kilos à venir. Il faudra faire attention et les haltères ramenées permettront un entretien qui ne sera jamais perdu non plus. Je ne suis donc pas sorti courir mes 15 km comme espéré, mais j’ai vu le petit frère claqué un semi-marathon. Mon tour viendra… ou pas. Les balades autour du port attendront que mon talon d’Achille se rétablisse.

Pour autant, je suis quand même sorti de la maison, pour aller à Guiscaër voir Grand-mère, manger des crêpes, ce que je n’avais plus fait depuis Mathusalem là-bas. En bonus, j’ai même eu le droit de finir moi-même la pâte pour une petite dizaine personnelle. Un tour à Traoulé et il était déjà temps de rentrer. Le weekend nous a permis de continuer de sortir. Première fois depuis l’enterrement de grand-père que l’on voyait les trèfles. Qu’est ce que les petits ont poussé ! Un vrai plaisir de voir Elise monter partout et Evan, bien que fatigué était autour du panier de Basket. On se retrouvera à nouveau tous ensemble la semaine prochaine. Et j’espère qu’à ce moment j’en saurai plus sur la suite à donner à mon enseignement... Je reste à Vannes le temps de savoir si je pars à Saint-Malo ou Beyrouth.

L’océan appelle aussi, la baignade est impérieuse surtout que certaines plages l’autorisent. C’est au programme de la journée, qu’importe l’endroit, mais j’irai à l’eau. Me plonger corps et âme dans cette étendue salée qui m’a tant manquée. Déjà de la voir, de la ressentir, de l’entendre. Tous les sens sont mis en exergue l’océan. En parlant de balades, la campagne sentait le fumier, celui qui attaque un peu les narines mais qui montre la vie des cultures, celui qui ramène des souvenirs d’enfance, de ferme, de cultures, de joie, car cette odeur de fumier, c’est celle des étés à Guiscaër. En passant chez Julien d’ailleurs, j’ai pu voir des cochons et des vaches, ça faisait quelques temps que je n’avais plus mis les pieds dans une ferme ainsi. Au Liban il y en a surement mais pas avec les mêmes animaux, mais surtout pas dans les mêmes conditions.

Il faut ajouter à cela l’Eurovision shine a light qui fut l’évènement télévisuel de la semaine, un concours à la maison, sans compétition ni classement, juste le plaisir de trouver ces chanteurs, chanteurs ou groupe d’Europe, chantant dans leurs langues ou autre, d’un kitch absolu et génial, un programme dont je me délecte chaque année avec assiduité. Cette édition particulière m’a un peu déçu car c’était plus une présentation des artistes qu’un réel enchainement de chansons. Je me suis néanmoins replongé dans quelques numéros illustres qui font de ce concours un moment si particulier de l’année.

Bref une nouvelle semaine qui va démarrer, la suite viendra. Je vois qu’au Liban, la Covid19 ne suffit plus, la crise économique ne fait pas assez de ravage… Il faut à présent ajouter une invasion d’insectes et une chaleur qui fait craindre des incendies…. En Bretagne oui, mais toujours là-bas en pensées.

 

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11 mai

10 Mai 2020 , Rédigé par Pereg

Demain, lundi 11 mai, le déconfinement s’amorce en France. On pourra faire à présent cent kilomètres sans utiliser d’attestations, on pourra à nouveau se promener en forêt, le long des côtes, mais toujours pas de validation pour aller nager. Oui, la reprise est annoncée, et dès demain les écoles réouvrent ici. Quand au résultat que ça va amener, nous n’en avons aucune idée. Je suis à la fois cette réalité française que je vis par mon confinement, avec les mesures pour la population, mais j’en suis très éloigné également avec  mon travail que je fais toujours à distance.

Le ministre de l’éducation libanais a parlé vendredi 8 mai, ce n’est pas un jour férié au Liban. Il a fait de nombreuses annonces, notamment l’annulation pure et simple du brevet libanais, mais aussi a-t-il confirmé que les maternelles et le cycle 2 ne reviendront pas face en classe avant septembre. Il ne reste plus qu’à savoir ce que devront faire les écoles françaises, si l’attaché à l’éducation à l’ambassade décide de suivre le calendrier libanais ou l’ajustera pour le réseau français. Cette réponse arrivera vite et probablement sonnera le glas de mon année libanaise. Si tel est bien le cas, j’émigrerai dans la maison qui fut mienne pendant deux ans, à Saint-Malo. Après Vannes, retour mon « chez-moi », mes affaires que j’y ai laissé, et ce cadre si plaisant dans lequel j’ai résidé avant de m’envoler au loin. Avec un changement majeur, je serai sans véhicule.

Mais au fond, si c’est pour travailler jusqu’à fin juin voir plus, ça ne me dérange pas de ne pas avoir de voiture. Surtout que basé à Ker Henri, quel besoin d’une voiture alors que je pourrai tout faire en vélo ? un calcul rapide m’a permis de voir que pour un mois de travail à Saint-Malo, je peux me payer un vélo plutôt que louer une voiture. Pour ce que je vais faire, ce sera plus que suffisant, ayant tout ou presque à disposition. En plus, je ne serai pas contre prolonger mes séances de sport un peu intensive avec un tel objet.

Je suis parti du Liban le 13 mars au soir, après un appel à 20h30 validant mon autorisation de départ pour la France. Une heure après j’étais à l’aéroport. Je n’avais emporté que le minimum vital pour une semaine en France, en me disant le 21 je serai sur un vol de retour. Nous sommes le 10 mai et il est fort probable que je ne verrai pas Beyrouth avant septembre. J’ai à l’origine un vol pour le 3 septembre, il est encore trop tôt pour voir si je le prendrai ou pas. Il faudra attendre le calendrier de l’année prochaine pour voir comment les choses vont évoluer. Il faudra voir si le réseau suivra les directives du ministre libanais de l’éducation ou s’il s’adaptera.

Ma chambre libanaise me semble bien lointaine, mes affaires sont restées comme telles. Mes livres sur la table de nuit, le linge dans l’armoire, mes paires de chaussures au pied du lit, et mon carnet d’écriture dans le tiroir du bureau. C’est probablement l’objet qui me manque le plus, celui que j’aurais aimé avoir pour garder ce rituel hebdomadaire qui est le mien, celui de mon carnet du quotidien. J’ai fini celui de voyage entamé en 2017, j’en ai trois autres qui m’attendent à Beyrouth. J’en ai même ici, mais mon cahier du dimanche, dans un rituel immuable me manque, non pour le contenu mais l’action d’écrire aussi à la main. Le son de mon plume sur ces douces pages est une émotion que je ne peux retrouver autrement que dans ce fétichisme d’écriture. On verra en partant à Saint-Malo, la lecture suivra alors pourquoi pas l’écriture aussi. Je dois m’adapter aussi si je veux continuer de gratter des pages.

Encore beaucoup de questions, encore beaucoup d’incertitude et une attente qui pèse toujours. Une attente que nombreux subissent pour diverses raisons, une attente qui amènera à des questionnements multiples. Mais dans cette crise du Covid-19, je n’oublie jamais que je ne suis pas à plaindre malgré tout. Vannes en famille, plutôt que Beyrouth seul. Maison avec jardin proche de la mer, et pas un appartement sans balcon en région parisienne. Alors que la livre libanaise semble se stabiliser à un taux inquiétant, je me dis que l’année que j’aurais à faire au Liban en septembre sera malgré tout compliquée. Quel niveau de classe ? Quelles conditions d’accueil pour les élèves ? Quel calendrier scolaire ? verrai-je Lisbonne pour le Mariage de Colin ? Noël en Egypte ? Entrer en Iran dans un an sera-t-il possible ? Oui c’est se prendre la tête sur des choses inutiles à présent, toujours des questions auxquelles une réponse ne peut être donné. On ne sait même pas quoi ou comment faire cet été. Ce que je sais, c’est que j’ai une semaine de travail qui m’attend et qu’une fois l’on aura des précisions pour les écoles du réseau, j’irai sûrement à Saint-Malo, à défaut de revenir à Beyrouth. Mais pour être en distanciel, nul besoin de me cloisonner dans mon appartement libanais.

Le temps est gris, la journée avance doucement et la nuit trop courte  comme doit l’être un samedi soir célébré dignement.  Un bon repas, une sieste longue et des bande-dessinées. C’est une toute autre lecture que j’apprécie tout autant que les mots de Dumas et des autres. Gunnm, Merlin ou encore XIII, il est de ces histoires fascinantes. Un jeu en famille et un film posé, voilà un programme fort plaisant comme doit l’être un dimanche, le dernier du confinement. D’ailleurs un des premiers endroits où j’irai, sera chez Michel mon libraire spécialisé en BD.

A nous, Demain.

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Crise, latence et BD

3 Mai 2020 , Rédigé par Pereg

Ce dimanche avance déjà bien vite, que je n’ai pas encore pris le temps de jouer de la guitare ni faire ma leçon d’arabe quotidienne, mais si ce n’est pas ce matin, ça sera pour cet après-midi et voilà. Cependant je tiens à finir mon article avant midi pour ne pas rallumer ce pc qui est le mien. La déconnexion des écrans est une de mes volontés les plus chères, surtout avec le temps que je passe à la semaine face à la machine. On fait tous ce que l’on peut durant ce confinement avec le télétravail, mais il n’empêche que je trouve que je passe bien trop d’heures, face à cet ordinateur.

Ce weekend paraît assez morne, entre la bruine matinale, le crachin de midi et l’ondée du soir, on peut dire que la météo n’est guère au rendez-vous. Il faut vraiment passer entre les gouttes pour profiter de la douceur du printemps. Douceur n’est pas tellement le mot actuel je dois dire, plutôt respiration de pollen et d’insectes qui renaissent avec la saison.  Mais de la maison, de mon bureau aménagé pour la période, je suis malgré tout au calme pour faire ce qui doit l’être et ce ne sont pas de mauvaises conditions pour ça. Loin de là, je suis au calme alors que d’autres sont constamment entourés. Je suis dans une pièce seul et certains n’ont pas ce privilège au quotidien. Je fais donc mon travail sereinement même si j’avoue qu’il m’exaspère fortement. Dans le sens ou bien sûr j’ai envie de retrouver ma classe et mes élèves, j’ai envie de voir ces pitchounes et retravailler dans des conditions normales. Mais cela sera-t-il possible avant juillet ? non. Car on ne sait même pas sous quelles modalités on accueillera les enfants à l’école. Si d’aventures ça devait arriver d’ailleurs….

Au Liban, le confinement a été assoupli et le plan en cinq étapes a démarré. Seulement, avec le Ramadan est revenu la crise économique qui a explosé avec une lira dépassant les sommets de raison, à plus de 4OOOll pour un dollar chez les changeurs… Forcément avec une dévaluation monétaire à ce point, il y a directement une  envolée des prix des denrées. Alors bien sûr, je suis loin et donc je n’ai pas à subir tout cela, mais même en y revenant, avec mon salaire versé en euros, je m’en sortirai. Ce qui sera bien plus dur pour mes collègues qui sont payés en livres libanaises et qui peuvent en plus subir cette inflation, voir poindre l’éventualité d’une baisse de salaire. Tout cela est forcément injuste mais c’est malheureusement la réalité libanaise actuelle. Celle où des gens s’immolent de ne pouvoir nourrir leur famille. Celle d’une population qui n’a plus rien à perdre, celle d’un pays endetté et qui ne pourra se sortir seul de cette crise. Ce pays que j’habite et apprécie, je ne sais dans quelle direction il va aller, vers un déclin progressif ou une sortie difficile de crise ? Cette année si forte en émotions avec la révolution, avec la crise et le Covid19, marquera forcément un tournant dans mon travail, ma relation au Liban n’en est pas altérée, mais c’est dur de l’aimer quand il se détruit ainsi, c’est dur de le voir souffrir de cette nomenklatura qui se protège de son peuple. C’est dur de le voir se déchirer entre religions, reprochant aux autres ce que chacun ne fait déjà pas. C’est beau le Liban, Beyrouth est une ville formidable, mais j’ai peur d’un avenir sombre qui me semble inéluctable. J’espère que ce ressenti qui est le mien se verra démenti. Il reste une chose que je sais, je ne me donne qu’un an avant de le quitter pour un ailleurs relatif.

Une année dont je compte profité au maximum, pour continuer à apprendre la lecture et l’écriture de la langue arabe, enseigner dans un autre cycle, avec des tout-petits ou des plus grands, qu’importe, mais changer.  Voir le pays sous ses plus beaux paysages, foncer en deux roues sur l’asphalte du nord au sud. Oui ce pays des cèdres sera bien sur ma peau à la fin de l’été par cet arbre majestueux qui est son symbole. Mais d’ici là, on ne sait toujours pas comment les choses vont se dérouler. Le 11 mai approche comme un jour libérateur en France, mais le sera-t-il vraiment ? Les italiens commenceront ce processus dès demain. Pour autant, je ne rentrerai pas encore au Liban. Tant que les classes à examen n’auront pas fait ce premier pas, nul besoin pour moi de me rendre à Beyrouth. Mais j’espère que je ferai le voyage, ça voudrait dire que l’on retrouvera nos élèves avant l’été. De quelle manière qu’importe, moitié de classe ou tous, on sait forcément que les conditions seront difficiles. Alors on patiente, on est dans une sorte de latence, attendant pour rejoindre cet espace de liberté qui nous tend les bras dans huit jours. On pourra donc faire 100 km, marcher un peu plus loin, courir dans les chemins, mais toujours pas de baignade autorisée.

Ainsi cette mesure ne changera que mon rayon d’action, mais l’évolution sera lente et incertaine. Je me plonge donc dans des histoires pour partir ailleurs, je fais ce pas dans l’imaginaire, à défaut de géographie je voyage en histoires. Je démarre cette semaine un projet BD pour ma classe, je me dis évidemment que j’ai quelques séries ici qui méritent que je m’y replonge, que je retourne voir la Rome antique de Murena, Avalon avec Merlin ou encore  partir dans les paysages du Nord pour Loki. Mes BDs préférées sont à Saint-Malo, dans « mon chez-moi », mais les collections que j’ai ici ne sont pas mauvaises non plus, bien au contraire, c’est une question de choix et la profusion ici aurait de quoi me faire prendre la notion du temps. En attendant de reprendre un livre, les histoires aujourd’hui seront dessinées.

Hoc incipit liber…

Hoc incipit liber…

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