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XXXI. Reprise et enchantement

27 Mars 2022 , Rédigé par Pereg

Temple de la littérature et repas au bon souvenir de Beyrouth
Temple de la littérature et repas au bon souvenir de Beyrouth
Temple de la littérature et repas au bon souvenir de Beyrouth

Temple de la littérature et repas au bon souvenir de Beyrouth

Dimanche soir, je suis lessivé, je suis rentré du football comme à l’accoutumée. Triplé et victoire, dire que c’était une habitude serait pédant mais j’ai à nouveau eu de la réussite. On dit que ça se provoque, il n’empêche que j’ai eu les bons gestes. En revanche, j’ai pris tellement cher ! Je suis courbaturé de partout. Le Covid est passé par là et je le sens bien ! Depuis ma négativement de vendredi matin, j’ai enfin pu mettre le pied dehors. J’ai déjà repris le travail mercredi mais je reste à la maison pour être sûr de ne contaminer personne. Cette semaine marque mon retour à une vie normale, à une vie sociale et à l’enchantement du quotidien qui est le mien.

Après mes nouveaux tests positifs de dimanche dernier, mon arrêt maladie a été prolongé jusqu’à mercredi. Cependant je me suis refusé de demander à mes collègues de s’occuper de mon ENT, j’ai donc mis en ligne le travail pour mes élèves comme je l’ai toujours fait. La différence, la grande différence était que je ne faisais pas de visioconférences. Je les ai repris mercredi. J’avoue qu’après dix jours dans travailler avec eux, j’ai eu plaisir de revoir le visage de mes élèves. J’aurais dû le voir de visu les 21 et 22 si je n’avais pas été malade, mais qu’importe. On a repris le rythme et je sais qu’avec les vacances qui arrivent, la toujours prolongation de notre enseignement à distance, ce n’est pas aisé pour eux. Il n’empêche qu’avec cette simple reprise, j’étais encore bien fatigué. La sieste a toujours été un plaisir dans mes journées, elle est depuis quelques temps une nécessité. Ce qui en dit long sur mon état physique… On m’avait prévenu que cette pandémie pouvait atteindre physiquement violemment certains, ce n’est clairement pas tout rose pour moi. J’ai besoin de dormir plus qu’avant et la fatigabilité est plus forte également. Les vacances et la respiration au nord que l’on a prévu avec Fanny arrive à point nommé ! Ce sera sûrement intense mais je serai concentré sur ce pur plaisir qu’est la marche à pied.

La grande nouvelle professionnelle est la venue des élèves mardi et mercredi. Ma positivité m’inquiétait sur le fait de pouvoir retrouver mes pitchounes en classe. Cette ombre a été balayé. J’ai donc pu dire à mes élèves vendredi que je vais bien les accueillir à l’école. En demi-groupe, mais ce sera une première ! Je travail avec ces enfants depuis début septembre dernier et je ne les ai JAMAIS vu en classe. Alors avoir l’opportunité de les recevoir, même pour des évaluations, je prends. Peut-être qu’au retour des congés d’avril je pourrai les accueillir à nouveau ? Il est trop tôt pour se prononcer mais la vie a pleinement a repris ici. Plus de limitation de capacité d’accueil, les lieux de culture sont tous ouverts, plus de couvre-feu. Le seul lieu qui n’est pas encore ouvert est bien l’école primaire. Oui, les enfants de moins de 12 ans ne sont pas vaccinés et mes élèves qui ont eu le COVID l’ont subi de plein fouet. Le comité populaire décidera. Mais d’ici là, j’aurais vu mes élèves.

Dès que j’ai pu sortir vendredi midi, je suis allé manger avec Camille et Odelin à Croque-la-vie. J’ai eu à nouveau cours de vietnamien et ça faisait plaisir. Le soir, anniversaire de Clément nous sommes allé voir un film vietnamien. Une première et j’en garderai un souvenir particulier, car c’est le premier. L’histoire du poste du 93km du chemin de l’oncle Hô. Un peu de lyrisme, une poésie douce dans cette langue que j’apprends même si elle ne coule pas encore à mon oreille. J’ai revu un film libanais récemment et cette langue je la reconnais, les années m’offriront le même plaisir avec le vietnamien, comme l’arabe dialectal du cèdre, comme l’allemand ou le polonais, il y a des mots, des phrases qui me restent. On est allé dans un bar sur un toit où il y avait une rampe de skate. Et l’on a fait un karaoké. Minuit était bien sonné quand je suis rentré.

Samedi matin direction décathlon pour acheter le complément de matériel qu’il me fallait pour partir en randonnée, avec comme priorité une seconde paire de chaussures. En sortant je me suis arrêté au temple de la littérature, je trouvais ça poétique de passer à cet endroit-là, moi qui vénère Calliope et Clio. Une partie de ce temple est aussi le symbole de la ville elle-même et il est probable qu’il finisse sur mon corps quelque part dans un futur plus ou moins proche. Un Bun dau partagé avec Sophie à midi, j’ai fini à Tay Ho mangé égyptien avec Kim, une glace italienne et un ciné avant de retrouver les trèfles covidés en visio en rentrant. Pour ce dimanche, j’ai fait des pancakes et j’ai amené Sophie chez mon garagiste où elle a franchi le pas de se louer un scooter. J’ai les yeux qui se ferment et il n’est pas 20h, les muscles sont tendus mais le sourire est là. Ce sera une soirée irlandaise avec Belfast et au réveil, je verrai donc qui a gagné les oscars !

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XXX. Grand Chelem, cloisonnement et introspection

20 Mars 2022 , Rédigé par Pereg

​​​​​​Dimanche soir, la Bundesliga en fond mais surtout la radio en podcast pour écrire. Je n’ai pas l’œil sur la tv mais plutôt sur mon écran d’ordinateur avec ces premières lignes que j’écris. Il n’est pas 22h et je suis ko. Mon Covid m’a bien tapé. On m’avait dit « oui tu verras, avec tes vaccins ça le fera, tu n’aurais sûrement qu’un rhume… » j’aurais parié, j’aurais perdu. J’ai pris cher. J’ai vraiment pris cher trois jours. A rester allongé presque toute la journée, voies aériennes ouvertes et une pression forte sur la poitrine. J’ai été dégommé. J’ai eu le déplaisir de retourner vers mon année polonaise avec le staphylocoque doré que j’avais eu dans les poumons et cette respiration pesante, difficile. Mardi soir, je me posais beaucoup de questions, d’aller voir un médecin éventuellement. Mercredi matin, la douleur avait commencé à diminuer, elle a continué depuis pour ne laisser place depuis ce weekend qu’à la fatigue extrême. Pourtant, je fais parti des chanceux, de ceux qui n’ont pas besoin d’aller à l’hôpital, de ceux qui ont reçu les trois doses de vaccins et qui peut-être ont allégé mes symptômes. Avec ma chance, je me demande ce que ça aurait été si je n’avais pas été vacciné. Je ne veux pas y penser. Me concentrer sur la récupération pleine et entière de mes capacités physiques sera déjà une grande mission. J’avais eu la mauvaise idée de faire un équivalent de crossfit samedi il y a huit jours, je vais attendre un peu avant de me relancer dans ce genre d’exploit. La marche à pied, le vélo ou la course pour redémarrer et si je le sens, escalade et gaélique. Le protocole de l’école était clair, je me suis testé à nouveau au bout de sept jours. Et l’autotest est plus léger, mais il n’en reste pas moins positif. Je reste donc cloisonné trois jours de plus. Je reprendrai le travail officiellement mercredi, après les dix jours COVID attribués par l’école. La proviseure n’a pas trouvé surprenant que je positive encore. Moi un peu plus.

Cette maladie m’a mis KO. Les premiers jours en plus de dormir de 21h30 à 8h du matin, une sieste le matin, une voire deux l’après-midi. Lessivé, HS. Je pourrai utiliser tous les synonymes mais vraiment éclaté par ce covid. Depuis, je vais mieux, mes nuits sont redevenues d’une durée qui me ressemble plus, sans oublier une petite sieste. Je reprends peu à peu mon rythme, il s’agit de toute façon d’être prêt mercredi. Il faut bien s’y remettre et j’en ai envie aussi. Autant j’apprécie mes congés, autant le cloisonnement dans mon appartement n’est pas la chose la plus fun du monde… Après les deux semaines en chambre d’hôtel, la réduction de déplacement des premiers jours à Hanoï, la suivante bonus de la rue fermée, j’ai pris dix jours à la maison. Si on m’avait prévenu en début d’année que je passerai contraint et forcé autant de temps chez moi, j’aurais rigolé, mais je constate le temps qu’avec cette pandémie, on s’habitude à tout : de rester chez soi, de ne pas voir ses élèves. Certains d’entre eux ont été adorables et m’ont écrit pour me demander comme j’allais. Je pense à eux d’abord et avant tout qui n’auront pas eu de visioconférences avec moi durant mon arrêt maladie, si l’on avait été en enseignement normal, j’aurais été remplacé et fin, eux auraient continué à avancer. Là, à la maison, de cette manière, je doute que certains aient consenti à faire leur travail. Il va me falloir remplir très prochainement les bulletins aussi. Je m’y remettrai doucement mercredi, mais je sais que d’ici aux vacances, ça va piquer assurément.

Même si le corps est ko, le cerveau peut fonctionner. Comme j’en ai parlé avec Caroline, j’étais en pleine introspection. Scolairement parlant, c’est un chantier perpétuel, mais humainement j’ai eu de quoi m’agiter la cervelle. Pas de Saint-Patrick, pas d’anniversaire d’une collègue, pas de sortie du samedi soir, pas de cinéma. Je n’ai rien à regretter car j’étais positif encore ce matin. Cependant, de ne pas avoir de Guiness pour le 17 mars, c’était triste. Là où j’ai apprécié en revanche, c’est Martin qui sous prétexte de passer voir une connaissance dans mon quartier, comptait m’en ramener une. Il n’en a pas trouvé mais l’intention était là, ce qui confirme qu’une fois de plus que j’ai vraiment trouvé mon buddy en la personne de cet allemand roux. Après Colin à Varsovie, Tommy à Beyrouth, c’est Martin à Hanoï. Un mec sur lequel je puis compter, on est sur la même longueur d’onde et il n’y a pas besoin de beaucoup de mots pour se comprendre. Juste le truc qui fait que tu sais pouvoir compter sur lui. J’ai des amies aussi, des collègues appréciés, mais mon cercle social est bien en dehors du lycée, hétéroclite, polyglotte, polyculturel, la vie à l’étranger quoi. Même si ce covid n’est pas simple, il y a des choses qui vont bien ici et c’est aussi parti pour durer. Malgré le chaos professionnel, le tumulte de la pandémie, je peux le dire, je suis quand même bien ici.

Les petits yeux que j’ai ce soir viennent je pense pour une part de la courte nuit que j’ai passé. J’ai voulu dormir tôt mais je n’ai pas réussi. A trois heures du matin, devant l’ordinateur, trop excité pour louper ce Crunch. France-Angleterre pour terminer le tournoi. Les Italiens venaient de gagner à Cardiff, les Irlandais ont marché sur les autres nations britanniques et il fallait battre notre meilleur ennemi pour l’emporter. Ce fut âpre, dense, intense, mais une fois encore, nos bleus ont pris le meilleur sur leur adversaire pour s’offrir une première victoire dans le tournoi depuis 2010, et surtout un Grand Chelem. Italie, Irlande, Ecosse et Pays de Galles. Tous étaient tombés face au XV de France. Les Anglais ont fait de même. Après une décennie frustrante, ça fait deux ans que je vibre à nouveau devant nos bleus. L’équipe de Galthier, cette génération dorée est si impressionnante. L’objectif est la coupe du monde l’an prochain en France, ils s’y préparent de la meilleure des manières. J’ai fait le deuil de regarder des matchs en semaine, je ne peux me lever dans la nuit avec l’école, mais le weekend de temps à autre, ça peut se faire. Cette nuit, ce match le méritait vraiment.

Je dis toujours que je suis breton, je le précise auprès des Français, des Britanniques pour le côté celtique, et parle du bord de mer en France pour éviter que les gens pensent Paris. La découverte ou l’ignorance de Morvan Lebesque, pamphlet sur comment peut-on se décrire breton. Des moments comme cette nuit, je suis Français. Ce n’est pas que pour la gagne, mais aussi pour cette langue qui est si belle. Celle de Molière que je préfère associer à Dumas, Hugo ou Rostand. En évoquant ce dernier, j’ai vu un Cyrano musical qui m’a fait beaucoup de peine, les Américains ne peuvent comprendre la beauté de ce texte et l’adaptation n’en est que trop pâle à côté. J’ai écouté peu de musique cette semaine, mais je suis reparti vers mon adolescence et j’ai mis Avril Lavigne. Il fallait bien s’occuper un peu. A ce titre j’ai regardé « drôle » sur Netflix aujourd’hui. La scénariste de 10% parlant de la galère de démarrer en Stand-up. Une merveille. Je suis aussi retourné à Beyrouth en voyant la version libanaise de « Perfetti sconosciuti ». Encore une fois Nadine Labaki est merveilleuse. Je ne connais pas le cinéma indépendant vietnamien, pour l’instant je l’assimile au Drama coréen et ce n’est pas ma tasse de thé. Mes yeux sont lourds, et je vais aller lire un peu, Dumas, fils de France m’attend.

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XXIX. La positive attitude

13 Mars 2022 , Rédigé par Pereg

Non aujourd’hui pas de football, pas de but, pas de terrain, encore moins de soirée au Novotel comme je devais faire… Ce sera une semaine cloitré à la maison avec une limitation la plus complète de mes déplacements, de mon travail, de mes activités. Hier soir, j’étais de sortie à la Bodega. Comme son nom l’indique un espace fort agréable en extérieur pour accueillir des concerts, et ce fut le cas dans une belle ambiance. Cependant ce matin, je toussais plus que d’habitude, avec des courbatures plutôt importantes. J’avais acheté des autotests pour vérifier que tout allait bien. Le verdict fut sans appel, il vira directement. Si vite que je me suis posé la question du résultat. Un second quelques minutes plus tard venait confirmer le verdict. J’ai officiellement chopé le covid. Pour l’instant rien de grave à signaler, juste une fatigue plus importante qu’à l’accoutumée mais je vais rester vigilant car je sais bien que malgré mon gabarit, j’ai une petite santé. Après trois doses de vaccin, je suis sûr que tout se passera bien.

La semaine avait bien commencé, nous parlions à l’école de faire venir les élèves en demi-classe pour une matinée de travail. Une réunion a été faite et il est clair que je ne prendrai pas le créneau que l’on m’a octroyé pour l’instant, une inversion avec mon collègue d’une autre classe et tout se passera bien. J’y ai beaucoup repensé récemment et j’en suis arrivé à la conclusion que tout a commencé pour moi niveau chaos d’enseignement le jour de la révolution libanaise, le 17 octobre 2019. Depuis ce jour-là, je n’ai jamais vraiment enseigné normalement. Car durant les mois qui ont suivi, il y a eu des jours avec école, et d’autres sans, des changements de dernières minutes. Puis le Covid est arrivé et l’arrêt du travail en présentiel a eu lieu le 28 février 2020. Depuis, jamais je n’ai eu de classe complète face à moi. Voilà plus de deux ans que mon quotidien professionnel n’est plus du tout mon métier. Je me suis formé autrement, j’ai travaillé avec l’ordinateur, préparé des capsules vidéo, utilisé des ENT inconnus, me suis formé sur plusieurs logiciels différents. Mais malgré tout, le cœur de mon enseignement le partage, ne s’effectue plus par le biais que je préférais, le contact.

Mon entorse du majeur gauche ne s’est pas encore rétablie et je n’ai pas pu faire ni natation, ni escalade. Le gaélique a été annulé vu que l’équipe a été décimée. J’attendais avec impatience ce dimanche car après le foot, avec l’équipe nous devions aller voir le PSG Bordeaux au Novotel où sera organisé une soirée autour du match. Un cocktail et plus encore, ce sera donc pour une prochaine fois si l’occasion se présente à nouveau. De même que Mika fait une soirée de départ demain soir, ça aurait été l’ultime occasion de se retrouver ensemble. Cependant, je n’y prendrai pas part non plus. Arrêt maladie pour la semaine également, les collègues vont devoir s’occuper des préparations sans moi. J’ai posé la semaine de travail pour mes élèves, ils seront donc alimentés, mais l’enchainement avec la semaine suivante sera lui plus délicate. On verra, je n’y suis pas encore.

De mon balcon, je vois à présent les choses un peu différemment. En effet, j’ai déménagé deux étages plus hauts. Le sixième étage s’est libéré, j’en ai profité pour m’y installer. Même appartement mais la vue est plus cool et il y a moins de vis-à-vis. Ce changement est mineur, mais la terrasse qui fait face à mon appartement elle ne l’est pas. Oui, pour recevoir, ce sera bien plus appréciable que simplement dans l’appartement ou sur le balcon. Les beaux jours arrivent et je ne doute pas que cette vue qui est la mienne, sera du plus bel effet pour profiter d’une soirée un peu arrosée. Enfin pour l’instant je n’y suis pas du tout, au contraire…

Mes yeux se ferment facilement et ne serait-ce que rester assis me demande une grande concentration, je vais donc m’arrêter là pour ce soir et on verra la suite. Tant pis pour la Saint-Patrick et tout le reste, comme je le dis aux parents d’élèves quand ils m’envoient un mail pour me dire que leur enfant est malade, la santé avant tout. Et bon anniversaire Grand-mère.

Oui quand même

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XXVIII. Mars, hôpital et eurovision

6 Mars 2022 , Rédigé par Pereg

 

Dimanche fin de journée, le match de foot a été annulé car le Covid s’est répandu parmi l’équipe des adolescents, ce qui n’est pas surprenant avec la vague de contamination actuelle que l’on subit à Hanoï. Ce qui me laisse le temps d’écrire en fin de journée, ce qui n’est pas mal non plus. La bruine que l’on observe dehors ne motive pas à s’activer non plus. On parle de « mars moisi » avec l’humidité importante que l’on peut observer partout. Mon déshumidificateur tourne à plein tout comme mon purificateur d’air. Avant d’arriver ici, je pouvais trouver que ces objets pouvaient paraître inutiles, mais la réalité hanoïenne les rend obligatoire. On est déjà en mars. L’année avance vite et je la vois défiler à un rythme fou. J’ai dépassé les deux ans fatidiques sans classe complète devant moi en présentiel, la dernière fois à Beyrouth, le 28 février 2020. Je l’avais fêté. Aujourd’hui je paierai cher pour retrouver mes élèves face à moi. On va peut-être réussir à l’organiser avant les vacances de Pâques mais ça n’a rien de sûr. Alors, chaque semaine, pas à pas, nous continuons à préparer le travail à distance pour les CM1 qui vaille que vaille nous rendent le travail qu’ils font à la maison. La lassitude je la subis, mais plus encore eux, qu’il est à présent bien plus difficile de motiver à travailler, et se concentrer. Nous rencontrer, voilà qui pourrait changer un peu les choses pour un temps, mais d’autant plus que professionnellement j’en ressens le besoin. Je ne connais pas le niveau de mes élèves, leur niveau réel. Je ne le sais pas vraiment, je ne peux le savoir. On aura beau faire tous les efforts du monde, rien ne remplace le fait d’être en classe avec eux. Être-là, les suivre et les voir au quotidien, ce qui nous lie, c’est aussi ce qui fait la force de l’enseignement.

Alors à côté de mon travail à distance, mon quotidien a été perturbé. Je me suis rendu à l’hôpital lundi soir non pas pour un test Covid, mais pour une radio. J’avais mal au majeur gauche dimanche soir avec le foot, lundi ça ne s’est pas arrangé. J’ai donc décidé d’aller vérifier qu’il n’était pas cassé comme j’avais eu ma fracture du petit doigt avec le gaélique à Bordeaux. J’ai traversé le pont et me suis rendu à Hoan Kiem. C’était intéressant car il y avait là un fourmillement que je n’attendais pas. Une radio de la main passée et rassuré sur la non-fracture de mon majeur, j’ai vu un médecin. Enfin, j’ai d’abord payé pour ensuite aller le rencontrer. C’est une manière de faire à laquelle on n’est pas forcément habitué en tant que Français. Mais ici, la caisse d’abord. Il a regardé mon doigt et a confirmé l’entorse. Je suis repassé à la caisse pour acheter des anti-douleurs et l’attelle et un infirmier me l’a mise en place. J’ai refait les deux fois les bandages avec l’infirmier du lycée qui a été adorable. L’attelle est intéressante mais la blessure est plus embêtante que prévue. Je testerai peu à peu de fonctionner sans. Ecrivant et travaillant sur ordinateur ça n’est pas trop pénalisant, je n’ai que peu du stylo actuellement et heureusement car en prenant le temps pour mon carnet aujourd’hui, j’ai galéré. Idem pour manger avec des baguettes comme je fais le plus souvent ici. C’est pour le moins délicat. Mais ce n’est qu’une petite blessure, une de plus.

Une soirée jeux de société mardi soir, une sortie mercredi, et vendredi soir une belle soirée, je me suis montré relativement actif socialement. J’ai eu la sensation récemment que j’ai vraiment construit ma vie sociale ici et même si parfois tout ne se passe pas comme prévu. Je vibre de musique et de rencontres. Tay Ho n’a plus le droit de recevoir de public pour manger dans les restaurants, les bars ferment toujours à 21h. On a donc filé plus au nord de la ville, presque sous le pont. Là sous un chapiteau de cirque, j’ai eu la sensation d’être à la place qui me sied le plus en soirée. Devant une scène musicale, bière à la main et a parlé dans différentes langues. Ces moments-là me sont précieux, précieux de rareté et de plaisir, précieux de sourires et de vie. J’y suis allé en moto. Il me fallait donc assurer le retour et ce fut pour le meilleur. Au lieu de chercher comme rentrer, j’ai fait la commission pour Katie en la déposant chez elle au retour. Pas besoin de boire plus pour profiter. C’est le choix que peu se posent ici, mais qui me semble essentiel. Si je suis à moto, alors l’alcool est limité. Après les excès de la semaine passée ce n’était pas un luxe non plus d’y aller plus doucement.

Samedi à l’ambassade d’Ukraine avec Odelin et la Red House, un évènement caritatif était organisé pour soutenir les efforts ukrainiens. Le personnel de l’ambassade mais aussi les membres actifs de la communauté ukrainienne ont aidé. Il me paraissait évident et nécessaire d’y aller et de contribuer. L’Ukraine, Kiev, il n’y a pas 2000km de Paris. Oui, moins que la distance entre Saigon et Hanoi ou presque. La solidarité européenne s’est hissée à une hauteur sans commune mesure. La commission européenne à approuver l’envoi de matériel militaire et logistique, des européens sont partis aider contre l’invasion russe. C’est fou et tellement important. Un peu de douceur dans ce monde de brutes. J’espère que les 48000$ récoltés ne sont pas symboliques mais prouvent bien que les gens ici, même loin du conflit, ont un ressenti fort dans de conflit. J’ai été choqué et attristé de voir la difficulté de passage de la frontière polonaise pour une certaine population, je n’ai pas oublié le comportement slave mais il n’est pas agréable de le voir à nouveau. Il n’en reste pas moins que je n’oublie pas la Palestine ou les ouïghours. Certains comparent la réaction à la pression reçue mais ces conflits n’ont pas plus de raison d’être et les premières victimes sont toujours les civiles.

J’ai découvert à mon réveil ce matin une douce nouvelle, plaisante dans sa simplicité. Les Français décidaient hier soir qui ils souhaitaient voir les représenter au concours 2022 de l’Eurovision et parmi les candidats, ce sont des bretons, Alvan et Ahez qui ont été sélectionné pour partir à Turin. Une surprise plaisante tant leur performance m’a ébloui, j’espère qu’il en sera de même au niveau européen, c’est toujours un questionnement. Le soleil s’est couché, la pluie reste. Je vais aller faire un tour malgré tout et profiter du calme du dimanche soir.

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