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I. Jabal Moussa, deuils et reprise ?

29 Novembre 2020 , Rédigé par Pereg

Jabal Moussa
Jabal Moussa
Jabal Moussa

Jabal Moussa

Mon ordinateur m’annonce que c’est le centième article. Je suis dans ma troisième année ici, avec un article par semaine, même si je ne compte pas les vacances scolaires, c’était évident que j’allais attendre ce nombre mais il s’annonce un brin comme un sacrement, l’annonce de la pérennité de mon travail d’écriture hebdomadaire. Mais ce fait relativement notable n’est rien comparé au reste de ma semaine.

Déjà lundi, la semaine commençait sur les chapeaux de roues. Avec Philippe, motivé pour aller marcher, nous sommes parti à Jabal Moussa, une réserve naturelle un peu au nord de Beyrouth que j’ai toujours trouvé magnifique. Arrivé à Mchati à 9H15, nous démarrions directement par une belle ascension. J’étais déjà venu de l’autre côté de la réserve, à Chouwenn et son lac. Une belle chauffe pour nous lancer, nous trouvions une citerne avec un joli écho et une vue magique sur la vallée environnante. Arrivé au tiers du parcours initialement prévu, petite mangue et l’on changeait de parcours pour une randonnée vraiment plus longue. Nous avions les jambes, la journée devant nous, un grand soleil et de la motivation. Une descente un peu glissante et nous arrivions sur le chemin qui allait nous poser des problèmes, ce fameux sentier numéro 10. Arrivés aux trois-quarts, on s’est un peu perdu sur le chemin… On s’est posé la question si nous n’étions pas arrivé au croisement vers une montée délicate. Nous avons donc entrepris une ascension relative, pour nous retrouver face à une parois à escalader. Ça ne devenait plus possible et même dangereux.

Phillipe a crié stop, grand bien lui en a pris car même si la redescente s’est avérée épineuse et de quoi m’écorcher de bonne manière avec même plusieurs chutes, tout cela était sans gravité. On était juste finalement un peu perdu dans ce parc magnifique, et le temps nous filait entre les doigts. On a donc repris sur le chemin sur lequel on hésitait… On  y a croisé des randonneurs qui nous ont confirmé notre erreur. Il n’était pas encore 14h, nous avions le temps de marcher. Une ascension intense avec un croisement québécois, puis une douce et longue descente pour revenir vers la voiture. Nous marchions depuis des heures, la fatigue se faisait clairement sentir et le soleil déclinant aussi. On a rencontré une des responsables du parc Tania, qui a fait un bout de chemin avec nous. 16h était passé alors que nous arrivions sur la dernière section pour rentrer à la voiture. Des marches romaines, antiques, avec ce pâle soleil de fin de journée et ce retour espéré. Je ne peux pas dire que j’ai été beaucoup inquiet avec cette journée si particulière, mais je voulais être sûr de revenir à la voiture avant la nuit et pour cela le défi était complet. Crevé mais heureux de cette journée si particulière. 17h35 à la maison. Il m’a bien fallu la semaine pour se remettre de ces 7h de marche, 18km dans la montagne environ, ajoutés aux marches quotidiennes, le corps a eu besoin de se reposer. Hier, j’ai à nouveau marché 15km mais en ville et en moins de trois heures, c’est une toute autre saveur. J'ai cependant trouvé cet endroit au bord de l'eau, où le bruit de l'eau me ramène vers les remparts de Saint-Malo, vers la plage de Conleau.

Cette semaine fut marquée d’une autre manière depuis, par le deuil. Jacques Secrétin s’en est allé, il m’a renvoyé à ce sport pratiqué jeune et dans lequel mon filleul s’est plongé également. De ce point de vue,  on est un peu pareil, mais d’autres points communs nous rattachent également l’un à l’autre. Puis Dominici. Ce fut clairement un choc. Ce joueur de rugby que j’ai toujours aimé voir courir sur un terrain, sans avoir atteint cinquante ans, nous quittait. L’image directement renvoyé est celle de la coupe du monde 1999, en demi-finale contre les blacks, et ce ballon arraché pour courir aplatir l’ovale dans l’en-but. Ce moment de sport sur la télévision, je m’en rappelle vraiment très bien. Nous étions dimanche après-midi, à Saint-Malo dans la salle et avec les gars on hurlait comme des fous devant la tournure de ce match. C’est mon premier grand souvenir lié à l’ovalie. Bernatsal, Dominici, leurs fulgurance, leur joie, un an après la coupe du monde de football, me renvoyait à des émotions équivalentes. Faisant de moi par ce même coup, un amateur de sport en général. Ainsi l’ailier partit trop tôt me renvoie à ces premiers souvenirs sportifs marquants, cette nostalgie qui n’en est pas une, mais qui explique le plaisir intense lié aux sports. « Dieu est mort » aussi cette semaine titrait l’équipe. Je ne suis pas de ceux qui l’ont vu jouer, je n’ai vu que son aura dans les yeux des adultes, je n’ai vu que la douleur argentine face à la perte de celui qu’on appelait le Pibe del Oro. Une coupe du monde magistrale en 1986, des buts de légende, il fut l’un des joueurs les plus marquants de l’histoire de ce sport, peut-être le meilleur soliste quand le roi Pelé avait sa garde.

Ces sportifs passés de vie à trépas, c’est une émotion, forte, mais ils font surtout écho au décès du père d’une amie. La Covid n’est pas la seule cause de mortalité et une longue maladie aussi peut mener de l’autre côté. C’est ainsi que lorsque l’on m’a annoncé ce décès,  il a résonné en moi, comme un retour en mars avec le départ de Grand-père, comme une plaie qui s’ouvre à nouveau, comme un sentiment d’impuissance devant l’inéluctable. La vie est ainsi faite, et l’on peut dire que c’est dans l’ordre des choses, mais la douleur reste marquée. Du fait d’être au Liban et loin de la terre des miens, je redoute un tel évènement. Qu’une telle chose m’arrive également, sans pouvoir la mener, la gérer de la manière souhaitée. Ainsi, même si je désire repartir dans de nouvelles contrées à la rentrée prochaine, je sais que si je dois rester une année en Bretagne, ce ne sera pas la pire des choses pouvant m’arriver. Mais nous n’y sommes pas encore et j’ai toujours des fourmis dans les jambes. Je  ne sais pas où je démarrerai la rentrée scolaire 2021 et c’est très bien !

Pour l’heure, il y a la journée de demain qui m’attends encore et qui nous laisse tous ici dans l’incertitude la plus totale et la plus confuse. Nous sommes sensés reprendre en hybride, c’est-à-dire avec une moitié de classe un jour sur deux. Nous devions déjà reprendre ainsi le 9 novembre, mais voilà que les choses ont changé au tout dernier moment. Alors je reste sceptique et réellement, tant que n’aurais pas mes élèves avec moi demain matin en classe, j’aurais encore du mal à y croire. En préparation, c’est une galère absolue encore une fois. Nous avons des élèves qui n’ont pas le droit de venir, d’autres que les parents ne veulent pas envoyer, il faudra donc voir ce qui se passera réellement. Malgré ce quotidien pesant, malgré ce couvre-feu et cette quarantaine, je sais qu’un semblant de retour à la normalité professionnelle sera une respiration. Tout cela ne serait pas aussi contrariant si comme convenu je changeait bien d’appartement aussi… Mais voilà que le propriétaire augmente le loyer sur le contrat et laissant des choses peu claires à côté. Dommage, mais je ne serai pas sans-abris grâce à un ami chez qui je vais aller loger. On verra la suite.

Ainsi ce soleil dominical que je vois ici offre une belle journée dont je vais assurément profiter avec des personnes que j’apprécie et oublier le travail pour m’y replonger ce soir. Il faudra bien, j’espère juste qu’encore une fois, tout ne changera pas au dernier moment.

Sac et ressac, le bruit de l'eau dont je ne me lasse pas, pendant que d'autres pêchent.

Sac et ressac, le bruit de l'eau dont je ne me lasse pas, pendant que d'autres pêchent.

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Marche, couvre-feu et Indépendance

22 Novembre 2020 , Rédigé par Pereg

Dimanche soir, posé devant le rugby à Murrayfield où nos bleus ont l’avantage. Le XV de France n’y avait pas gagné depuis 2014. Mine de rien l’ère Galtier démarre sous de bons auspices, même si bien sûr tout n’est pas parfait, cette équipe retrouvée fait plaisir à voir. Cette équipe qui redonne envie de l’encourager plutôt que de pester contre ses erreurs. Voilà ces bleus vainqueurs à nouveau et de quoi éviter le signe indien sur cette pelouse écossaise. Cette semaine passée fut des plus particulières, avec un couvre-feu à 17h. On a beau savoir que les choses sont ainsi, ça n’en est pas moins difficile.

L’école de 7h25 à 14h minimum. Avant, c’est trop tôt le matin… Mais il était indispensable que j’aille respirer dehors. Ce qui est paradoxal c’est que je n’en profitais pas systémiquement chaque jour jusqu’à là. Mais à présent qu’il n’est plus possible d’être dehors à 17h passé. Il m’était devenu nécessaire, impératif et vital moralement d’aller dehors les après-midi. Lundi était un premier test, ne sachant ce qu’il allait en être. D’autant plus que même si la moitié des voitures ne roulent pas du fait de l’alternance, ça restait dense. Un tour vers Achrafieh et puis s’en va. Mardi vers Moulin d’or et de retour vers Horsch Beirut, je commençais à me représenter les distances, non plus en terme de temps mais de kilomètres, l’objectif étant d’en faire dix par jour. Un objectif facilement atteignable mais le temps passe si vite. Mercredi avec une amie, jeudi avant une réunion tardive, je me trainais un peu plus vendredi pour accomplir à nouveau l’objectif une fois de plus. Trempé comme jamais, c’était vraiment particulier de finir ainsi mouillé, une véritable douche à grandes eaux alors que je revenais de la corniche. Je craignais simplement de ne pouvoir sortir avec la pluie.

Samedi matin après la tempête prolongée toute la nuit, je sortais ma belle Noura pour rendre visite à une amie à son travail. Samedi jour des plaques paires, je pouvais donc circuler librement. Ce sentiment de plaisir amener par une balade sur ma bécane c’est vraiment une sensation que je n’arrive pas à oublier et j’en redemande. Mais ce plaisir à moto ne peut être exécuté tous les jours, et entre marcher et rouler, j’ai toujours une hésitation, et quand je peux combiner les deux sur une journée, je ne peux qu’être satisfait. Rouler le matin, marcher en suivant, voilà qui est simplement fort plaisant. De retour à seize heures passées, j’avais donc mérité de me poser. Et samedi soir, comme les jours précédents, je me plongeais doucement dans la lecture de vingt ans après. J’ai démarré la lecture de la suite des mousquetaires pour mon plus grand plaisir. Dès les premières pages, l’écriture de Dumas m’a rappelé combien elle m’avait manqué. Depuis Monte-Cristo l’an passé, je n’avais pas pris le temps de me décider à démarrer cette œuvre. Jason s’y était attelé bien avant moi et je savais que j’allais suivre son exemple. D’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis vont être les compagnons de mes soirées pour encore quelques temps encore.

Ce dimanche, 22 novembre, jour de l’indépendance libanaise, je savais que j’allais marcher avec Fehmi, sans trop savoir où et comment. L’heure du départ était donné, l’heure de retour forcément aussi pour suivre le match. A midi et des poussières, on se retrouvait devant chez lui. Proposition validée de partir vers Gemmayzeh, nous commencions donc là notre périple. Place des martyrs, puis vers le port et le lieu du 4 août. La fée du 17 octobre dernier avait disparu, la grande statue avait déjà commencé à rouiller. En passant à Mar Mikhaïl, Fehmi observait ces dégâts que je ne connaissais que trop bien. Puis au bout, on s’est dit, on continue, Bourj Hamoud, le quartier arménien, puis Jdeideh, Zalka, Antélias, et on continuait toujours autant, pour nous arrêter après 3h30 de marche au niveau du mall à Dbayeh, là-bas. Le seul problème, c’est que l’aller c’est simple, mais on n’avait pas vérifier comment faire le retour. Pour un dimanche ou les véhicules ne sont pas de sortie, les uber et les taxis ne doivent pas l’être non plus. Nous n’avions pas vérifié. Quelques véhicules malgré tout prenaient la direction de la capitale. Nous avons donc traversé l’autoroute, chose d’ailleurs assez satisfaisante, puis en marchant doucement vers Beyrouth, pris le premier bus passant. Après Dora, un taxi nous ramenait dans le quartier. Retour rapide pour une longue marche de près de 3h30 pour un peu plus de 16km. Le faire seul aurait été assurément possible, mais rien de tel que la compagnie d’un ami pour faire passer le temps et l’effort. Une balade dominicale un peu intense, dans une ville sans circulation, c’est vraiment une situation inédite.

Journée de l’Indépendance du Liban. 1943-2020. On aurait pu penser que ce jeune pays trouverait les ressources pour se développer, se construire et pendant près de trente ans il l’a fait. Bien plus prospère au début des années 70 qu’il ne l’a été par la suite, le Liban a été plongé dans une guerre civile violente pendant quinze ans. Il se relevait doucement à l’approche de l’an 2000, pour subir plus encore les crises de 2005 et l’été meurtrier de 2006. Depuis les choses allaient cahin-caha. J’ai eu le plaisir de voir ce pays quand les choses fonctionnaient durant ma première année ici. Mais depuis la Thawra du 17 octobre 2019, la crise économique a frappé plus durement encore le pays du cèdre. L’effondrement de son économie, la difficulté du front sanitaire, et la dramatique explosion du 4 août dernier n’ont fait que confirmer que le pays s’enfonce un peu plus vers des abysses inconnues. Je pars l’été prochain, mais je crains que la situation ne se détériore encore d’ici là, que les crises sanitaires comme économiques ne peuvent que se prolonger… Alors en ce jour de fête national, sans cérémonies ni festivités, je ne souhaite au Liban qu’une seule chose, pouvoir être ce pays du Proche-Orient, qui a fait rêver les poètes et les musiciens. Un pays oui, mais une nation non. Un jour naitra peut-être une nation libanaise des cendres de celle révolution d’octobre, mais ce jour n’est pas encore arrivé et j’espère voir cette nation se lever dans un pays florissant plutôt qu’une population endeuillée réunie par le drame.

Mon discours peut paraître morose en ce jour de fête nationale, mais passant dans cette partie de la ville si endommagée, comme un frein à son envol. J’ai réalisé combien la société libanaise qui aurait tant à offrir en s’unifiant, ne montre que séparatisme et clivage. Les échos de la révolution sont loin, mais peut être que de ses graines, un nouveau cèdre germera.

Marche,  couvre-feu et Indépendance
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Anniversaires, confinement et nouvel appartement

15 Novembre 2020 , Rédigé par Pereg

Dimanche 15 novembre, anniversaire de mon père et la visio ce matin a permis de marquer le coup. Premier dimanche reconfiné à la mode libanaise. Le couvre-feu est en place à partir de 17h et j’avoue ne pas trop avoir envie de risquer une amende et surtout de sortir simplement des règles. Même si on est au Liban ou le respect des règles est assez relatif parfois, je me demandais comment ce weekend les choses allaient se passer.

Mais avant de me retrouver « coincé » chez moi aujourd’hui, j’ai eu une semaine assez particulière. Dimanche soir à 20h30 nous avons été prévenu que lundi, nous n’étions pas en classe avec une moitié de classe comme prévu initialement, mais bien une nouvelle fois à distance… Pour deux jours. Oui, le ministre devant confirmer mardi les modalités jusqu’à la fin du mois. Toujours à distance, prolongement de ce travail de quinzaine en quinzaine. C’est vraiment usant et malheureusement pas surprenant. J’ai parié en rigolant sur janvier en septembre. J’en viens presque à douter à présent et je crains que l’on soit sans nos élèves pour des mois encore. J’avais culpabilisé au second trimestre 2020 d’avoir eu la chance de me retrouver en France confiné. Mais le confinement de novembre n’a rien de glorieux non plus et s’il se prolonge en décembre, même maintenant que je vais emménager dans mon nouvel appartement, je rentrerai surement un peu plus tôt que prévu à Noël.

Entre bosser à distance depuis la France, ou restant cloitré dans un appartement libanais, c’est assez simple. Mais pas de plans sur la comète car comme à chaque fois, il peut y avoir des surprises. Welcome to Lebanon, mon sens de l’organisation et mes TOC sont toujours mis à rude épreuve quotidiennement ici. Ça m’a d’ailleurs bien fait sourire quand la psychologue scolaire de l’école me l’a fait remarqué gentiment. Le pays des cèdres a de particulier qu’il apporte au breton que je suis une remise en question perpétuelle, de mon travail, de ma manière de vivre, de comprendre ce monde qui est le mien. Cet arbre sur mon mollet représente aussi la découverte que Beyrouth et ce pays en général, évoque à mon endroit. A trente ans passés, je savais que j’allais continuer à découvrir, explorer, apprendre, mais tout ce que j’ai reçu ici est tellement plus important encore. Il me faudra surement bien plus de temps encore pour comprendre combien ce moment libanais a été décisif pour moi.

Après ces évidences, je vais revenir sur les particularités de la semaine. L’annonce du confinement à partir de ce samedi, m’a motivé ardemment à profiter de ma liberté, nous interdire de faire une chose, nous la fait désirer ardemment. Mercredi soir avec Fehmi, direction la banlieue sud et Assaha. Un palais hôtel restaurant dans un style médiéval et si bien décoré qu’on aurait dit un lieu de cinéma. Il a dû servir de nombreuses fois de cette manière. C’est ça que j’adore avec Fehmi, il peut m’amener dans des endroits que je n’aurais pas imaginer. Cette découverte était au moins à ce niveau. Petit repas sur place, avec ce décors idyllique. Hindbeh, des pissenlits dans une recette délicieuse. Entre le lieu et ce plat, j’étais refait par cette jolie soirée. Je ne l’avais pas précisé avant mais il y avait déjà un couvre-feu dans la semaine à 21h. Je voulais donc faire les choses de la meilleure des manières, être dehors jusqu’à 21h, et travailler ensuite. Jeudi soir fut une jolie soirée également. Du côté d’Hamra, nous avons voulu voir Ferdinand, mais trop prisé, nous avons fini à Mezian et c’était au top. Vendredi soir était la soirée la plus importante et avec Tommy nous avions déjà décidé de nous retrouver tôt. 17h chez lui. Mohayed et Elie étaient déjà là. Une belle soirée assurément, et pour fêter le confinement, il n’en fallait pas moins.

Samedi premier jour du confinement, j’ai eu bonheur d’avoir une plaque paire avec ma moto et ça me permet de pouvoir l’utiliser ce jour-là. Après être rentré, puis un joli moment entre amis, je suis allé faire le tour de la ville avant 17h, nouvelle heure du couvre-feu. J’ai été plus que surpris par la liberté de circulation provoquée par l’alternance. J’ai fait le tour de la ville à pleine vitesse sur mon bolide. Quel pied ! Je suis toujours obligé de zigzaguer entre les voitures, mais pas cette-fois, Baabda, puis Bourj Hammoud, la Corniche. Je recommencerai mardi ou un autre jour car circuler ainsi, c’est vraiment autre chose. Ma petite Noura a toujours quelques problèmes de vitesse, mais elle me porte si bien. Je l’ai acheté pour ça, j’ai passé mon permis pour ça. Pour cette possibilité, pour cette liberté proposée par les deux roues. Le bruit de ce moteur rutilant, le plaisir de courber dans les virages, de manger du bitume. Voilà un plaisir assurément égoïste mais si génial.

Dimanche, aucune voiture ne peut circuler, théoriquement car malgré tout j’en ai vu certaines passer. Mais je voulais voir ma ville, je voulais la découvrir sous cet aspect, vidée de sa circulation. Quel plaisir ce silence dans la balade, même si ce n’était jamais plus d’une minute. Ça m’a ramené au ramadan depuis 2019, et encore plus loin, à cette nuit de Pâques 2011 où j’ai découvert moje Miasto Warszawa à Centrum sans un bruit également. Le confinement provoque cette particularité. Pour le marcheur que je suis, c’était un régal malgré tout. Mais vis-à-vis de la vie quotidienne libanaise, de sa population, c’est une chose bien plus délicate à gérer. Parti à 10h, j’ai bouclé mes 10 bornes pour midi, juste à temps avant le retour de la pluie. Je referai ce genre de balade assurément dans les quinze jours à venir si la météo me permet. Moto et marche à pieds, de quoi me changer les idées après la classe chaque jour. Car oui, pas de salle de sport, et comme à 17h je devrai être à l’appartement, autant sortir l’après-midi, et bosser après 17h, ça ne changera plus grand-chose… Plus de livraisons non plus après 17h, je vais me motiver un peu plus pour reprendre une activité culinaire le soir.

Vendredi soir en faisant la fête, je me suis aussi replongé cinq ans en arrière, à Lormont, devant France-Allemagne et les informations parcellaires qui arrivaient au fur et à mesure, une nuit sans sommeil comme rarement j’en ai eu. Prendre des nouvelles de toutes les connaissances parisiennes que j’avais. Le Bataclan, la rue de Charone, le stade de France, cette nuit parisienne endeuillée reste forcément un souvenir douloureux, entre ce concert où je m’étais posé la question d’y aller, et les amis qui ne sont plus. Cinq ans déjà, tant de vie volées sur l’hôtel de la liberté. Mais aujourd’hui je vagabondais jusqu’à la Bretagne et l’anniversaire paternel. Car malgré tout, une émotion en chasse une autre, pas moins importante. Mais le recueillement, les difficultés de la vie, sont moins amères avec les sourires renaissants.

Alors ce soir, après un reportage sur les océans, une fin de film sur l’Iron Man de Nice avec Jacques Gamblin, je m’envolerai au pays des mousquetaires. Et la plus grande folie actuelle se passe au large des côtes de l’Afrique avec ces bolides du Vendée Globe, chaque jour à affronter les océans. Il faut être fou pour se lancer un tel défi, mais qu’ils sont toutes et tous braves à affronter cet Everest marin. Je finirai sur cette note que j’adore et qui résume l’état de mes pensées, quand la légende dépasse la réalité on imprime la légende.

I am a legend...
I am a legend...
I am a legend...
I am a legend...
I am a legend...
I am a legend...

I am a legend...

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COVID, vacances et Vendée Globe

8 Novembre 2020 , Rédigé par Pereg

Au crépuscule de mes vacances de la Toussaint, je fais un petit point sur les dix derniers jours. Oui je n’écris que rarement quand je suis en congés et dimanche dernier, le 1er novembre, ne faisait pas exception à la règle. Je me trouvais au Nord du pays, dans la région d’Akkar, du côté de Kobayat, sans ordinateur, juste avec téléphone et des livres.

Alors que ce matin, je suis assis à mon bureau, fenêtre ouverte et grand soleil, j’attends avec impatience 13h02 et le départ officiel du Vendée Globe. Il y a huit ans, nous découvrions Français Gabart, et je me désespérais de voir Armel Le Cléac’h finir second. Il y a quatre ans, après une course maitrisée de bout en bout, voilà le finistérien sacré avec toujours à le pousser, Alex Thomson, un des grands favoris de l’édition 2020. Mais ce qui me lie avec cette course est plus que la passion de l’évènement, de l’Everest marin dans lesquels se lancent les 33 concurrents de cette année. Le VG est aussi le premier grand projet pédagogique que j’ai eu le plaisir de mener. Un simple suivi sur carte il y a huit ans, à de nombreuses séances interdisciplinaires lors de la dernière édition. Je ne pouvais donc louper le départ cette année et pouvoir le proposer à mes petits mousses libanais. On va donc se servir de cette course pour de nombreuses choses, en espérant pouvoir accrocher mes CE1 à cette passion maritime, à cette course autour du monde. Je frétille tel un saumon à cette idée. La seule question qu’il me reste, est de savoir si j’aurai bien mes élèves en classe, et pour ça, je ne suis pas le décideur. On entend à nouveau des rumeurs de confinement total et donc de fermeture des écoles, mais encore une fois, nous serons prévenus au tout dernier moment.

C’est notamment pour ça, que je suis parti en vacances directement le mercredi midi, en profitant avec une copine, d’aller découvrir le téléphérique de Jounieh pour monter à Harissa. Ce n’est pas une décision que je regrette, mais le vertige s’est bien rappelé à moi. En le voyant de loin sur la route du Nord, j’arrivais pas à trop me rendre compte de la taille réelle des œufs… C’est ça le hic, on n’y passait qu’à deux. Et mon vertige a été compliqué à gérer durant l’ascension. J’ai beau râler, je suis ravi de l’avoir fait, et toujours de remettre en cause cette peur irrationnelle qui est la mienne. Mon dernier souvenir aussi délicat reste Bilbao et ce pont … La descente fut assez douce, l’angoisse qui fut mienne à l’aller s’estompait au retour pour profiter d’une descente nocturne, moins difficile. Un retour au calme à Beyrouth et j’enchainais sur le reste. Car à défaut de partir à l’étranger voir de nouveaux pays, j’ai loué une voiture pour parcourir des recoins inconnus du pays du cèdre.

Je dis inconnu, mais dès lors que j’ai récupéré la voiture, je suis parti à Sour me baigner. S’il y a bien une chose que j’aimerais faire plus souvent, c’est de partir au sud et me baigner là-bas. J’adore cette plage, elle est belle, calme et non polluée. Alors il était évident de démarrer là-bas, tout comme de profiter de cette ville que j’apprécie. C’est au lendemain que les choses démarraient réellement. Direction Tripoli et sa foire abandonnée, un lieu sorti de terre, bitumé, brut, mais qui n’a jamais servi. On se retrouve dans un paradis d’Urbex à ciel ouvert.  Ce lieu si particulier, j’y étais venu sans faire de photos, je n’ai pas refait la même erreur cette fois-ci. Un passage à Hallab pour prendre des pâtisseries et je filais vers le nord, dépassant un panneau devant lequel j’aurais dû m’arrêter « syrian border ». Je ne l’ai pas revu ensuite mais je suis bien arrivé dans la région verdoyante de Kobayat. L’automne y faisait doucement son apparition, les feuilles jaunissaient, mais la chaleur toujours présente. Une balade nature et le soir dans un camping de tentes en bois. Un logement confortable pour moi qui souhaitais une aventure assurément. Je ne savais pas où me rendre ensuite. La vue du lac de Qaraoun dans une vidéo de Chloé, suffit à me convaincre du lieu suivant où me rendre.

Le dimanche matin après avoir marché jusqu’à la croix surplombant la ville, je prenais une route assez escarpée pour rejoindre la Bekaa. Le seul problème c’est ce que je me suis perdu en route pour me retrouver à la limite de la frontière syrienne… Après un premier barrage de militaires en amont, où je suis passé sans accroche, j’en rencontrais un second qui m’interloqua. Arrêté et balbutiant en arabe. Le gradé était des plus étonné de trouver un étranger à cet endroit, qui plus est un français avec le contexte particulier. Il m’a dit qu’il y avait des tirs dans la région, et qu’il fallait que je quitte l’endroit au plus vite… Accompagné d’un 4x4 devant moi, et un homme dans ma voiture, j’ai fait 20km comme ça jusqu’au village suivant. Heureusement pas de problème, mais je m’en suis sorti avec une grosse frayeur, car si l’on m’avait dit que le risque était si grand, je ne me serai pas permis de le faire. J’aime bien les aventures, mais je ne suis pas fou. Ayant dépassé Baalbeck, j’ai foncé au sud sans finalement m’arrêter, pour aller me poser du côté du lac comme prévu. Je ne fus pas déçu du tout, une vue magnifique dont j’ai encore les yeux qui pétillent en l’évoquant, un endroit formidable.

Une balade sur le barrage, puis au bord du lac, l’odeur et la vue de produits toxiques me confirmait à quel point cet endroit était pollué, ce qui est hallucinant si on considère la beauté de l’endroit. En remontant vers Chhîm où j’allais passer la nuit, il y avait une étape nécessaire, je voulais faire une visite de cave. J’avais choisi Marsyas pour le plaisir que m’avait procuré le Bqa. Mais je trouvais le château fermé. Comme par magie, en face, Kefraya. Ce fut donc mon arrêt.  Une dégustation colorée et six bouteilles plus tard, je remontais vers Deir-el-Qamar dans le Chouf, par la route de montagne. Un plaisir de voir cette Bekaa Sud de si haut, et de plonger dans les nuages. Une fin de journée au calme, des pancakes au réveil, il ne me restait qu’une seule chose à faire avant de rendre la voiture… Retourner me baigner à Sour, une fois encore, je radote mais c’est vraiment un bonheur à chaque fois.

Le retour à Beyrouth après mes vacances fut calme. Voiture rendue le mardi soir. Une bonne idée car la pluie démarrait mercredi comme pour bien signaler que l’été indien est terminé. Qu’importe, je n’avais plus besoin de me déplacer, je trouvais juste dommage de ne pas pouvoir utiliser ma petite moto. Erreur réparée samedi, mais je devrai lui consacrer du temps car il y a toujours un bruit qui ne me plait pas. Je n’ai pas le plaisir d’avoir les outils et les compétences pour la bricoler, mais c’est bien un truc que j’aimerais apprendre, et pour se faire, il n’y a bien qu’une personne vers qui je me tournerai, mon tonton Alban. Son expertise me serait assurément utile. Si jamais j’arrive à ramener ma Noura en France, c’est sûr que je ferai en sorte de l’amener à Landéda.

Cette fin de vacances fut marquée pour moi non par un calme retour au travail mais une douleur plus inquiétante. En effet, à partir de jeudi matin, des crampes d’estomac à me plier en deux m’ont fait tenir le lit, la fièvre et autres bonheurs associés m’ont fait craindre de me retrouver avec la COVID. Samedi matin donc, ne pouvant tenir plus, je suis allé faire un test… Un passage chez le médecin m’annonçait que je présentais tous les symptômes qu’il ne fallait pas avoir… Alors je patientais, pour avoir ce résultat qui changerait radicalement les semaines à venir. Mais heureusement, négatif. Je peux donc aller travailler demain, et mes collègues qui auraient été cas contact, aussi. Je ne suis pas pour autant en super forme aujourd’hui j’ai dû choper une saleté. Même si je vais travailler aujourd’hui, je vais aussi profiter du soleil pour aller me promener un peu. Dans mon sac, j’ai toujours le plaisir d’avoir un livre, j’ai bientôt fini « Indulgences », Gilgamesh me fait de l’œil, mais c’est surtout le livre suivant que j’attends avec impatience, ayant écumer tous mes livres papiers, je vais pouvoir attaquer Dumas, Vingt Ans Après. J’en reparlerai assurément bientôt.

Dans moins de trois heures le Vendée Globe se lance, Beyou ou Thomson, je ne sais pas encore qui j’ai envie de suivre, mais ce qui est sûr, c’est que je suivrai le départ.

Sour, Tripoli, Kobayat, Qaraoun Lake, et Sour encore.
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