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Balade, sport et présentiel

27 Septembre 2020 , Rédigé par Pereg

Rolland-Garros à la télévision, ce n’est pas habituel pour fin septembre mais c’est mon programme de fin de journée. Comme les demi-finales de rugby hier après-midi, ou le tour de France clôturé le weekend passé, l’après COVID qui n’en est pas vraiment un mais le sport business reprend ses droits et j’avoue tombé dedans avec joie. Même si le Bayern a perdu pour la première fois depuis décembre, grâce à MPG, je me remets un peu dans le football hexagonal aussi. Alors oui je me dis que c’est à nouveau un peu mon rituel hebdomadaire que de suivre les résultats sportifs, toutes disciplines confondues, avec un œil attentif évidemment sur la terre ocre et la balle jaune.

Cette semaine, ma première de travail à distance avec mes élèves, a montré combien mon travail avait changé. J’ouvre ma classe à 7h45 le matin en visioconférence pour annoncer le travail de la journée. Puis je prends les quatre groupes les uns après les autres pour le travail à faire avec eux. A côtés, ils ont des petits travaux à faire seuls à la maison. Le seul problème c’est que ce sont des CE1 et que la plupart des parents travaillent. Ils ne peuvent donc pas faire ces devoirs seuls… C’est la toute la difficulté à laquelle nous faisons face. Des élèves à qui on demande d’être devant l’ordinateur durant plus d’une heure trente, mais également de faire du travail en plus seuls alors qu’ils n’ont pas repris le chemin de l’école depuis fin février. Nous espérions reprendre mercredi, ça avait été préparé et proposé aux familles, mais vendredi soir, le ministre de l’éducation, a annoncé qu’aucun élève d’aucun niveau ne reprendrait en présentiel avant le 12 octobre. Soit deux nouvelles semaines à minima sans voir les élèves de visu.

Enseigner, c’est être auprès des élèves, les accompagner et les voir progresser, travailler avec eux, pour eux et constater leurs efforts et les faire apprendre. Physiquement dans la classe, on a une influence en étant en leur présence, mais face à la caméra, surtout pour les petits c’est vraiment délicat de démarrer une année ainsi. Je me plains mais c’est encore pire pour mes collègues des plus petites classes, plus on descend en âge, plus ce travail à distance est complexe. Depuis maintenant 10 ans que je suis dans l’enseignement, jamais nous n’avions dû faire une rentrée dans de tels conditions. Quand je compare à la France, je sais bien que la COVID est entrée en phase 2, que le nombre de cas est multiples et que mes collègues de métropoles enseignent dans des conditions pas si évidentes. Mais ils voient et sont avec leurs élèves, je n’ai pas ce plaisir et il me manque énormément. Les plus médisants disent que ça ne sera pas avant janvier et j’espère qu’ils auront tort. De toute façon, dans cette galère, je ne travaille pas seul et j’espère que l’on réussira ensemble au mieux pour les élèves. Ils n’ont pas eu une année complète, celle-ci démarre tronquée.

Je suis assez critique envers ma situation à l’école, c’est difficile dans de nombreuses écoles dans ce pays, mais c’est encore pire économiquement. Le premier ministre a démissionné hier, et la livre s’est encore effondrée, c’est ça qui est le plus compliqué. Difficile pour les libanais avant tout car je peux avoir que mon pouvoir d’achat a clairement évolué positivement, mais pour mes collègues et mes amis, c’est assez terrible. Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’arrêt des subventions de l’Etat sur les matières premières, une fois que le prix de l’essence et du pain vont augmenter, je ne sais pas ce qui peut arriver ici. Mais je serai bien là pour le vivre.

Ce weekend était aussi pour moi l’occasion de faire ma première vraie balade à moto. Ce matin je suis sorti de Beyrouth, vers Baabda, puis Falougha pour me perdre dans ces collines pleine de sapins. Quel pied de manger de l’asphalte de cette manière, quel plaisir de parcourir les routes sinueuses aux alentours. C’était tout ce que je voulais faire et c’est une réussite. J’ai beaucoup à apprendre mais cette première sortie moto m’a rassuré sur ma capacité à conduire ici, à pouvoir profiter pleinement à deux roues pour me déplacer et plus encore. Bientôt je ferai tous mes déplacements de cette manière mais pour l’instant j’ai encore à apprendre pour le faire en toute sécurité. Ma volty tient bien la route, elle n’est pas toute jeune mais je la trimballe vraiment partout.

J’ai aussi appris à mes dépends si je puis dire que j’étais bien de retour au Liban, où certaines notions sont relatives… Le sens de circulation, le respect des piétons, les horaires. J’ai toujours apprécié d’avoir un cadre, un rythme, une organisation et voir que celle-ci peut être mise à mal par la relativité ambiante m’est assez délicat. Quand on me donne un horaire, j’ai un peu trop tendance à vouloir le respecter et je prends encore à cœur quand il ne l’est pas. J’ai un vrai travail à faire sur moi-même pour lâcher prise de ce côté, et m’adapter à nouveau à ma vie libanaise. Car oui, six mois à l’étranger ont pu me faire oublier certains aspects de la vie locale, et cet apprentissage constant comme celui de la langue, n’aura de cesse d’être remis en cause.

La nuit est bien tombée, et il est temps à présent pour moi d’aller marcher un peu, on verra ce que la soirée réserve.

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Reprise et sommet

21 Septembre 2020 , Rédigé par Pereg

Au sommet du Liban, Qurnat es Saouda

Au sommet du Liban, Qurnat es Saouda

Pour la première fois depuis fort longtemps, je ne suis pas à l’heure au rendez-vous de l’écriture. Revenu à plus de 22h30 chez moi, publier mon article dimanche soir à minuit passé ne poserait problème si je n’avais pas école à 8h, mais comme c’est le cas, j’ai avancé le plus possible avant que le sommeil ne me kidnappe. On pourrait me dire que j’aurais du faire attention, préparer un peu ma bafouille avant de partir pour une journée comme celle que j’ai vécu mais je me suis promis de ne m’obliger à rien alors j’ai préféré retrouver mon carnet et laisser l’article pour ce soir. Jour de la première rencontre avec mes élèves, ce qui est tout un évènement en soi déjà. Mais avant de vous dire combien mes élèves sont charmants, je vais revenir sur la semaine passée, et ce dimanche un peu particulier.

Revenir au lycée le lundi 14 septembre fut assez spécial, dans un amphi avec seulement les collègues du primaire pour ne pas avoir trop de monde, masque sur le nez pour tout le monde et distance obligatoire, cette prérentrée fut assurément particulière, d’autant plus que les bâtiments, avaient été nettoyés mais pas réparés depuis l’explosion du 4 août, ce qui compliquait déjà les choses. Malgré tout, retrouver l’ambiance de l’école m’a fait du bien, moi qui n’avait pas mis les pieds dans l’établissement depuis début mars.

Alors on a suivi les directives cahin-caha, pour faire un emploi du temps, en présentiel, en hybride un jour sur deux, et celui que nous avons actuellement, à distance. Oui car la rentrée des classes ici se fait avec un enseignement à distance. Qu’importe le niveau, ce n’est jamais une bonne nouvelle que de savoir que l’on ne verra pas ses élèves dans l’immédiat, mais pour moi qui suis en élémentaire, c’est d’autant plus difficile. La vacuité d’une salle de classe après le chambardement d’une journée d’école est satisfaisante. Le silence glacial d’une pièce qui n’a pas vu d’enfants a quelque chose de si déroutant et détestable. On a fait ce que doit avec les collègues et prêts à démarrer l’année en visioconférence avec les élèves, après avoir eu une réunion avec les parents. C’est un peu le monde à l’envers, mais c’est celui qui a été imposé. Je râle mais c’est vrai qu’en primaire, il y a un lien physique avec nos élèves, ils sont avec nous pour un an, alors démarrer par un écran c’est délicat… Ce qui me rend d’autant plus dubitatif pour des enfants des classes de maternelle.

Je me trouvais assez critique avec la verticalité politique, la vivre dans le travail est tout autant douloureuse que l’essence même de notre travail est remis en cause : la liberté pédagogique. On nous demande que chacun fasse comme les autres, et ainsi sans tête qui dépasse, un nivellement complet pour assurer la cohérence. Les circonstances sont spéciales certes, et il faut prendre des mesures pour être sur d’être cohérent sur les classes d’un même niveau, mais de là à imposer les choses, c’est une autre histoire. J’ai beau me répéter que mon travail n’est pas ma vie, il en occupe malgré tout une place bien essentielle et le faire correctement est un minimum. Les enfants avant tout. Mais je me suis promis de ne pas y passer ma vie et telle que l’année démarre, je me dis qu’il va être encore bien chronophage…

Pour autant je me suis permis de bien profiter du weekend, une belle soirée avec Tommy et Daniel à nouveau, un samedi matin au calme et un après-midi plus actif. Une soirée à Hamra, ce qui faisait longtemps pour rester tôt mais quand même. Et enfin dimanche. Ce dimanche je l’attendais depuis quelques temps déjà, pour la destination et la manière. Qurnat es Saouda, le sommet du pays, 18km de marche « extrême Hiking ». Tous ces termes associées, il y avait de quoi me faire rêver. En plus, nous étions un bon groupe rassemblé. Levé à 6h, il me fallait rejoindre le bas de la place des martyrs pour trouver le bus qui nous mena au point de départ de la randonnée.

Après une très longue balade en bus durant laquelle j’ai pu finir un livre qui m’a beaucoup marqué « my absolute darling ». Une histoire brute et puissance qui ne peut laisser indifférent. Nous arrivions donc au nord, plus loin encore que la station des cèdres, au fond au fond de la Qadisha, sur ces monts bruts, où la verdure avait presque disparue au vent. Déjà à notre point de départ, je fus surpris de découvrir le nombre de personnes qui passaient par cet endroit, je savais les libanais peu enclin à la marche, il  y en avait bien plus de motivés que ça ne le laissait présager initialement.

On démarre doucement, et on se perd dans ce paysage désertique, sec, dont les sommets ronds et juste « pierreux » nous laissaient partir dans un autre univers. L’ascension fut douce, un peu trop à mon goût d’ailleurs, ne marchant pas vraiment à mon rythme, mais plus lentement. Si bien que lorsque je fus autorisé à démarrer dans la seule partie qui grimpait un peu, je me suis essoufflé rapidement de ne pas avoir posé mon pas avant. Une douce balade de 2h15 pour 11km et nous voilà au sommet. 3088m, mon second à une telle altitude, mais là, le point culminant d’un pays… Quelle ne fut pas ma surprise de voir des gens arrivés en quad ou en voiture à cette hauteur. Il faut croire qu’au Liban tout est fait pour éviter de marcher, mais le plaisir ressenti à cette altitude, je ne pouvais le feindre. Une photo avec mon drapeau et d’autres avec les amis, il était déjà l’heure de redescendre.

Ce moment a été beaucoup plus délicat, une amie s’étant fait une douleur au genou qui l’a accompagné sur le chemin de retour, transformé en chemin de croix. C’est là que je me dis que même si pour moi, je l’aurais qualifié de chemin bleu sur les degrés des niveaux de ski, pour des locaux on est à un niveau bien au-dessus. La perception de sa douleur, de son geste et la gestion d’un tel évènement par mon amie et le guide ont été aussi pour moi des éléments qui me font bien dire que je ne suis pas d’ici. Il est des colères que j’ai du mal à contrôler, celle-ci en fut une intense. Mais n’en demeure pas moins que je suis resté jusqu’au bout pour être sûre de l’arrivée. Je ne m’étendrais pas plus sur ce sujet.

Ainsi ce matin, pas de courbatures mais des coups de soleil plus violents qu’estimés, des brûlures sur la nuque et les mollets qui m’ont lancé toute la journée et qui resteront quelques jours encore. Heureusement ça ne se voit pas à la caméra pour mes élèves, qui se sont plutôt concentrés sur mon casque, ma pomme et mes lunettes. Même si je ne suis pas en faveur d’un tel dispositif d’enseignement, il n’y a pas le choix. Alors la découverte de mes pitchounes n’a pu que m’émouvoir. Par groupe de trois, je les ai découvert, c’est ainsi que l’on avait choisi de le faire avec les collègues de CE1. J’oublie à quel point en début d’année ils sont tous super mignons, et trop adorables. Balbutiant un peu le français pour certains, après un été à l’oublier ça n’est pas surprenant. Ou d’autres qui ne peuvent déjà plus s’arrêter de parler.

Le seul hic là-dedans c’est la connexion internet… Au début de la journée, je suis allé essayer le wifi de l’école qui m’a lâché rapidement… Rentré à l’appartement après deux groupes, c’est le routeur de l’appartement qui ne fonctionnait plus. Après avoir perdu 30 minutes dans une situation qui ne redémarrait pas. Je suis revenu à l’école, où des carreaux avaient enfin pris place aux fenêtres de ma classe. J’avais fait le forcing pour que ça soit fait le plus tôt possible, ça m’a bien sauvé la mise pour enfin voir l’ensemble de mes élèves avec un rattrapage pour la spoliation de certains. Soulagé d’avoir pu tous ou presque les rencontrer, je suis néanmoins curieux de voir comment va se dérouler une journée type telles que celles prévues à partir de demain… C’est une surprise et je ne doute pas une bonne partie de mon prochain article qui cette fois, sera probablement à l’heure.

Alors qu’il est temps de rejoindre Morphée, je pose les derniers mots et m’envole à nouveau dans les paysages magiques parcourus hier, cette randonnée m’a permis de voir un nouvel endroit de ce pays, un nouveau sommet et me confirmer que le chemin, que mon chemin est encore long.

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Volty 250, Kiosk et dents de sagesse

13 Septembre 2020 , Rédigé par Pereg

Ma moto :)

Ma moto :)

Posé dans le canapé du salon avec le tour de France en fond visuel, je me surprends presque à suivre l’étape du jour. Le vélo n’a jamais été ma grande passion même si bien sûr ça me ramène à des souvenirs d’enfance assez marquants. Guiscaër à l’heure de goûter pour voir l’arrivée des coureurs, Virenque, Jalabert ou Pantani en tête. Car même sans me passionné pour ce sport, l’effort qu’ils produisent, est clairement surhumain pour moi. Même si j’ai roulé pas mal plus jeune, en tant qu’adulte, le vélo est plus un moyen de locomotion qu’un sport à mon goût. A Saint-Malo, je m’en sers pour aller à la plage, et pour la première fois depuis longtemps, au début de l’été, j’étais parti faire une longue balade volontairement à deux roues. C’est d’ailleurs le plus grand changement, à présent j’ai une moto, celle que j’espérais depuis fort longtemps, pour me balader en ville et sortir un peu de la capitale durant les weekends. Suzuki Volty 250cc de 1996, un moteur increvable et un look rétro que je trouve fascinant.

Les leçons prises avec Alain l’an passé, l’ont été sur ce modèle et quoi de plus facile pour me lancer que je continuer à me perfectionner avec elle. Prendre plaisir à continuer et être de plus en plus à l’aise en deux, pour l’année prochaine, faire transférer mon permis en France, en louer une l’été pour me faire plaisir, et en acheter une dans le pays dans lequel j’irai travailler ensuite. C’est le plan, du moins mon idée. Je n’ai pas besoin de voiture ici, mais la moto est un plaisir auquel j’aspirais depuis longtemps, et le voir se concrétiser est un plaisir indéniable. Bien sûr, je ferai attention, casque et gants obligatoires, et avant de la conduire réellement, j’ai dû la déposer au garage pour vérification complète. Accessoirement, je ne vais pas rouler avec tant que la carte grise n’est pas à mon nom et que l’assurance n’a pas été validée. Je ne suis plus à quelques jours près, même si je bouillonne de manger du bitume. Le temps est clément et pourra me permettre d’en profiter au maximum. Peut-être que le weekend prochain je ferai ma première sortie officielle avec. Je l’ai baptisé Noura.

Cette semaine, j’étais résolu à me faire extraire les deux dents de sagesse qu’il me restait. Ainsi lundi à 14h, après une dernière part de pizza, direction le dentiste à Hamra, un mec jeune, hyper calme et compétent. Un anesthésique assez puissant, et l’extraction s’est faite sans douleurs. J’ai eu le plaisir de pouvoir récupérer les dents en entier, je me dis que c’est un souvenir assez particulier mais intéressant assurément. Je m’inquiétais de la douleur et la fatigue mais celles ne sont apparues que le lendemain. D’ailleurs je n’ai pas gonflé non plus mais je sens que les choses ont un peu bougé dans ma mâchoire, il me faudra un peu de temps pour m’y habituer. Mais je pense sincèrement que le moment était bien choisi, avec une semaine de repos avant ma rentrée pour le faire tranquillement. Ainsi, 14 ans après l’extraction des deux premières, mes dents de sagesse sont sorties, et me voilà rendu à 28.

La préparation pour l’école s’est faite doucement, mais on attendait surtout de savoir comment les choses allaient être présentées pour la pré-rentrée, dans quelles conditions nous serons avec les élèves et pour ça, tout est encore flou, même si potentiellement on les reverra en présentiel à partir du 28. D’ici là, tellement de choses peuvent changer… L’incertitude est le mot dans la gestion du travail au quotidien ici, la crise économique, les conséquences de l’explosion, un nouveau feu sur le port cette semaine, il y a de l’instabilité à un point tel que l’on en reste stupéfait. On navigue vraiment à vue et c’est ça qui est pénible mais pas le choix, on doit donc et l’on va donc s’adapter. Quand on y pense, ce nouveau feu sur le port qui n’était toujours pas éteint ce matin d’ailleurs, est la révélation la plus éclatante de l’incompétence actuelle au niveau politique de ce pays. Comment après le traumatisme qu’a été l’explosion, on puisse laisser des gens travailler sur ces mêmes lieux sans prendre une infinité de précaution pour protéger les gens et les biens s’y trouvant. Certains ont pu penser et dire que c’était pour cacher les preuves liée à l’explosion, et c’est un pas que je ne franchirai pas. Il reste cependant navrant qu’un tel évènement est lieu et la gestion de cette nouvelle crise est délicate. Je me demande encore parfois comment ça se fait que ce pays n’implose pas, j’espère que je n’en serai pas le témoin.

Hier soir en rejoignant Tommy chez lui, je suis passé par Mar Mikhaïl, il était presque 20h. Rue Gourot, Rue d’Arménie, endroits caractérisés par une activité foisonnante, une faune dynamique le samedi soir normalement, mais non. Là, tout était très calme, trop calme. Ce fut à la fois fascinant et malaisant. Quand on a connu ce quartier avant, on ne peut que soupirer à le voir aujourd’hui. Il sera reconstruit, mais dans combien de temps ? Il y aura à nouveau du monde, mais il faudra des années avant que la population revienne réellement. D’ailleurs moi le premier, je veux aller à Badaro, voir comment les choses sont aussi. Je le ferai probablement durant la semaine à venir. Oui le travail en premier lieu, mais je n’en oublierai pas moins mes sorties. C’est d’ailleurs pour ça, qu’après le match de Liverpool et trois parties d’échecs, nous sommes allés avec mon norvégien préféré au Kiosk. Si je n’allais pas chez Torros, c’est bien là qu’on allait boire des verres assurément. Rejoint par Daniel, on a refait le monde. Il y a longtemps que je n’avais pas éprouvé mes idées et mes principes de cette manière en dissertant à l’oral. C’est fou de voir combien on est nourrit de notre éducation, que les principes sur lesquels nous fondons nos raisonnement en tant qu’adultes viennent de ce qui nous a été enseigné dans notre cercle familial, social, par notre environnement. Travailler sur soi-même, réfléchir à qui on est, ce que l’on pense, c’est remettre en cause toutes ces choses. Je n’en reste pas moins un homme blanc, cisgenre, français, catholique, et le tout par mon éducation.

C’est aussi pour ça que j’adore être avec Tommy qui est pratiquement mon opposé. J’ai besoin de routine, d’ordre, de logique, de programmation, trop sûrement, lui gère avec le Chaos. On était bien sûr d’accord que l’idée serait de trouver un point médiant pour faire les choses au mieux. C’est pour ça que j’ai volontairement fait mes vacances en Italie sans préparation initiale, pour me provoquer, me remettre un peu en question, et je n’en ai que plus apprécié mon périple. Mais dans mon quotidien, les choses sont un peu différentes, et je sais que reprendre le rythme de l’école, va me faire du bien, peu importe la manière dont on aura à travailler.

Je vais m’arrêter là alors que les coureurs entament la dernière ascension, le jour commence déjà à décliner ici, je vais aller marcher un peu avant que l’obscurité gagne la ville, la chaleur étouffante des derniers jours s’est un peu calmé. L’acclimatation était nécessaire en revenant ici, ça va mieux maintenant de ce côté. Demain de retour au lycée, c’est parti pour la troisième année.

Je n'ai pas voulu trop m'approcher ...

Je n'ai pas voulu trop m'approcher ...

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Retour à Beyrouth

6 Septembre 2020 , Rédigé par Pereg

C'est moi sur le parapente, à Loudenvielle.

C'est moi sur le parapente, à Loudenvielle.

Voilà presque six mois que j’ai quitté le Liban. Vendredi soir 13 mars, on venait de me dire que mon grand-père n’allait pas bien, et de manière presque surprenante, j’ai eu l’autorisation de partir. Fehmi m’amenait à l’aéroport et moi qui pensait partir pour une semaine tout au plus. Je ne suis pas revenu avant lundi dernier, 31 août. Sans chercher de signification foireuse, 31 est l’inverse du 13, comme le chemin opposé que j’ai pris pour rentrer à Beyrouth. Car oui, je suis rentré chez moi, rouh alla Beiti.

L’attachement que je peux avoir pour cette ville a été décuplé durant cette période si particulière, me retrouver bloqué en Bretagne chez mes parents pour le confinement, puis à Saint-Malo pour attendre une ouverture de l’aéroport qui ne s’est pas faite avant juillet, tout cela m’a donné la sensation étrange d’un lien tendu qui devait me ramener au plus vite en terre libanaise. Je me suis posé la question plus d’une fois cet été, en me disant pourquoi pas faire un aller-retour ? Mais sans compter mon bilan carbone déjà déplorable, il n’y avait aucune nécessité, aucun impératif réel… Mais ça c’était avant le 4 août 18h07.

J’étais à Saint-Malo avec Evan et Elise, les deux dans la piscine que l’on avait gonflé la veille. Un message, un second, puis une avalanche pour parler d’un évènement que je ne comprenais pas sur le moment. Une explosion… Dans le port de la ville, était stocké une grande quantité d’une matière explosive, un feu à proximité a servi de mèche pour la plus grosse explosion civile de l’histoire. 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, un souffle qui a détruit une partie de la ville et le ressenti d’un tremblement de terre jusqu’à Chypre. Des images horribles qu’il est difficile d’oublier. Mais voilà, à nouveau je me trouvais loin, ne pouvant que compatir et soutenir les personnes qui me sont chères sur place. Un drame humain, un drame politique, un drame social. Le pays n’avait vraiment pas besoin d’une telle catastrophe. Aucun mort dans mes connaissances, juste un trou béant dans le cœur de cette nation. Dès lors, il était clair pour moi que mon retour se ferait plus pressant, et la dernière échéance que j’avais été celle du mariage de mon cousin avant de m’envoler pour l’Orient.

Bien sûr cet été, aussi particulier qu’il fut avec la COVID19 se déroula de manière assez intéressante. Une colo dans les Pyrénées dans la vallée du Louron, j’y ai aussi découvert le parapente. Le tour de France y est arrivé hier d’ailleurs, me ramenait aux souvenirs de juillet à l’approche de l’arrivée à Loudenvielle. Du temps en Bretagne en famille, entre Vannes et Saint-Malo, mais aussi une remontée Atlantique ou une découverte de la Suisse et du Nord de l’Italie. Cet été ne fut pas sans saveurs, retrouver des amis de longue date ou plus récents, des connaissances de Beyrouth ou de nouvelles découvertes, la saison estivale apporte son lot de rencontres et de rebondissements. Mais depuis ce jour, de mes baignades aux cinq Terre, ou dans les montagnes du Frioul, il n’y avait pas un jour durant lequel mon esprit ne me ramenait pas à Beyrouth.

Il fallait obligatoirement un test PCR négatif avant de prendre l’avion, je l’ai donc fait avant de partir au mariage à Compiègne, me disant aussi que le résultat pourrait intéresser tous les participants. J’étais presque sûr de ne pas l’avoir contracté, ce qui me fut confirmé le dimanche matin, les réjouissances étaient déjà passées. Un passage éphémère à Paris et je retrouvais Orly pour prendre mon avion tôt comme à l’accoutumée, pour une arrivée en milieu de journée ici.

Venise.

Venise.

C’est ainsi que le 31 août à midi, je sortais de l’aéroport par une chaleur étouffante pour retrouver cette ville chère à mon cœur, mon travail, ma première vraie expatriation, mais ce pays si coloré aux habitants chaleureux et dans lequel j’ai déjà mille souvenirs. Un nouveau test PCR à l’arrivée et une quarantaine relative pour être sûr que je ne l’avais pas ramené dans le pays. Cependant les choses me mettaient doucement en place, je retrouvais ma chambre, mon appartement réparé et un environnement qui m’avait manqué. Cette semaine m’a permis de me rappeler des choses évidentes aussi : une chaleur étouffantes, une circulation affligeante, un soleil de plomb qui m’a coloré les cuisses et le visage de rouge, mais aussi et surtout le plaisir d’être de retour, retrouvé des visages connus, des enfants qui ont grandit et des amis qui n’ont pas changé.

Il y avait des choses aussi que j’allais découvrir, le changement des prix en supermarché m’a fait frémir, et entrapercevoir les lieux de la catastrophe aussi. Je me promettais d’y revenir ce que j’ai fait plus tard dans la semaine. Reprendre une routine alors que l’on se savait pas comment allait se passer la rentrée à quelque chose d’assez dérangeant mais étant ma dernière année libanaise, je ne doute pas d’en profiter de la meilleure des manières, le boulot suivra bien sûr. Je suis passé voir ma classe, une des deux fenêtres avait été soufflé par l’explosion et restait au sol quelques débris léger de verre. Mon école n’est pas la plus touché, mais retrouver les bancs du lycée après tout ce qui se passe parait assez inespéré. On verra le jour de la pré-rentrée comment les conditions nous permettent d’évoluer. Il y aura forcément des adaptations à faire. Je vais cependant profiter au maximum du temps libre qu’il me reste avant de me mettre à la tâche le 14. J’ai deux semaines de décalage avec la France, cependant elles seront rattrapées sur les petites vacances car notre calendrier n’est pas encore officiellement acté et on verra le réel  déroulé de l’année. On navigue déjà à vue, de semaine en semaine alors c’est bien trop  compliqué de se projeter plus loin.

Vendredi matin avec Abdo, hier après-midi seul, je me suis rendu vers le port et Mar Mikhaïl. Je souhaitais voir de mes propres yeux les dégâts causés par l’explosion. Un cimetière de tôle ondulée du côté du port, des habitations détruites et des échoppes fermées de l’autre. Ce spectacle terrible d’un endroit pourtant si gai m’a vraiment fait de la peine, mais je me le devais. Je suis sorti régulièrement dans ces rues, j’ai arpenté ces kiosques, ces bars, ces restaurants qui sont fermé et dont certains ne rouvriront pas. Chez Torros d’abord, Em Nazih aussi, ou simplement toute cette zone si festive, si enjouée. Elle était marquée par le bruit d’une grue devant un immeuble d’où ils tentent encore d’extraire des corps. J’ai été retrouvé Tommy qui habite un peu plus loin mais ces images resteront gravées pour longtemps, je ne sais pas comment il fait pour vivre aussi proche.

Il est de ces moments où l’on ne sait pas quoi faire, où toute la bonne volonté du monde ne suffit pas, l’expertise est la clé et dans le camps que je suis allé voir, c’est le temps de la reconstruction à présent, la qualification est nécessaire même si toute volonté est bienvenue. J’y retournerai la semaine prochaine, voir si je peux faire quelque chose en plus, car dans un tel scénario, c’est l’espérance humaine qui m’a fait sourire. Je me laisse aussi le temps de digérer le choc. Bien sûr le traumatisme n’est pas le mien, je n’étais pas là, mais je ne peux qu’avoir de l’empathie pour ce pays, pour cette ville qui sont devenus miens. Voir ces gens motivés, bénévoles, aider, s’entraider, pour la reconstruction de ce quartier, c’est touchant, tout comme une fresque de poète au hasard d’une rue. Le Bras de la révolution trône toujours devant la mosquée place des martyrs, mais de quoi sera fait demain, nul ne le sait, mais une chose est sûre, je serai ici pour le découvrir.

Et voilà ma ville.
Et voilà ma ville.
Et voilà ma ville.

Et voilà ma ville.

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