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Fin de la saison 2

30 Juin 2020 , Rédigé par Pereg

C’est officiellement les vacances. L’été qui se profile est forcément particulier mais je peux à présent arrêter de passer huit heures par jour devant mon ordinateur, et démarrer réellement mes projets estivaux. La colo dans les Pyrénées pour la seconde quinzaine de juillet, avec le weekend prochain une préparation sur place, entre deux, une remontée douce vers la Bretagne. En août, une semaine avec mes neveux et nièces et un séjour espéré en Italie pour lequel je n’ai encore rien réservé, le mariage d’un cousin et un retour à Beyrouth le 31 août. Voilà, j’ai résumé en de bien courtes lignes les deux mois à venir, mais avec la situation actuelle, on ne sait jamais trop ce qui va advenir, ce que l’on aura le droit de faire, et comment. Alors plutôt que de me prendre trop la tête sur la manière de faire les choses, je verrai au fur et à mesure… Enfin j’essayerai car j’ai besoin de planifier malgré tout. Mais ce soir, si j’écris pour la dernière fois avant de revenir à Beyrouth, c’est pour parler de l’année qui est passée, pas de celle à venir.

Les tensions sont montées, la livre est au plus bas, le risque sanitaire est problématique, les conditions pour rejoindre Beyrouth difficiles… Mais plutôt que de stresser et d’angoisser pour cette chère ville, je me dis que je la reverrai en septembre et ainsi me lancera dans une troisième et dernière année au pays des cèdres. Emblème qui devra orner mon mollet  au début de l’automne, le dessin et la personne qui le fera ne sont pas clairs dans ma tête, mais c’est prévu à mon retour. ET en attendant je me penche sur l’année passée, celle que j’ai l’impression de n’avoir vécu qu’à moitié, celle qui fut particulière pour le monde entier, mais plus encore pour le Liban. Je parle toujours en année scolaire, je suis enseignant… La fin de 2019 comme le premier semestre 2020 ont apportés leur lots d’étonnement. Deux mots, Thawra et Covid-19. Voilà j’ai résumé les dix derniers mois… essayons d’étoffer un peu.

Le 17 octobre alors que je revenais de mon cours de moto à Jounieh, je me suis retrouvé bloqué avec Françoise à l’extérieur de Beyrouth et nous avons fait des détours de fou pour rentrer. De nombreux barrages routiers avaient été monté, dans de nombreux endroits, des pneus et toutes sortes de choses brûlaient, les poubelles de la rue de l’Indépendance notamment alors que je finissais à pieds. Mais c’était joyeux, festif, manifestation d’un ras-le-bol que les politiciens n’avaient pas pu voir… Le lendemain, pas d’école et des manifestations qui prenaient de l’ampleur ... On est allé sur la place des martyrs, la première fois d’une longue série. Au-delà des premiers jours très enjoué, j’en retiens personnellement l’incertitude de ne pas savoir si le lendemain on travaillait… Comme quoi, on ne se refait pas. C’est à ce moment-là que j’ai osé partir sur un coup de tête à Chypre, découvrir cette île qui m’était encore inconnue.

Chypre la grecque, avec un bref passage côté turc, une belle altercation avec une agence de location et la découverte d’une collègue d’un autre établissement dans une auberge de jeunesse de Nicosie. Je n’étais pas sensé partir comme ça, et pourtant ça s’est bien fait. A mon retour, la révolution continuait avec toujours son incertitude et tout ce qu’elle impliquait… Le premier ministre démis, des tensions qui s’intensifient, une intervention un peu musclée de l’armée et les conditions de vie qui commencent à se dégrader. La Thawra n’a fait qu’accélérer la crise économique qui couvait. En tant que français à l’étranger, payé en France, je n’ai pas eu à vraiment en souffrir mais voir l’évolution du pays n’est jamais facile. J’ai eu le déplaisir de prendre du lacrimo à un moment, comme de croiser des groupes armés d’un peu trop près, sans avoir eu de problèmes réels. Noël en France, premier de l’an vers Paris, je revenais à Beyrouth pour 2020, année de Bonheur, de promesses, aujourd’hui pour la plupart envolées.  Janvier a filé, le virus a trouvé son nom, l’inquiétude a gagné doucement le monde, et l’Iran, la Corée…

Février était déjà passé et j’ai réussi à aller au Népal faire un trek que j’espérais, profiter de ces montagnes à nulles autres pareilles, de cet air montagnard qui m’avait fait rêver, de ces cimes enneigées au plus haut point sur Terre que j’ai pu visiter. 3645m, moins que les 4000 espérés, mais je ne peux me plaindre. Bientôt j’irai découvrir d’autres sommets ailleurs. L’Italie était atteinte et l’Europe reniait le problème, les français faisaient fi de l’inquiétude.

Au soir du 13 mars où l’on m’a dit de rentrer pour la santé défaillante de mon grand-père, je n’ai pas hésité.  Une heure après l’accord, j’étais à l’aéroport. Ce soir-là je quittais le Liban sans savoir que je ne le reverrai pas de sitôt. Depuis je n’y suis toujours pas retourné. J’aurais passé près de six mois à l’extérieur du pays à cause de cette crise sanitaire. L’aéroport a fermé moins de trois jours après mon départ, je n’aurais pas eu le luxe de quitter Beyrouth à quelques heures près. Dans le malheur de mon deuil, j’ai eu la chance de pouvoir rejoindre ma Bretagne, ma famille avec qui je me suis confiné. Je ne devais y rester qu’une semaine, je n’ai toujours pas quitter la région. Mes affaires dans mon appartement,  mon appareil photo ou mon carnet, des objets qui normalement rarement ne s’éloignent de moi, mais voilà, c’est une situation exceptionnelle. Travaillant à distance depuis les derniers jours de février, et jusqu’à encore aujourd’hui. Entre vidéos en ligne et cours à préparer, mon travail  fut forcément bien différent de celui auquel j’ai été habitué à faire. Alors qu’il est terminé, je peux me permettre de dire que je l’ai géré. Je ne sais pas si je mérite autant de vacances, mais je ne vais pas me plaindre du temps qui m’est mis à disposition. Deux mois de coupure. Deux mois sans élèves, sans collègue ou directrice. Deux mois où je penserai à autre choses.

Cette année scolaire fut forcément particulière, avec de belles rencontres, des confirmations, des affirmations, des déceptions et du bonheur, mais au-delà de l’appréciation je pourrais simplement dire que j’ai vécu ça. J’étais là pour la Thawra, j’ai subi le confinement, mais finalement ces deux évènements, aussi marquants sont-ils n’en feront pas oublier tous les autres moments qui me sont chers. Je n’ai pas parlé de mon permis moto, de Chloé et Sahar, ou de mes pérégrinations ça et là mais une énumération qui s’étire ne rendrait justice à personne. Ainsi, pour ces vacances qui démarrent, je suis plein de motivation, d’espoir, d’envies, et que ce soit la destination ou le chemin, je ne doute pas que la joie sera par là. Vamos à la playa … En attendant la saison 3 !

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Projections, statues et 18 juin.

21 Juin 2020 , Rédigé par Pereg

Alors que le weekend est en passe de se terminer, je prends le temps de poser quelques mots sur le papier. La météo clémente en cette fin de journée m’incite à aller faire un tour et je ne vais pas tarder à aller rejoindre la mer pour profiter du renouveau météorologique qui tardait vraiment à se faire sentir ici. La semaine a été longue, usante pour une part, mais elle m’a surtout permis d’envisager les semaines à venir. Je n’avais encore rien prévu réellement sur l’été 2020 en début de semaine. A présent je sais plus ou moins comment je souhaite voir les choses s’organiser.

La mise en place d’un groupe de discussion de la colo a permis de se projeter déjà sur ce qu’allait être notre séjour pyrénéen, et les dates d’y rapportant, le weekend de préparation comme les détails du séjour en lui-même. Je me questionnais doucement sur ce qu’allait être ce séjour en centre fermé, à présent j’ai réellement hâte d’y aller. Découvrir ces montagnes en été, marcher aux alentours de notre base, et partager ça avec un groupe d’adolescent. Les colos ont toujours été une expérience particulière mais c’est aussi pour ça que je m’y confronte, sortir de mon quotidien scolaire, voir des jeunes d’un autre âge que mes élèves dans un environnement différent, un contact autre, c’est aussi ce qui rend ce séjour si intéressant. C’est notre responsabilité en tant qu’encadrant de rendre ce moment particulier pour eux comme il peut l’être pour nous. De la Grèce au Costa-Rica, j’ai eu le plaisir de découvrir différentes destinations et à l’heure où un virus a rendu impossible la découverte de la Sicile avec Thalès, j’ai décidé de l’explorer de moi-même.

Je n’ai pas encore les billets d’avion, ni d’ailleurs d’ordre réel de mon parcours, de villes, de découvertes, mais cet été je souhaite être sur les routes transalpines. A défaut de trois semaines avec quinze adolescents, ce sera au maximum deux semaines tout seul en Italie. Je pense commencer en Sicile mais qu’en sera-t-il réellement ? Aucune idée. C’est la première fois depuis fort longtemps que rendu au début de l’été, il n’est pas planifié du tout. Les circonstances particulières n’incitent pas à la projection mais c’est aussi le fait que de l’autre côté des Alpes, ce sont plus des personnes que des monuments que j’ai envie d’aller voir. Le cours d’arabe à l’université au premier semestre m’a permis de rencontre plusieurs italiens que j’ai eu plaisir de côtoyer, et m’ont vraiment donné envie de les revoir. Ça me permettrait en plus de remonter doucement l’Italie, en passant de région en région. En tout cas, c’est l’idée. La réalité sera peut être différente, il y a encore le temps de voir, mais s’il y a bien une chose qui me fait rêver, c’est bien de voyager.

Quand je me revois au 13 mars, faisant mes bagages en deux-deux pour partir de Beyrouth, je n’imaginais pas que je n’y remettrais pas les pieds avant septembre. C’était inimaginable, et pourtant c’est ce qui est arrivé. Je n’ai pas eu le déplaisir de vivre un confinement en appartement là-bas, je n’ai pas pris de plein fouet la crise actuelle que le Liban subit. Beaucoup de choses que je lis, que j’écoute, que je regarde, me ramène là-bas, et une part de moi voudrait y être absolument. Mais quand je vois la galère de mes collègues pour avoir un avion cet été pour rentrer en métropole… J’aurais été avec eux, je n’aurais pas pu envisager de colo. Alors non, je ne me plains pas, je constate. Et constater la tourmente actuelle du Proche-Orient me rend un peu fébrile. Je me projette là-bas, mais je ne le vis pas. Je suis compatissant, mais je ne souffre pas. On pourrait me dire que je me fais du mal pour rien, mais c’est dur de voir ce qui arrive là-bas et d’être ici involontairement. La culpabilité est une vertu catholique que j’ai bien intégré. Après la Pologne où les libertés sont bafouées, j’espère ne pas voir le pays des cèdres dans une torpeur plus grande encore.

L’ambivalence de mes ressentis, ce que je veux faire, où je devrais être, ne me font pas oublier où je suis ni ce que je fais de mon quotidien. Travailler à distance dans une maison où j’ai le privilège de résider. Profiter de la mer et d’un jardin immense. C’est déjà un privilège. Alors quand je vois que l’Histoire dans le monde est questionnée, quand je vois que des statues sont dégradées, enlevées, critiquées, je me demande où on va. Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire, ou d’ailleurs qu’il le faut, je ne sais pas. Je ne suis pas apte à juger ce qui serait adapté dans l’incandescence du moment que nous vivons. Je déplore cependant que le président de la République n’ait pas voulu ouvrir un débat qui aurait pu permettre de calmer les tensions. Les inégalités de ce monde ont toujours été, la différence aujourd’hui, ce sont leurs diffusions, propagations et répercussions. Qui aurait parlé de Sara Hegazy il y a encore dix ans ? Aujourd’hui je vois des articles la concernant sur tous mes réseaux sociaux. L’information est un bien qu’il faut protéger en attendant que la société suive. J’ai le privilège d’être français, homme, blanc, n’ayant jamais manqué de rien, mais j’essaye de garder les yeux ouverts sur société qui fait de moi, même sans le vouloir, le sommet de la pyramide.

Alors que l’on célèbre les 80 ans de l’Appel du 18 juin 1940 cette semaine, celui fait par un inconnu devenu chef de guerre puis président, j’ai eu mal au cœur de voir sa mémoire bafouée par celle dont le père en était l’opposé. Celle qui se clame de De Gaulle en allant sur l’île de Sein, qui ne fait que polémiquer. Elle qui est l’incarnation même de la politique que j’exècre, celle dont le mouvement me faire peur pour les années à venir. Je ne comprends pas que l’on puisse en être au point de voter pour de telles personnes, mais nombreux sont mes compatriotes qui ne pensent pas ainsi, c’est qu’il y a un problème quelque part. Je ne les blâme pas eux mais je m’en désole. J’ai peur pour mon pays, qu’il devienne l’incarnation d’un racisme avéré, fermé à l’autre, brutal. Et quelque part, il en a déjà pris le chemin, j’ai simplement de la chance d’être en Bretagne et non dans des endroits plus difficiles à vivre. Quand on remet en cause les actions policières, ce n’est peut-être pas sans raisons.

Cet été sera forcément particulier, mais surement pas autant que Beyrouth où je retournerai pour une nouvelle année. D’ici à mon avion le 31 août il risque de s’en passer des choses. Quoi ? Finalement je ne sais pas. Mais ça n’empêcher pas de se projeter. Ce qu’il ne faut pas oublier en revanche, c’est de prendre plaisir au présent. Le soleil se cache maintenant, le vent s’est mis à souffler, j’ai sûrement un peu trop attendu pour retourner dehors après la saucée de ce matin. Mais qu’importe, j’y vais.

Le texte de l'appel.

Le texte de l'appel.

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Désillusion, solitude et engagement

14 Juin 2020 , Rédigé par Pereg

le panneau qui m'a surpris.

le panneau qui m'a surpris.

Il m’est arrivé plusieurs fois quand j’habitais à Saint-Malo de me rendre dans un endroit un peu particulier, voir une tombe. Non, je ne parle pas de celle de ma grand-mère enterrée ici aussi, à laquelle j’ai toujours eu plus de mal à rendre visite, bien que je le fasse au moins une fois par an. Je parle de celle de François René de Chateaubriand sur le Grand Bé. Bien sûr, tout ça fait très malouin, alors je vais tenter de m’exprimer un peu plus clairement. Par-delà les remparts  d’intramuros, ville historique, reconstruite après la seconde guerre mondiale, il y a la plage du Bon-secours, mon endroit préféré ici, avec sa piscine d’eau de mer, et sa vue sur la baie, orientée vers Dinard. Dans cette vue, il y a deux ilots proches que l’on peut rejoindre à marée basse, le Grand Bé et le petit Bé. Ce dernier est un fort qu’il m’a été donné de visiter une fois. L’autre, un monticule de terre sur lequel s’élevait une forteresse oubliée, et actuellement une réserve ornithologique fermée au public. J’ai eu pour habitude de rendre visite à la dernière demeure de cet écrivain que je n’ai que peu lu, mais enterré face à cette mer qu’il a tant apprécié, quand un tourment un peu plus poussé qu’à l’ordinaire me prenait. Son lieu de repos, lieu de recueillement pour moi, mais surtout d’apaisement de turpitudes qui pouvaient être miennes. Cette image très baroque de l’homme face à la même, tel Barry Lyndon dans sa déchéance, mais sans Haendel en fond, est celle qui m’apaise. J’ai été élevé ici aussi, par des sorties avec les grandes marées claquant sur le sillon, par les baignades de la pointe de la Varde aux Bas-Sablons, par les cueillettes au rythme des saisons. Ainsi donc, en plus de l’attachement à ma terre et ma région, une part de mon cœur est à l’océan, et c’est cette partie qui se trouve soulagée le plus souvent quand je vais revoir Chateaubriand. Cette part est la plus ancrée sur ce rocher qui fut l’amarrage de nombreux marins d’excellence dans l’histoire.

Ainsi donc hier, en voulant m’y rendre, je fus surpris de devoir m’arrêter sur la plage avec un écriteau disant que cet ilot si cher à mon cœur n’était pas accessible actuellement. A défaut de revoir la mer d'où les oiseaux avaient nidifié, j’ai entrepris un tour des remparts, chose que je n’avais pas fait également depuis fort longtemps. De la cour des Hollandais avec la statue de Jacques Cartier, de celle de Duguay-Trouin à la porte de Dinan, j’avançais doucement, presque surpris par une foule que je n’attendais pas si nombreuse. Mais après les pluies matinales, nombreux comme moi sortaient enfin. Arrivé à la Porte Saint-Vincent, je suis resté regardé les passants remontant la rue éponyme, très nombreux et peu masqués, je pense que l’on peut dire que le virus est passé… dans les esprits en tout cas. Car dans les faits, une vigilance est forcément réclamée. Après l’hôtel de ville, la vue sur le fort nationale, je remontais vers la tour Bidouane, poudrière que la perfide Albion a souhaité faire sauté par le passé sans pouvoir réussir. De là, on rejoint la cour du Québec avec une statue du corsaire du Roy, Surcouf. C’est toujours étonnant de le voir pointé son doigt vers un Atlantique qu’il a souvent traversé. Un jour peut-être j’aurais le plaisir de le faire en bateau. Qui sait ? Déjà deux fois en avion, mais c’est une autre manière de voyager que de voguer sur les flots. Revenu à mon point de départ, l’escalier de la porte du Bon-secours, je descendais sur la plage m’allonger avec le livre qui est le mien actuellement, « les cerfs-volants » de Romain Gary. On me l’a offert récemment et je prends un réel plaisir à découvrir un peu plus cet auteur si génial et si particulier. Malgré la marée basse, on peut toujours se baigner avec la piscine, ainsi fût fait. Cependant je dois vous dire que je l’ai trouvé plus froide que je ne l’imaginais, peut-être aurais-je dû y rester un peu plus pour en apprécier pleinement la température ? Un aller, un saut du plongeoir et un retour, je n’en voulais pas plus.

Au lieu de ma sortie souhaité, j’ai donc eu plaisir malgré tout à me changer les idées. D’ailleurs, tout ce que j’ai pu dire n’était qu’un prélude (un peu long j'en conviens) à une explication sur ma semaine de travail. En effet, la motivation a été dure à trouver cette semaine, avec mon talon qui m’inquiétait déjà fortement, une radio et une écho qui n’ont rien donné de plus, je ferai donc attention à l’avenir. Oui, pas simple de continuer en télétravail alors qu’il ne reste que deux semaines, et que les enfants n’en peuvent plus, que rares sont les devoirs rendus et que l’inspiration est plus lointaine à mon esprit également. Se faisant, les choses ont été faites malgré tout, jusqu’à vendredi matin. Réunion à 10h  en visio pour parler de la structure de l’an prochain. Là-dessus peu de surprise mais à la fin, j’ai eu un tête à tête privée avec la directrice et des propos auxquels je ne m’attendais pas. Ainsi, je me suis entendu dire que je resterai en CE1 alors que j’avais expressément demandé à changer, de niveau et de collègues, mais aussi que je suis immature et borné. Autant, le contexte de l’établissement me fait entendre que la nécessité de me laisser dans ma classe peut être compréhensible même si c’est délicat ; ça reste acceptable. La suite des propos a été beaucoup plus difficile à recevoir. Ce n’est pas la première fois qu’elle me le dit de cette manière mais j’avoue que cette réitération fut fort mal prise. Ce n’est pas pour rien que je pense ce que je pense (oui tautologie)  à son encontre, ce qui me semble être presque de la malveillance de sa part à mon égard. Il est difficile de se motiver à travailler après ce genre de chose. Pourtant j’ai une année à finir avec des élèves qui méritent que je le fasse au mieux, et j’accueillerai l’an prochain un nouveau groupe de la même manière. Elle ne m’empêchera pas d’être professionnel, mais la démotivation provoquée par ses propos me projette sur une année de travail qui me donnerait presque envie d’y renoncer. Il m'a semblé avoir été perçu comme un gamin débarqué à l’étranger par bonheur, ne souhaitant que s’amuser, ce qui est vrai dans ma vie privée. Mais ça n’a jamais été le cas dans ma vie professionnelle. Alors, me voir ainsi traité m’amène à une forte désillusion. La plus difficile que j’ai eu pour l’instant dans ma jeune carrière d’enseignant. Je prends peut-être les choses trop à cœur, mais il est compliqué de travailler dans l’adversité comme cette année. Alors quand viendra septembre et mon retour dans ce cher Liban, je devrai faire preuve de force pour poursuivre avec ces personnes qui n’aident pas à élever l’éducation.

Je me montre un peu véhément c’est sûr, la rancune est une compagne amère de ma solitude actuelle. Mais la réduire au silence serait ne pas assumer le malaise provoqué. Pour autant, à peine exprimée, elle commence déjà fortement à s’apaiser, à se faire moins violente et plus lointaine. C’est aussi pour ça que j’écris, pour me soulager du mal-être qui peut être engendré parfois. Je l’ai fait plus jeune dans des poèmes, dans des lettres ou mes carnets. Voilà que je me rappelle à mon dernier carnet, coincé à Beyrouth que je ne verrai avant septembre. Ce sera surement la plus longue période depuis l’ouverture du premier sans une goutte d’encre dans ces carnets du quotidien. Oui, il y a bien sûr les autres carnets, de vacances, de voyages, mais ce n’est pas la même chose. Je retrouverai ce papier à Beyrouth, d’ici là, mon humeur aura forcément changée. Je me plains d’une désillusion, mais il est clair que ma solitude actuelle, volontaire, l’exacerbe aussi un peu, ne devant faire les choses que pour moi-même, je peux rester sur cette pensée bien plus que si je devais m’occuper d’autres. Ce moment seul, apprécié après deux mois de confinement peut révéler parfois ses limites, car sans moyen de locomotion, il est clair que je suis vraiment au calme ici, peut-être trop ? C’est une question à envisager. Nul besoin de m’étendre sur le sujet, mais l’été qui s’annonce me confirme qu’il faudra que je bouge, que je reparte en vadrouille afin de respirer de la manière qui me sied. J’ai ce besoin, cette nécessité, j’espère que le virus ne pourra m’en empêcher.

Enfin je finirai  par ce dernier mot, engagement. Oui, je me suis engagé dans cette profession qui est la mienne en me promettant de la faire au mieux, quoiqu’il advienne, d'apprendre et toujours me former. C’est donc ce qui sera pour les prochaines semaines et en septembre, je ferai fi, je ferai face, et plus encore, je me donnerai à fond. Après tout ça, je ne prolongerai pas en parlant à nouveau de la révolution du Liban, ni de violences policières, je me permettrai de rester sur mon nombril pour cette fois. Malgré la pluie au dehors, j’aspire au voyage, peut-être verrais-je l’Etna, le Stromboli et les champs d’olivier de la Sicile. Peut-être que les colonnes baroques du Belvédère de Wien s’ouvriront à mes yeux. Il est encore trop tôt pour le dire, juste le désirer. Je serai donc en attendant au travers de mes pages en Normandie, dans d’autres parties du globe avec les films et les séries, et même plus loin en musique.

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Main levée, genou à terre & passions dévorantes

7 Juin 2020 , Rédigé par Pereg

Alors que le monde s’est embrasé de l’autre côté de l’Atlantique avec la mort de Georges Floyd, alors que Paris s’est levé à nouveau pour Adama Traoré, Beyrouth s’est retrouvée gazée une nouvelle fois, Downtown est toujours aussi incertain, et je le vis par procuration. Les images des réseaux sociaux et des médias que je suivre, vont tous dans le même sens, la crise économique est plus forte que jamais au Liban, et l’avenir est très incertain. J’ai pourtant toujours hâte d’y retourner en septembre. L’aéroport ne rouvrira peut-être que le premier juillet, j’aurais ainsi passé plus d’un tiers de mon année scolaire à distance. C’est très bizarre mais pas le choix. On ne rêve que de ce que l’on a pas. Je n’ai plus mon quotidien libanais, je n’ai plus le plaisir de me balader dans mon quartier, de descendre vers Mar Mikhaïl.

Mais voilà je suis à Saint-Malo, et je ne vois que ce que l’on m’en donne, je suis dans un cocon. Un joli cocon et là n’est pas la question, mais je suis très loin de la réalité racisée américaine. Je suis très loin de celles et ceux qui ne sont pas à l’aise face à un flic comme peut le dire Camélia Jordana. Oui, homme blanc, je suis né sous une bonne étoile. Je ne vais pas m’excuser d’être ce que je suis, mais ça ne m’empêche pas d’avoir une pleine conscience de ce qui est vécu à côté de moi. De voir qu’un très bon ami à moi n’a pas pu avoir un boulot du fait de sa nationalité, de voir qu’à Beyrouth c’est difficile. Dans la mesure du possible de suivre et soutenir ces combats qui devraient ne plus existés, ces luttes perpétuels du dominant et du dominé. Dans une société mondiale où je suis proche du sommet, garder les yeux ouverts et être aux côtés de ceux qui le méritent, est simplement une évidence. #metoo, #blacklivesmatter, je ne peux qu’abonder, mais que faire de plus ? Je ne suis pas légitime.

Aux USA, les émeutes après cet incident de trop n’ont été que le feu sur lequel souffle ce président fou en contentant sa base électorale plutôt que d’agir à la hauteur des évènements. Pour une fois des policiers ont dit stop, pour une fois, l’hommage rendu est à la hauteur du drame. Michael Jordan a qui on a souvent reproché de ne pas s’engager dans la cause raciale l’a fait pour une fois. Ce déclic, ce geste fait pas tous depuis Colin Kaepernick l’a fait durant l’hymne américain en 2016, est devenu hautement symbolique. Mais on peut voir que malgré tout, les choses n’ont pas tellement changé. Oui Obama a été élu président pendant huit ans, mais le quotidien des américains de couleur n’est pas meilleur qu’en 2008 à son élection. Joe Biden a eu le mérite d’être dans une position bien autre, humble, genou à terre, présidentiel. J’espère qu’en novembre le destin aura basculé, mais le chemin est encore long.

Critiqué uniquement ce qui se passe outre-Atlantique serait un peu facile, surtout quand on voit que tout n’est pas rose ici non plus. L’intervention d’une personnalité que j’apprécie, Camélia Jordana, disant simplement une réalité qui fut et qui est encore la sienne, de dire que lorsque qu’on n’est pas blanc, le quotidien en France n’est pas aussi simple. Alors quand le collectif pour Adama Traoré a proposé un rassemblement à l’ouverture du déconfinement, faire écho à ce qui se passait à Minneapolis était important. Rappelé qu’au pays des droits de l’homme, l’égalité n’est pas la même pour tous. Oui tout n’est pas clair dans cette histoire, mais la position de la justice sur cette affaire étonne malgré tout. Le passif français récent n’est peut-être pas aussi négatif que celui des américains, mais il serait fou que de penser que ça n’existe pas chez nous non plus. Quand je vois la réaction de Justin Trudeau face aux médias, je me dis qu’il est à la hauteur de l’évènement. Contrairement à un ministre de chez nous qui piaille sur twitter.

Cette réalité occidentale n’est pas plus rose que la révolution libanaise qui se poursuit, avec une répression policière presque banalisée, avec la tyrannie économique imposée aux libanais, avec cette classe dirigeante. Des heurts récents ont eu lieu entre communautés, ça questionne forcément sur l’avenir. J’ai vu venir du Liban aussi, de nombreux postes sur la Kafala, j’avoue avoir du mal à comprendre en quoi ça consiste exactement, mais je connais la réalité des « maids », toutes ne sont pas logées à la même enseigne, et dans certains cas, c’est limite de l’esclavagisme. Je n’en dirai pas beaucoup plus car je ne connais pas le sujet, mais à l’heure où des revendications émergent à nouveau de toute part, celle-ci est une réalité autre de mon pays d’Orient.

Cette semaine est forte en émotions, en évènements majeurs de l’actualité, mais ma réalité est bien plus sobre. Après les journées de boulot, il ne me reste jamais assez de temps pour profiter de ce qui me fait plaisir. Pour autant j’ai réussi à finir le livre qui a inspiré « Slumdog millionnaire » et il est tellement autre que ce film. Dommage et génial à la fois, l’adaptation en est réellement une. Car déjà le personnage principal, n’a pas le même nom, la même histoire, pas de Jamal ou Latika, Salim est bien un ami important, mais pas dans une fraternité aussi enlevée. Les questions de l’émission d’ailleurs ne sont pas les mêmes, hormis celle sur Colt. Je voulais lire ce roman pour la question finale du film, traitant des mousquetaires, au lieu de ça, c’est une symphonie de Beethoven. Moi qui pensait doucement migrer vers « Vingt ans après », la suite des aventures d’Athos, Portos et Aramis, je vais tomber chez Romain Gary, dont on m’a fait l’éloge des « cerfs-volants ». Les livres s’accumulent et le temps pour les lire n’est jamais assez long. Mais c’est aussi ça la réalité. Entre, films, séries, jeux, lectures et musique, il faut choisir. Il y a aussi le jardin, la plage, les balades. Du coup, on court toujours après le temps, mais qu’importe, se faire plaisir est ce qui compte.

En ce dimanche de fête des mères et dans le calme de mon rocher, je suivrai le mouvement que l’actualité montrera, en espérant que le monde tourne un peu plus rond.

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